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Opéra en actesOpéra en actes

Le Nez

Présentation

Le Nez (en russe : Нос, transcription : Nos), opéra en trois actes et dix tableaux de Dmitri Chostakovitch, sur un livret de Ievgueni Zamiatine, Gueorgui Ionine, Alexander Preis et du compositeur, d’après la nouvelle éponyme de Nicolas Gogol, extraite des Nouvelles de Pétersbourg.

Le Nez

  • Musique de Dmitri Chostakovitch, livret d’après Nicolas Gogol
  • Mise en scène de William Kentridge
  • Direction musicale de Kazushi Ono
  • au Festival d’Aix-en-Provence du 8 au 14 juillet 2011
Photo - Projet de décorProjet de décor © William Kentridge

Quand ?

Né à Saint-Pétersbourg en 1906, Dmitri Chostakovitch vit les premiers bouleversements de la Russie du XXe siècle dans cette ville, au rythme de ses changements de nom (d’abord Petrograd, puis Leningrad). Il y fait également ses premiers pas de compositeur rapidement promis au succès, notamment avec sa Symphonie n° 1, en 1926.

Le Nez est son premier opéra (1930). Il témoigne de l’audace de son jeune auteur (âgé de 27 ans au moment de la composition de l’ouvrage) et, plus généralement, de la vitalité de l’avant-garde russe au cours des années 1920. Sa création, le 18 janvier 1930 au Théâtre Maly de Leningrad, suscite d’ailleurs une certaine incrédulité auprès du public.

Quoi ?

Le premier opéra de Chostakovitch suit fidèlement l’argument d’une nouvelle de Nicolas Gogol (1909-1952) narrant avec le plus grand sérieux comment Kovaliov, assesseur de collège qui se dit major, se réveille, un beau jour, dépourvu de son nez. Pour Kovaliov, qui tire une grande vanité de son titre (obtenu par corruption) et attache une grande importance à son rang social, cette perte est une catastrophe : que va-t-on dire de lui et comment peut-il espérer gravir les échelons de la société sans un nez au milieu de la figure ? Il part donc à la recherche de son appendice nasal. Ironie de l’histoire, ce dernier se balade dans Saint-Pétersbourg sous un costume de conseiller d’Ėtat, rang social bien plus élevé que celui de Kovaliov ! Après quelques péripéties prenant la forme d’une course-poursuite dans la ville, tout rentrera dans l’ordre.

Comment ?

Pour porter la nouvelle de Gogol à la scène, Chostakovitch imagine une forme lyrique très inhabituelle, constituée de scènes relativement courtes mais nombreuses, enchaînées selon une logique presque cinématographique et nous transportant dans différents lieux de Saint-Pétersbourg. On y croise de très nombreux personnages (près de 70, sans compter le chœur) qui reflètent sur la scène lyrique la stratification bigarrée de la Russie tsariste. La question des classes sociales joue d’ailleurs un rôle central dans la nouvelle de Gogol comme dans le livret qu’en a tiré Chostakovitch. À cette thématique, l’opéra en ajoute d’autres. Car la musique de Chostakovitch, à la fois parodique, constructiviste (dans un interlude confié uniquement aux percussions) et parfois aux limites de l’avant-garde atonaleatonale
qui utilise librement toutes les ressources de la gamme chromatique, en écartant toute notion d'échelle tonale ou modale.
, joue sur l’effet d’accumulation. Elle dépeint une société hystérique et individualiste où les relations interpersonnelles prennent toujours la forme de rapports de force, et où la foule elle-même se réjouit des rumeurs et du malheur d’autrui. Dans ce tableau grinçant, la dimension surréaliste de la nouvelle de Gogol, avec son nez-personnage, n’en est que plus comique et poétique à la fois. Elle permet de nuancer le portrait de Kovaliov en faisant de lui non seulement un être un peu fat, mais aussi une victime digne de pitié.