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Opéra en actesOpéra en actes

La Traviata

Présentation

Silvia de la Muela (Flora), Irina Lungu (Violetta) et Kostas Smoriginas (Douphol)
© Pascal Victor/Artcomart

La Traviata (La Dévoyée), opéra en trois actes de Giuseppe Verdi (1813-1901) sur un livret de Francesco Maria Piave (1810-1876) d’après La Dame aux caméliascamélias
c’est peut-être du roman de George Sand, Isidora, paru en 1846, que viendrait le surnom de Marguerite : « Je vois bien que tu es amoureux de la Dame aux camélias » dit-on au héros (Isidora, t. I). Arrivant de sa province, de sa « vallée champêtre », Jacques s’éprend d’une femme magnifique, distinguée, qu’il entrevoit dans son jardin. Puis il parvient à la rencontrer et est admis dans sa serre : « Quel goût, écrit-il dans son journal, et quelle coquetterie dans l’arrangement de ces purs camélias et de ces cactus étincelants ! »
d’Alexandre Dumas fils.

Vue d'ensemble

La création

La Traviata occupe une place centrale au sein de la carrière de Giuseppe Verdi, juste après la composition de Rigoletto et du Trouvère qui forment avec elle la « trilogie de la maturité » du compositeur italien. C’est au début de l’année 1852 que Verdi accepte une nouvelle commande du Teatro La Fenice de Venise. Il hésite pendant plusieurs mois sur le sujet qu’il devrait choisir, avant de se décider finalement pour une adaptation de La Dame aux caméliascamélias
c’est peut-être du roman de George Sand, Isidora, paru en 1846, que viendrait le surnom de Marguerite : « Je vois bien que tu es amoureux de la Dame aux camélias » dit-on au héros (Isidora, t. I). Arrivant de sa province, de sa « vallée champêtre », Jacques s’éprend d’une femme magnifique, distinguée, qu’il entrevoit dans son jardin. Puis il parvient à la rencontrer et est admis dans sa serre : « Quel goût, écrit-il dans son journal, et quelle coquetterie dans l’arrangement de ces purs camélias et de ces cactus étincelants ! »
de Dumas fils, dont il avait vu la version théâtrale à Paris au début de l’année (et dont il connaissait sans doute le roman, publié en 1848). Au livret signé Francesco Maria Piave, la censure impose un changement de titre (La Traviata remplaçant Amore e morte) et une transposition de l’intrigue au temps de Richelieu (alors que le roman et la pièce de Dumas mettent en scène la bourgeoisie contemporaine). La création de l’ouvrage le 6 mars 1853 est un fiasco retentissant, dû notamment au physique robuste de la créatrice du rôle-titre, la Salvini-Donatelli. Verdi révise sa partition pour une reprise dans un autre théâtre vénitien, le Teatro San Benedetto où l’ouvrage est donné dans sa forme définitive dès 1854. Cette fois-ci, le succès est au rendez-vous. Au cours des années suivantes, La Traviata conquiert rapidement l’Italie et les autres pays européens. C’est aujourd’hui l’un des opéras les plus souvent programmés de tout le répertoire lyrique, et un chef-d’œuvre absolu auquel on revient sans cesse. C’est aussi l’un des rares opéras de Verdi à avoir été plusieurs fois programmé au Festival d’Aix-en-Provence.

Le livret

Le livret de Piave reprend le canevas de la pièce qu’Alexandre Dumas fils a lui-même tirée de son roman La Dame aux caméliascamélias
c’est peut-être du roman de George Sand, Isidora, paru en 1846, que viendrait le surnom de Marguerite : « Je vois bien que tu es amoureux de la Dame aux camélias » dit-on au héros (Isidora, t. I). Arrivant de sa province, de sa « vallée champêtre », Jacques s’éprend d’une femme magnifique, distinguée, qu’il entrevoit dans son jardin. Puis il parvient à la rencontrer et est admis dans sa serre : « Quel goût, écrit-il dans son journal, et quelle coquetterie dans l’arrangement de ces purs camélias et de ces cactus étincelants ! »
, en concentrant son action dans trois actes et quatre tableaux d’une parfaite économie dramatique. Ces quatre tableaux suffisent à dépeindre la gloire et la déchéance d’une courtisane au grand cœur, Violetta Valéry (équivalent lyrique de la Marguerite Gautier de Dumas, elle-même calquée sur la courtisane Marie Duplessis dont Dumas était follement épris). Après avoir rencontré le jeune provincial Alfredo Germont lors d’une de ses nombreuses fêtes, Violetta abandonne les salons et les aristocrates qui l’entretiennent pour vivre le grand amour avec le jeune homme dans une propriété de campagne. Mais le père d’Alfredo, Giorgio Germont, vient rendre visite à la jeune femme pour lui demander de renoncer à son fils, car leur liaison scandaleuse compromet le mariage de la sœur d’Alfredo. Violetta résiste, puis accepte et reprend sa vie de courtisane sans rien révéler des causes de ce revirement à Alfredo. Ce dernier, meurtri, l’humilie publiquement. Il apprendra la vérité et la retrouvera trop tard : atteinte de phtisiephtisie
consomption lente et progressive, accompagnée d’épuisement des forces. Synonyme de la tuberculose.
, Violetta meurt dans ses bras.

La musique

La Traviata atteint un équilibre miraculeux entre les exigences d’une esthétique musicale et de ses codes, les impératifs d’une dramaturgie emblématique d’un genre (le mélodramemélodrame
composition musicale basée sur un texte déclamé (donc non chanté). Le mélodrame prend sa source dans le théâtre antique grec et existe sous son acceptation moderne depuis le XVIIIe siècle. Exemples de mélodrames ou de composition mélodramatiques : Lélio ou le retour à la vie (Berlioz), Peer Gynt (Grieg), Le Roi David (Honegger), Perséphone (Stravinsky), Un Survivant de Varsovie (Schoenberg).
) et le génie propre d’un compositeur au sommet de son inspiration. Verdi respecte l’alternance entre des airs et des ensembles séparés par de brèves scènes. Ses actes, jamais bavards, sont subtilement colorés par un orchestre délicat. Les grands airs qu’il confie à ses trois protagonistes (tous les autres rôles demeurent épisodiques) se conforment au modèle en deux parties de l’opéra romantique italien (un cantabilecantabile
(italien, « chantable ») : morceau joué de manière lente, mettant en valeur une voix ou un instrument.
de tempotempo
(pluriel : des tempi) : pulsation.
modéré d’abord, puis une cabalettacabaletta
phrase musicale facile à retenir, généralement placée à la fin d’un morceau.
rapide et brillante), mais l’inscrivant toujours dans une évolution psychologique crédible. Et les quelques numéros de pur divertissement (chœur des bohémiennes, numéro des matadors) sont justifiés par la peinture frivole des salons parisiens. Le génie musico-théâtral de Verdi éclate dans le long duo qui confronte le père et la courtisane à l’acte II, dont la forme suit pas à pas l’évolution psychologique et la relation qui se noue entre les deux personnages, dans un juste dosage entre pathos et stylisation de l’expression. L’écriture vocale du rôle de Violetta reflète cette manière virtuose avec laquelle Verdi concilie vraisemblance théâtrale et convention musicale : le premier acte est conçu pour une sopranosoprano
voix féminine aiguë. Peut se subdiviser en plusieurs catégories selon l’emploi et la tessiture : soprano coloratura, soprano léger, soprano lyrique, soprano dramatique. S’utilise au féminin pour désigner une personne et au masculin pour désigner la voix.
coloraturecolorature
(de l’italien « coloratura », signifiant « coloré ») : qualifie l’agilité requise d’une voix féminine. Une soprano colorature par extension est une soprano au registre suraigu.
capable d’une grande virtuosité dans le registre aigu, ce qui traduit sa nature volage toujours en quête de plaisir (« jouir ! » s’écrie-t-elle comme une forcenée). L’écriture se fait moins fleurie, plus pathétique et lyrique au deuxième acte, pour aboutir à un troisième acte d’une grande intensité dans l’épure, qui réclame une voix plus grave et dramatique. Cette écriture exceptionnelle exige une interprète qui ne le soit pas moins. De fait, les plus grandes sopranos de l’histoire (pour autant qu’elles aient les qualités requises) se sont risquées à ce rôle exigeant. La plus marquante demeure sans doute Maria Callas (1923-1977).

En classe

Cette peinture acerbe de la société bourgeoise et de la place qui y est réservée aux femmes n’est envisageable qu’à partir des classes de quatrième et surtout au lycée où une approche historique et psychologique peut donner lieu à une réflexion sur la condition féminine depuis le XIXe siècle jusqu’à nos jours.

Il est à noter enfin que la discrimination à l’égard des jeunes filles est malheureusement encore un sujet actuel qui peut être débattu entre lycéennes et lycéens.

Dans le cadre de l’enseignement de l’histoire des arts pourront être abordées, au lycée, les thématiques : « arts, sociétés, cultures » et « arts, goût, esthétiques » et, au collège, « arts, ruptures, continuités ».