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Cendrillon

Les métamorphoses de Cendrillon

De Perrault à Cain, variations autour d’un conte de fées

On ne peut dénombrer les différentes versions de ce conte dont la première trace écrite semble être un conte chinois datant du IXe siècle avant J.-C. (voir l’explication de Bruno Bettelheim in Psychanalyse des contes de fées, Hachette Littérature, collection « Pluriel », 1998, p. 349). L’origine orientale explique la valorisation de la petitesse du pied comme critère de beauté féminine et l’importance donnée au soulier confectionné à partir d’une matière rare. En Europe, on ne recense pas moins de 570 versions de ce conte issu d’une tradition orale. Certains éléments de cette histoire se retrouvent néanmoins d’une version sur l’autre, à commencer par la présence du merveilleux et l’idée d’une épreuve à surmonter pour accéder à l’âge adulte.

Les invariants du conte

Les élèves connaissent tous ce conte qui fait partie du patrimoine de la culture enfantine. C’est pourquoi nous nous appuyons sur leur connaissance de l’histoire pour construire collectivement la trame et soulever, éventuellement, les variantes selon les propositions de la classe.

En classe
Comprendre une narration

Demander aux élèves de retrouver les différentes étapes du conte en s’appuyant sur leurs connaissances. S’aider du schéma actantiel pour structurer les différentes étapes : situation initiale, élément déclencheur, péripéties, dénouement, situation finale.

À l’issue de cette récapitulation collective, sensibiliser les élèves au fait que chaque époque donne une couleur particulière au conte en mettant en avant tel ou tel élément, voire en introduisant ou en supprimant des éléments. Ainsi, les deux versions – celle de Perrault, au XVIIe siècle et celle des frères Grimm, au XVIIIe siècle – sont-elles très différentes dans leur tonalité, même si le schéma narratif reste le même.

En classe
Lire et comparer

Demander aux élèves d’analyser les différences entre les deux versions les plus connues du conte : celle de Charles Perrault (Cendrillon ou la petite pantoufle de verre, 1697) et celle des frères Grimm (Aschenputtel, 1812, traduction M. Robert, 1976). La lecture des deux contes pourra être menée en classe, les textes étant relativement courts. Les différences seront alors directement inscrites au tableau.
Remarque

Ces deux versions du conte peuvent être trouvées sur Internet.

L’intérêt ici est de confronter les deux textes pour mettre en évidence les points communs (la famille recomposée, le rejet de Cendrillon par la belle-famille, le recours au merveilleux, le bal, la rencontre du prince, la perte de la pantoufle, la quête du prince et le bonheur final).
Plusieurs axes d’étude sont alors envisageables :

  • l’incipit, qui permet d’étudier la façon dont on « entre » dans l’histoire. On sera sensible à la présentation des personnages et à la manière dont les frères Grimm introduisent la relation entre Cendrillon et la mère défunte ; le conte prend ici une dimension plus poétique et plus symbolique avec, en particulier, la requête de Cendrillon auprès de son père (« Père, le premier rameau qui heurtera votre chapeau sur le chemin du retour, cueillez-le pour moi. ») ;
  • le merveilleux : on constatera que le personnage de la marraine est remplacé dans le conte de Grimm par l’action des oiseaux et par le pouvoir de l’arbre à souhaits (« Petit arbre, ébranle-toi, agite-toi, jette de l’or et de l’argent sur moi. ») ;
  • les relations entre Cendrillon et son père, d’une part, et celles de Cendrillon et sa belle-famille (les deux sœurs et la belle-mère) d’autre part : quels sont les sentiments du père vis-à-vis de sa fille ? Comment comprendre l’épreuve des lentilles (Grimm) ? Interroger la bonté de Cendrillon envers ses sœurs, sa ruse au retour du bal, son pardon final (Perrault)... ;
  • la pantoufle : quel est son rôle dans le conte ? En quelle matière est-elle confectionnée ? Comment la perd-elle ? Que font les deux sœurs pour pouvoir la chausser (Grimm) ?
  • la situation finale : montrer comment les deux versions s’opposent radicalement.
    Cette étude comparée aiguisera l’attention des élèves lors de leur venue à l’Opéra Comique, car la version de Cain/Massenet joue habilement avec les attendus du conte et s’en démarque à bien des égards.
De l’écriture du conte à celle du livret : la réécriture de Henri Cain

Après l’étude détaillée de ces deux versions, les élèves seront mieux à même de découvrir les emprunts que le librettiste Henri Cain a effectués et la part d’originalité qui lui revient dans l’écriture proprement dite de son livret.
Nous pourrons nous arrêter sur la notion de « réécriture » qui implique une intention particulière de la part de celui qui s’empare d’un objet appartenant à la culture commune. Nous pourrons également réfléchir sur le choix stylistique d’un mode particulier de réécriture tel que la transposition, la parodie, le pastiche, etc.

En classe
Rechercher et trouver autour d’un thème

Demander aux élèves de chercher dans le domaine de la culture (littérature, mais aussi peinture, cinéma, ballet, etc.) des exemples de relecture/réécriture d’une œuvre. Insister sur la notion d’« écart » et sur l’effet que la reconnaissance de cet écart produit sur le lecteur ou le spectateur. Chaque élève pourra, sous forme d’exposé, présenter une œuvre originale et sa transposition.

Sans trop déflorer l’originalité du livret de Cain, nous signalons tout de même, avant de découvrir l’opéra dans la version de Benjamin Lazar, un épisode totalement inventé par le librettiste qui signe là l’originalité de sa version : l’épisode de l’arbre aux fées (consulter le deuxième tableau de l’acte III)

En classe
S’interroger sur la mise en scène

À partir de l’écoute en classe de cette scène, demander aux élèves de dégager la nouveauté apportée par le livret. Quel est le rôle de la fée ? Comment le Prince Charmant et Cendrillon sont-ils traités ? Une fois les enjeux dramatiques mis en lumière, on s’interrogera sur la mise en scène de cet épisode : proposer aux élèves répartis en groupes de jouer la scène en reprenant les paroles du livret.