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Opéra en actesOpéra en actes

Le Nez

Au fil de l’œuvre – Acte I

Premier tableau

Alors qu’il prend son petit-déjeuner, Ivan Yakovlévitch a la surprise de trouver un nez dans la miche de pain que vient de cuire sa femme, Praskovia Ossipovna. Cette dernière le houspille. Persuadée qu’il a amputé un de ses clients, elle lui ordonne de se débarrasser immédiatement de cet appendice nasal avant que la police ne s’en mêle.

En classe

COMPRENDRE LE PASSAGE DU BANAL AU FANTASTIQUE

Partir de cette didascalie :

Même décor [la boutique du Barbier] – c’est le matin, et tandis que Praskovia Ossipovna achève de cuire le pain, Ivan Yakovlévitch se réveille, il bâille…

A priori, il s’agit là d’une scène bien familière. On ne comprend pas trop comment le fantastique peut intervenir dans cette banalité. C’est justement ce que Chostakovitch, comme Gogol, veut nous démontrer : « Quoi qu’on en puisse dire, de tels événements se produisent parfois ; rarement, j’en conviens, mais ils se produisent tout de même… » (N. Gogol, Le Nez, traduit par Boris de Schloeser, Garnier-Flammarion, Paris, 1998, p. 112)

Même si cette conclusion de la nouvelle de Gogol n’a pas été mise en musique dans l’opéra, elle est bien sûr sous-entendue par le musicien. C’est souvent dans des circonstances anodines que se produisent des événements incroyables…

Il s’agira de deviner à quel moment de ce déjeuner intervient la découverte du nez. La musique d’introduction semble « bruiter » le réveil du Barbier (jusqu’à 35’’) : tempo tranquille, étirement des sons des cordes puis des bois, onomatopée d’une voix grave qui se met ensuite à chanter-parler de la même manière que les instruments.

IVAN YAKOVLEVITCH
Ah… hum…. Aujourd’hui, Praskovnia Ossipovna, je ne boirai pas de café, par contre, je mangerais bien un petit toast à l’oignon…

Une conversation s’ensuit entre la femme et le mari, qui ressemble à un dialogue de sourds, car les voix se superposent dans des harmonies discordantes. Tout à coup (à 1’37), la voix de l’homme, restée seule, se met à chanter en criant dans l’aigu le mot « Nos ! » deux fois, entrecoupées d’un coup de tambour et d’un traittrait
série de notes, souvent conjointes ou en arpèges, jouées rapidement. Signe de prouesse vocale ou instrumentale.
de trompette, tandis que le tempo accélère. Il sera indispensable de faire mémoriser cette syllabe facilement traduisible car on l’entendra souvent dans l’opéra.

Après une brève tenue dans le grave (à 1’47) s’ensuit un déferlement de paroles rapides de plus en plus aiguës soutenu par un orchestre qui se déchaîne. On fera aisément deviner que Praskovia Ossipovna se met en colère après son mari, prenant le prétexte du nez pour l’insulter et le mettre dehors.

PRASKOVIA OSSIPOVNA
À qui as-tu coupé le nez ? Brigand, ivrogne… je vais moi-même te dénoncer à la police ! Ah, le coquin ! Ça fait trois personnes au moins qui me disent que lorsque tu rases, tu esquintes les nez de telle manière qu’ils tiennent à peine.

Faire écouter la fin de la scène pour repérer les différents stades de la colère avec la transformation de la voix chantée en voix criée, hurlée, face à une voix d’homme atterré qui s’enfonce de plus en plus dans les graves en devenant parlée.
Redevenue calme, Praskovia Ossipovna lance une dernière invective tandis qu’un roulement de caisse claire sonne comme pour accompagner un condamné à mort… Toute la scène peut être jouée dans sa version traduite avec invention de bruitages appropriés.

Faire écouter la scène suivante pour faire ressentir le rythme haletant d’une course angoissante sur un ostinatoostinato
(italien): qualifie une cellule musicale, souvent un rythme, qui se répète tout au long d’un morceau.
de croches. La montée dans l’aigu de tous les instruments sur ce rythme effréné conduit à une sorte d’accalmie correspondant à la rencontre entre Ivan Yakovlévitch et l'Inspecteur . On pourra faire entendre la sonorité particulière d’un instrument populaire, le domradomra
sorte de luth utilisé dans la musique populaire russe.
, à cordes pincées, allié au glockenspielglockenspiel
[n. m.] (ou carillon) : littéralement « jeu de cloches » en allemand. Instrument à percussion de la famille des claviers, semblable au xylophone, dont les lamelles sont faites en métal et reproduisent un son de clochette. Sa tessiture, centrée dans l’aigu, se limite à un maximum de trois octaves.
et au piano. Pas de détente pourtant mais un interrogatoire dont on ne connait pas l’issue car c’est ici qu’intervient un interlude pour percussions seules dont nous parlerons plus tard. Nous ferons remarquer la différence de registre vocal, où, comme dans la scène précédente, le Barbier est dominé par les aigus et le ton supérieur de l'Inspecteur.

Deuxième tableau

Yakovlévitch jette le nez dans la rivière. Il est surpris par l'Inspecteur, qui l’interpelle.

Entracte pour percussions seules

En classe

ÉCOUTER ET INTERPRÉTER

En faisant écouter cette pièce pour la première fois après le 2e tableau (CD1-4), nous créerons sans doute la surprise. Au premier abord, cela ne semble pas avoir de lien avec ce qui a précédé, mais cela peut aussi représenter la peur panique d’Ivan Yakovlévitch ou l’interrogatoire qu’il subit. L’absence de transition avec le tableau suivant (le réveil de Kovaliov) peut amener une autre piste : ce cauchemar et cette histoire de nez trouvé dans du pain est-elle vraiment réelle ? L’interlude pourrait représenter cette lutte entre la raison et la folie. Il sera utile, comme le suggère J.-F. Boukobsa, de lire le texte de Gogol où l’auteur lui-même tente la mise à distance, bien qu’il ne la fasse qu’à la fin de la nouvelle :

« Mais le plus étrange, le plus inexplicable, c’est que les auteurs puissent choisir de tels sujets ! Je l’avoue : c’est tout à fait incompréhensible ! C’est véritablement… Non !... je ne comprends pas ! »

Demander aux élèves d’imaginer de continuer ce texte, d’inventer des dialogues sur le même ton, qui seraient joués sur la musique, ou reproduits par écrit sur des pancartes et agrémentés de dessins (le nez dans le pain, le cauchemar du Barbier, la colère de sa femme, l'Inspecteur, …) à la manière de ces cartons présentés dans les films muets.

Les mêmes pistes pourront être proposées pour les deux pièces instrumentales suivantes, témoignant toutes les deux de l’absurdité de l’événement, mais de manière un peu plus concrète cependant.

Troisième tableau

À son réveil, Kovaliov s’aperçoit qu’il n’a plus de nez au milieu de la figure. Catastrophé, il sort de chez lui en toute hâte et court au commissariat.

En classe

ÉCOUTER ET ANALYSER : DU BRUIT A LA MUSIQUE

Ce tableau met en scène le héros de l’histoire que nous découvrons dans une situation similaire à celle du barbier et de sa femme :

Dans la chambre à coucher de Kovaliov. Kovaliov s’éveille derrière le paravent.

Le bruitage du réveil du Major dure ici près d’une minute, fait de glissandi de trombone, d’interventions courtes et variées des autres instruments (violon, clarinette, xylophone…) qui dialoguent avec les onomatopées de la voix de Kovaliov  (Brrr, brrr,… hum, hum…).

On comprend à la première phrase chantée par le Major qu’il a l’air suffisant. Mais subitement, à 1’14, un ostinatoostinato
(italien): qualifie une cellule musicale, souvent un rythme, qui se répète tout au long d’un morceau.
rapide installe un sentiment angoissant que confirme une mélodie sournoise à la petite clarinette qui se tait quand la voix se met à crier « Tchto takoïe ? Tchto ? Nos… gdié je nos ? »

On comprend qu’il s’agit d’un nez… mais perdu cette fois-ci : « Qu’est-ce donc ? Mon nez… où est mon nez ? ». La suite des paroles est énoncée d’une voix pratiquement parlée, même quand intervient le valet Ivan, sur un accompagnement grave et discret qui crée un climat de stupeur. Le tableau s’enchaîne sans interruption à un deuxième interlude instrumental qui fait immédiatement penser à une course poursuite et qui n’est pas sans rappeler l’introduction du deuxième tableau (CD1-6). On fera imaginer la situation parallèle à celle vécue par Ivan Yakovlévitch fuyant pour se débarrasser du nez trouvé dans le pain : maintenant, Kovaliov court à la recherche de son nez perdu !

Mettre en scène le troisième tableau avec des bruitages puis mettre en espace la poursuite sur le GalopGalop
danse rapide à deux temps, originaire d'Europe centrale, dont le rythme évoque le galop d'un cheval.
.

Deux autres exemples de « bruitisme du quotidien » peuvent être cités :

  • le premier se trouve à la fin de la grande scène de la capture du Nez (acte III, 7e tableau), au moment où l’hystérie collective s’empare de la foule ;
  • le second, dans le 8e tableau, apparaît lors des vaines tentatives entreprises par Kovaliov pour recoller son nez : le leitmotivleitmotiv
    (allemand) : motif musical caractéristique d’une idée ou d’un personnage et qui revient.
    du basson suivi d’un coup sec de tomtom
    élément constitutif d’une batterie, il s’agit d’un fût de bois sur lequel est tendue une peau synthétique ou, plus rarement, animale, que l'on frappe à l'aide des baguettes. Les toms sont souvent utilisés dans les breaks pour marquer la transition entre deux rythmes ou pour appuyer des passages rythmés.
    représente les essais réitérés de mise en place se soldant toujours par la chute du nez… (CD2-2 à partir de 4’08).

Galop

Le GalopGalop
danse rapide à deux temps, originaire d'Europe centrale, dont le rythme évoque le galop d'un cheval.
, nous l’avons évoqué, accompagne le départ de Kovaliov à la recherche de son nez mais peut représenter aussi l’invraisemblance de la situation et les mille questions qui traversent l’esprit du pauvre homme.

Quatrième tableau

Dans la cathédrale Notre-Dame-de-Kazan, le Nez prie avec ferveur. Il est vêtu d’un uniforme de conseiller d’Ėtat. Entre Kovaliov, qui le reconnaît et lui adresse la parole prudemment (car un major doit le respect à un conseiller d’Ėtat). Il voudrait qu’il reprenne sa place. Mais le Nez nie toute parenté entre eux et s’enfuit dès que le Major tourne la tête, distrait par le passage d’une accorte jeune femme.

En classe

TROUVER LA RÉFÉRENCE À UNE AUTRE ESTHÉTIQUE

Une longue introduction crée une ambiance religieuse qui n’est pas spécialement « datée » : sonorité imitant celle de l’orgue, ambiance de recueillement, alternance d’un chœur et de solistes qui vocalisent*, enchaînement d’accords en valeurs longues, résonance. Cette musique de prière contraste avec la teneur de la conversation entre Kovaliov et le Nez personnifié, même si le ton employé par les deux personnages est assez solennel. L’incompréhension entre les deux hommes est renforcée par la supériorité (de volume, de registre) du Nez qui est toujours accompagné par le chœur, comme si sa place à l’église, même en tant que Nez (dans les habits d’un haut fonctionnaire certes !) était parfaitement légitime.