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Opéra en actesOpéra en actes

Le Nez

Au fil de l’œuvre – Acte II

Kovaliov voudrait parler à l’Inspecteur, mais il ne le trouve pas au commissariat. Il décide alors de se rendre à la rédaction d’un journal.

L’interlude du second acte pour orchestre apparaît comme la conséquence du tableau précédent qui est la première grande critique de l’univers des fonctionnaires russes (de l’époque de Gogol mais pas uniquement) : l’homme se retrouve face à la machine bureaucratique.

En classe

ÉCOUTER ET ANALYSER L’EMPLOI DES INSTRUMENTS

Proposer une écoute sans consigne préalable de cet interlude (CD1-10) pour faire émerger les remarques suivantes : un tempo régulier et allant est marqué en permanence tandis que les instruments entrent les uns après les autres en une sorte de canon au thème reconnaissable par ses trois dernières notes lancées vers l’aigu. Cette sorte de marche vers un but inconnu est assez angoissante. Tout à coup, à 2’26, un autre motif apparaît et se répète de nombreuses fois sur les six mêmes notes (avec un glissandoglissando
(ital.) ien) : succession de tous les sons possibles entre deux points donnés, en montant ou en descendant. Ne peut se réaliser que sur certains instruments comme la harpe, les cordes frottées, le piano, le trombone à coulisse, etc.
sur la première) : on dirait que la marche rencontre un obstacle, comme une machine qui se bloque. Enfin, à 3’02, un troisième thème commence une longue descente chromatique dans laquelle chaque note est répétée, donnant l’impression d’un essoufflement ou d’un dégonflement progressif. Le tempo ralentit et les instruments se raréfient jusqu’à l’arrêt final.

Faire relever l’association des sons des instruments à des bruits de machine. Nous sommes bien ici en présence d’une scène « bruitiste », très évocatrice toutefois. Où se trouve donc la distanciation que l’on a supposée volontaire ? Elle renvoie à une autre forme d’absurdité, beaucoup plus pernicieuse que cette histoire de nez perdu : la société humaine est capable de créer des situations absurdes, invraisemblables, au nom d’une quête insatiable de pouvoir et cette machine s’emballe mais parfois aussi s’enraye… Cette distanciation sert donc une prise de conscience. Il ne sera peut-être pas facile d’expliquer ceci à de très jeunes enfants mais par contre tous peuvent comprendre que le major Kovaliov, si méprisant à l’égard de son Barbier au début de l’opéra, se retrouve méprisé à son tour en public et que la machine du mépris peut à tout moment se retourner contre quelqu’un…

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RELIER TEXTE ET MUSIQUE

Pour faire ressentir la signification de cet interlude, le relier à la fin du tableau précédent en donnant le texte correspondant :

L’EMPLOYÉ
(À nouveau, il prise du tabac)
À vrai dire, je suis réellement navré qu’il vous soit arrivé une histoire aussi anecdotique… Vous voulez un peu de tabac ? Il paraît que c’est bon pour les maux de tête et même que ça soulage les hémorroïdes.
(
Kovaliov, irrité, frappe sur la table.)

KOVALIOV
Je ne comprends pas que vous ayez le cœur à plaisanter ! Vous ne voyez donc pas qu’il me manque justement l’organe qui sert à « priser »… que le Diable emporte votre tabac, sa vue m’est insupportable –et pas seulement celle de votre infâme berezinski, mais même si vous m’aviez proposé de l’extra.
(Les domestiques lisent des annonces à haute voix.)

LES DOMESTIQUES
Une bonne jument fougueuse, de dix-huit ans…  –des navets et des radis directement importés de Londres…  –une datcha, tout confort, avec deux boxes à chevaux et un endroit susceptible d’être planté de superbes bouleaux… [etc]

Cette scène peut évidemment être jouée en donnant une annonce différente à chaque domestique et en trouvant la façon d’énumérer ou de superposer les voix.

Faire écouter l’extrait pour comprendre combien ces annonces sont émises de façon mécanique, en une sorte de canon vocal qui anticipe celui des instruments au début de l’interlude (CD1-9 à partir de 11’50).

Cinquième tableau

Kovaliov explique à un fonctionnaire du journal qu’il souhaite déposer une petite annonce. Quand il avoue qu’il espère ainsi retrouver son nez, les commis qui attendent leur tour éclatent de rire. Le fonctionnaire refuse de publier une telle annonce, car cela pourrait nuire à la réputation du journal.

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LIRE PUIS ÉCOUTER

Faire lire ce passage de la nouvelle (p. 96 à 100) pour pouvoir ensuite écouter le tableau correspondant dans l’opéra.

Une première écoute des trois premières minutes sera faite jusqu’à ce repère précis où la musique ralentit tandis que le mot « Nos » est prononcé a cappella. Tout ce début, que l’on pourra réécouter avec le livret traduit, correspond à l’arrivée de Kovaliov dans ce bureau de la Presse où il espère pouvoir passer une annonce. On remarquera le côté assez détendu de la musique qui débute par une phrase ascendante de violon solo, relayé ensuite par d’autres solistes sur des motifs similaires tandis qu’un laquais se met à chanter. Sa phrase « sto roublieï ! » est reprise, très rythmique, par un chœur d’hommes. Puis la musique s’interrompt, tandis que deux voix se mettent à dialoguer en parlant : Kovaliov s’adresse à l’employé. Mais ce dernier est occupé et la musique joyeuse reprend, tandis que les trois hommes chantent indépendamment : leur propre texte prouve qu’ils ne conversent pas, et les tentatives de Kovaliov de se faire écouter restent vaines jusqu’au moment où il peut enfin exposer sa requête qui n’est pas comprise… Mais à l’évocation du nez, le joyeux babil cède la place à une musique déprimée, lente, descendante et qui s’arrête. La mélodie initiale tente de redémarrer tandis que Kovaliov continue ses explications qui suscitent le déchaînement de l’hilarité générale. C’est à partir de ce moment-là que le livret s’écarte de sa source : Chostakovitch introduit d’abord ces rires mécaniques des domestiques puis de l’employé (à 3’30) et surtout ce long passage de tempo largolargo
(italien) : indication de tempo très lent, textuellement « large ».
où Kovaliov s’exprime pour la première fois de façon très lyrique et poignante (à partir de 4’). La fin du tableau, tout en renouant avec le texte original, traduit musicalement le côté de plus en plus inhumain de la bureaucratie, comme nous l’avons expliqué plus haut.

Sixième tableau

Chez Kovaliov, le domestique Ivan chante en s’accompagnant à la balalaïkabalalaïka
instrument de musique russe, à cordes et constitué d'un long manche et d'une caisse triangulaire.
pendant que son maître est absent. Kovaliov rentre alors et se plaint amèrement de la perte de son nez.

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IDENTIFIEZ LES ÉLÉMENTS POPULAIRES

La chanson du valet Ivan est un exemple de fausse musique populaire dont on fera repérer le caractère par l’écoute de l’introduction à la balalaïkabalalaïka
instrument de musique russe, à cordes et constitué d'un long manche et d'une caisse triangulaire.
, instrument du folklore russe. La voix accompagnée par un seul instrument relève bien de la pratique populaire, même si la mélodie semble plus élaborée qu’une simple chanson dans sa forme (en deux parties différentes) et dans sa vocalité (la deuxième partie est assez difficile d’intonation). La présence des sonorités étranges du flexatoneflexatone
percussion de la famille des accessoires, faite par une languette de métal mise en vibration par deux maillets suspendus. La note obtenue peut être modulée en courbant plus ou moins la plaque vibrante, selon le principe de la scie musicale. Sa sonorité est surtout utilisée à des fins comiques ou ironiques. Son emploi reste très limité en musique classique.
, sorte de lame musicale, nous plonge dans cet univers de paresse indiquée par la didascalie :

L’appartement de Kovaliov. Dans le vestibule, Ivan, allongé, joue de la balalaïka et rêvasse, en chantonnant.

On précisera que dans la nouvelle de Gogol, le valet ne chante pas mais s’amuse « à cracher au plafond ». Manifestement, il supporte mal sa condition qui lui vaut le mépris du Major et prend sa revanche quand il le peut. C’est donc plutôt l’allusion à l’appartenance à une classe sociale inférieure qui est marquée par cette chanson.