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Opéra en actesOpéra en actes

Le Nez

Acte II

Introduction [8]

Au milieu de l'avant-scène, Kovaliov est assis dans un fiacre.

Le deuxième acte s'ouvre sur un roulement du tambour. Une sonnerie de trompette grimpe sur les degrés d'un accord parfait majeur. Timbre et motif sont déjà associés à l'idée de police (grâce à l'apparition du fantôme de l’Inspecteur et à sa partie vocale aux 1er et 2e tableaux). Sur les trois pages qui suivent, ce même motif réapparaît de nombreuses fois : tantôt déformé par le trombone (avec triton), tantôt rectifié par Kovaliov, par la flûte piccoloflûte piccolo
flûte traversière en .
etc., et tente d'accéder au rang de leitmotivleitmotiv
(allemand) : motif musical caractéristique d’une idée ou d’un personnage et qui revient.
.

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Kovaliov cherche en vain le chef de police. La scène est sarcastique et brève.

Cinquième tableau [9]

La rédaction du journal. Dans une pièce minuscule, un employé chauve, à lunettes, enregistre une annonce apportée par le laquais d'une vieille comtesse. Huit concierges sont là également.

Cette grande scène, en trois épisodes, représente une parodie cruelle du monde des fonctionnaires. La partie centrale (largolargo
(italien) : indication de tempo très lent, textuellement « large ».
) contient le récit de Kovaliov, poignant et réellement « chanté » à pleine voix, selon une tradition opératique classique. Chostakovitch emploie des phrases souples, vocales, assez longues, qui planent au-dessus de l'orchestre accompagnateur. Pour la première fois, le personnage du Major bénéficie d'un éclairage tragique, conséquence de sa détresse et de son humiliation.

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Un extrait incontournable pour une écoute curieuse et attentive est le chœur des huit concierges, qui clôt le cinquième tableau. Cette page rare dans la littérature musicale associe huit textes d'annonces différents, entrecoupés syllabe par syllabe. Les voix des huit basses évoluent avec huit instruments (4 violoncelles soli, 4 contrebasses soli + la grosse caisse) entre des croches et des figures de silence. L'ensemble forme un espace pointilliste réellement futuriste, inédit et prémonitoire.

Sixième tableau [11]

L'appartement de Kovaliov. Dans le vestibule, Ivan, son laquais, allongé, joue de la balalaïkabalalaïka
instrument de musique russe, à cordes et constitué d'un long manche et d'une caisse triangulaire.
et crache au plafond.

Le claquement sec de la balalaïka (instrument triangulaire à trois cordes pincées, typiquement paysan) nous annonce un changement du registre théâtral : un cadre intime. Le domestique est seul, donc « libre » de faire ce dont il a envie. Chostakovitch brosse l’esquisse psychologique d'un individu du peuple. Pour adapter scéniquement ce passage de la nouvelle de Gogol, Chostakovitch fait chanter à Ivan des vers issus des Frères Karamazov de Dostoievski (ballade de Smerdiakov), commentés déjà par ce dernier comme « roulades de valet » (« une force invincible me retient à ma bien-aimée, Bénissez- nous, Seigneur, elle et moi ! »).

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Le prénom du petit Ivan (Ivanouchka) a déjà une connotation péjorative et c'est de plus le prénom le plus répandu en Russie. Malgré ce préjugé commun sur l'« Ivan russe », partagé en partie par Gogol – un imbécile (« Van'ka-dourak »), un nigaud, un paresseux–  Chostakovitch nous présente ici, outre l'Ivan Yakovlévitch, barbier, un Ivan ordinaire, mais non dépourvu d'imagination, ni même d'humour, que la musique nous suggère.

En faisant chanter cet Ivan ordinaire, le compositeur pourrait reprendre un des clichés d'opéra : une sérénade ou une chanson populaire. Ici, cette dernière paraît en toute simplicité en la majeur : des phrases courtes et répétitives descendent entre mi et la. Au deuxième couplet, la voix d'Ivan (ténorténor
voix masculine aigüe. Peut se subdiviser en plusieurs catégories selon l’emploi et la tessiture : haute-contre, trial, ténor léger, ténor lyrique, heldentenor.
) monte au la et si aigu pour exécuter une variante audacieuse. Des sauts d'octaves (la-la) dans le refrain sont plein d'humour, tout comme le solo de flexatoneflexatone
percussion de la famille des accessoires, faite par une languette de métal mise en vibration par deux maillets suspendus. La note obtenue peut être modulée en courbant plus ou moins la plaque vibrante, selon le principe de la scie musicale. Sa sonorité est surtout utilisée à des fins comiques ou ironiques. Son emploi reste très limité en musique classique.
qui conclut rêveusement sa chanson.

Des coups de grosse caisse et de cymbales interrompent les rêvasseries d'Ivan. Kovaliov rentre très déprimé. Après l'humiliation à la rédaction du journal (5e tableau), il se retrouve seul, face à lui-même. Son ariosoarioso
(italien) : chant entre le récitatif et l’air, accompagné par l’orchestre.
forme la seconde partie de ce tableau.

Pour la première fois, le compositeur compatit à la souffrance et à la douleur de son personnage : il choisit des timbres chauds, humains (clarinette, cor anglaiscor anglais
instrument de la famille des hautbois, légèrement plus grave que le hautbois, de forme arquée (et non droite) avec le pavillon en forme de poire (et non évasé). « Anglais » par déformation du mot « anglé » (le corps de l’instrument formant un angle) et du terme en vieil allemand engelisches, « angélique ». Instrument souvent utilisé en soliste au sein de l’orchestre, notamment dans le mouvement lent de la Symphonie du Nouveau monde de Dvořák et dans Le Cygne de Tuonela de Sibelius.
, basson, cordes) comme un soutien à la voix grave du barytonbaryton
voix masculine, de registre médian. Grands rôles de barytons : Orfeo (L’Orfeo, Monteverdi), Don Giovanni (Don Giovanni, Mozart), Figaro (Il Barbiere di Seviglia, Rossini), Nabucco (Nabucco, Verdi), Rigoletto (Rigoletto, Verdi) , Falstaff (Falstaff, Verdi), Scarpia (Tosca, Puccini), Escamillo (Carmen, Bizet), Golaud (Pelléas et Mélisande, Debussy), Barak (Die Frau ohne Schatten, R. Strauss), Il Prigioniero (Il Prigioniero, Dallapiccola), Wozzeck (Wozzeck, Berg), Stolzius (Die Soldaten, Zimmermann). La voix de baryton, selon le timbre et la tessiture, peut se subdiviser en plusieurs catégories : baryton Martin, baryton léger, baryton Verdi et baryton-basse.
. Le tissu instrumental est transparent, plein de lignes souples, descendantes la plupart du temps, incrustées de solos plaintifs. Trois des plus beaux de ses solos closent l'arioso de Kovaliov : solos de violon, de cor anglais et d'alto. Le premier d'entre eux, si expressif, digne des quatuors de Chostakovitch, est « chanté » par un violon avec douceur, en guise de consolation. Un enchaînement des intervalles simples – des quintes, des quartes – produit une phrase d'une grande respiration, qui s'achève par une interrogation (intonation d'une seconde répétée plusieurs fois).

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Au moment où Kovaliov s'observe dans un miroir, une gamme ton-sur-ton de la flûte monte dans le silence général et produit un effet étrange, tout comme, sans doute, un reflet de Kovaliov sans nez.

La dernière réplique du barytonbaryton
voix masculine, de registre médian. Grands rôles de barytons : Orfeo (L’Orfeo, Monteverdi), Don Giovanni (Don Giovanni, Mozart), Figaro (Il Barbiere di Seviglia, Rossini), Nabucco (Nabucco, Verdi), Rigoletto (Rigoletto, Verdi) , Falstaff (Falstaff, Verdi), Scarpia (Tosca, Puccini), Escamillo (Carmen, Bizet), Golaud (Pelléas et Mélisande, Debussy), Barak (Die Frau ohne Schatten, R. Strauss), Il Prigioniero (Il Prigioniero, Dallapiccola), Wozzeck (Wozzeck, Berg), Stolzius (Die Soldaten, Zimmermann). La voix de baryton, selon le timbre et la tessiture, peut se subdiviser en plusieurs catégories : baryton Martin, baryton léger, baryton Verdi et baryton-basse.
(« quelle tête de clown ! ») mal agencée, d'un contour rêche et étrange, rompt musicalement avec toute la partie vocale de l'ariosoarioso
(italien) : chant entre le récitatif et l’air, accompagné par l’orchestre.
(chantée « pleinement » enfin) et laisse un goût amer. Notre personnage est dans le désarroi complet.