Aller directement au contenu de la page
Aller au plan du site
Aller au menu bas de page

Opéra en actesOpéra en actes

Le Nez

Un grand élan de créativité (premier tiers du XXe siècle)

Claudia Waite (La Marchande de bretzels), choeur de l'Opéra national de Lyon
© Pascal Victor / Artcomart / Festival d'Aix-en-Provence

Il est difficile de décrire ce qu’a pu être la vie culturelle russe du début du XXe siècle aux années 1930. « Bouillonnement », « effervescence » ou « feu d’artifice » ? Tous ces mots sont faibles pour dire l’incroyable élan de créativité qui marque cette période, véritable âge d’or de la culture russe, qui aura une influence déterminante sur l’art européen. Évoquons les noms phares, dans différents domaines artistiques, de cette époque.

Poésie et littérature

Alexandre Blok, Andreï Biély et Valéry Brioussov furent les chefs de file  du symbolismesymbolisme
mouvement littéraire, artistique et musical, né en France vers 1870, en réaction au naturalisme et au mouvement parnassien. Les symbolistes ne peignent pas fidèlement l’objet mais recherchent un état d’âme, une sensation : « il faut peindre uniquement ce qu’on n’a jamais vu et qu’on ne verra jamais » (Tristan Corbière). Parmi les thèmes symbolistes, citons : l’attente d’on ne sait quoi, la mort, le temps, les saisons, l’endormissement des êtres et de la nature, le silence, la mélancolie, le mystère, l’incertain, l’inconscient, les analogies entre les choses (les « correspondances », au sens de Baudelaire).
. Le mouvement poétique de l'acméismeacméisme
du grec akmê, « pointe », « plein épanouissement » ; mouvement poétique russe né en 1912 d’une crise du symbolisme, prônant le retour à la représentation concrète des choses.
(« la nostalgie de la culture russe ») réunit, dans les années 1910, Nikolaï Goumilev, Anna Akhmatova, Ossip Mandelstam ; tandis que le futurismefuturisme
mouvement esthétique et littéraire du début du XXe siècle, essentiellement italien, mais aussi russe, fondé sur le refus du passéisme et sur l'adoption de notions clés du monde moderne : vitesse, machinisme, phénomènes de masse, etc.
, guidé par Maïakovski, Khlebnikov et Daniil Harms, prend un aspect révolutionnaire. Les figures emblématiques et tragiques comme Marina Tsvetaïeva ou Boris Pasternak sont également en pleine phase créatrice.

Arts visuels

La tradition post-romantique et symbolique est présente chez Mikhail Vroubel, Mikhail Nesterov et chez les peintres du « Monde de l'art » (Benois, Bakst, Roerikh, etc.) rassemblés autour de Serge Diaghilev. Kandinsky prend de l’importance à travers l'abstraction et l'avant-garde artistique se développe, affublée de tous les « -ismes » possibles : constructivismeconstructivisme
mouvement artistique né au début du xxe siècle en Russie, proclamant une construction géométrique de l'espace, utilisant surtout des éléments tels que le cercle, le rectangle et la ligne droite. Il concerne la sculpture, le design, l’architecture (il a notamment inspiré les théories architecturales enseignées à l'école du Bauhaus en Allemagne, 1919-1933). Il donne lieu également à l'art cinétique.
(Tatlin), suprématismesuprématisme
mouvement d'avant-garde russe dont le chef de file est Malevitch. Les théories suprématistes affirment la souveraineté de la forme abstraite limitée au carré, au rectangle, au cercle, au triangle et à la croix.
(Malévitch), rayonnismerayonnisme
ce mouvement pictural doit son nom à la représentation des formes comme des faisceaux de lignes à la manière de rayons lumineux.
(Larionov), futurismefuturisme
mouvement esthétique et littéraire du début du XXe siècle, essentiellement italien, mais aussi russe, fondé sur le refus du passéisme et sur l'adoption de notions clés du monde moderne : vitesse, machinisme, phénomènes de masse, etc.
(frères Bourliouk), etc. La revue LEF (Front gauche de l'art), fondée en 1923, pose les bases d'une nouvelle culture d'expression visuelle.

Musique

La cohabitation de la tradition et de la nouveauté est saisissante, comme on peut le voir avec les compositeurs Scriabine et Rachmaninov. Le premier pousse à l’extrême la recherche harmonique, guidé par un élan mystique dans l’esprit du symbolismesymbolisme
mouvement littéraire, artistique et musical, né en France vers 1870, en réaction au naturalisme et au mouvement parnassien. Les symbolistes ne peignent pas fidèlement l’objet mais recherchent un état d’âme, une sensation : « il faut peindre uniquement ce qu’on n’a jamais vu et qu’on ne verra jamais » (Tristan Corbière). Parmi les thèmes symbolistes, citons : l’attente d’on ne sait quoi, la mort, le temps, les saisons, l’endormissement des êtres et de la nature, le silence, la mélancolie, le mystère, l’incertain, l’inconscient, les analogies entre les choses (les « correspondances », au sens de Baudelaire).
, qui le pousse à concevoir des œuvres mêlant lumières et sensations tactiles et olfactives à la musique. Le second s’inscrit dans une double lignée romantique, tenant à la fois du pathos illustré par Tchaïkovski et de l’école virtuose russe de piano, elle-même issue de l’enseignement de Franz Liszt. Les expériences avec les micro-intervalles de Lourié et Roslavets côtoient celles de Mossolov.

C'est justement ce foisonnement artistique et esthétique qui permet d’avoir son propre langage que critique le régime de Staline, qui au départ se présente comme la « dictature du prolétariat ». Les artistes soviétiques sont progressivement contraints de s’approprier le concept du « réalisme socialisteréalisme socialiste
art officiel en vigueur tant en URSS que dans les pays directement soumis à son hégémonie politique. Se devait d’être compréhensible pour le peuple, de glorifier le prolétariat, les dirigeants communistes et les valeurs soviétiques. La définition du réalisme socialiste, adoptée dans les statuts de l'Union des écrivains, est la suivante : « Le réalisme socialiste, étant la méthode fondamentale de la littérature et de la critique littéraire soviétiques, exige de l'artiste une représentation véridique, historiquement concrète de la réalité dans son développement révolutionnaire. D'autre part, la véracité et le caractère historiquement concret de la représentation artistique du réel doivent se combiner à la tâche de la transformation et de l'éducation idéologiques des travailleurs dans l'esprit du socialisme. » (trad. M. Aucouturier).
 », imposé par le pouvoir.