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De l’élève au danseur

Glossaire

Danse académique

La danse académique se définit par un ensemble de pas et de mouvements appartenant à la danse de l’Académie, c’est-à-dire ce que l’on appelle plus communément « la danse classique » par opposition à la danse moderne. Ce répertoire se caractérise par la codification de positions de base et de positions complexes que les élèves de l’École commencent à apprendre dès la sixième division.

Historiquement, il existe différents traités – le plus ancien traité théorique serait celui de Thoinot Arbeau, auteur de l’Orchésographie en 1589 –, mais nous ne retiendrons ici que quelques-uns des plus utilisés par les danseurs :

  • l’écriture Feuillet et Beauchamp ;
  • Jean-George Noverre ;
  • l’écriture Laban et Benesh.

L’écriture Feuillet et Beauchamp :

Raoul-Auger Feuillet (1660-1710) est un danseur et chorégraphe français, inventeur d’un système de notation dans un traité qui s’intitule « Chorégraphie, ou l’art de décrire la danse par caractères, figures et signes démonstratifs » en 1700.

Ce traité s’inspire fortement des travaux de Pierre Beauchamp (1631-1705), un des principaux collaborateurs de Molière et de Lully à la cour de Louis XIV et qui a mis au point la comédie-ballet popularisée par Le Bourgeois gentilhomme (1670). C’est à cette époque que Beauchamp codifie les cinq positions aux fondements même de la danse académique. La notation que Feuillet publie se définit à partir d’un système de signes qui fait référence à des mouvements préalablement décomposés. Un lexique des pas et des mouvements se développe alors pour permettre aux maîtres de ballet et aux chorégraphes de comprendre cette écriture. On dénombre 460 exemples de pas organisés dans onze familles de pas (pas sauté, pas marché, etc.). Cette notation détaille des parcours, des plus simples aux plus complexes, qui décrivent des trajets au sol en combinant le spatial au musical, car la « Belle Dance » est intimement liée à la musique. La « Belle dance » est une conception à la fois esthétique, morale et sociale de la danse qui trouve sa plénitude à l’époque de Louis XIV. C’est par essence la danse pratiquée par la noblesse.

Raoul-Auger Feuillet (1660-1710), Le Rigaudon de la Paix.
Recueil de dances composées par M. Feuillet, Raoul Auger. Paris, 1700. In-4°, page 1.
Source : Bibliothèque nationale de France. Réserve des livres rares.

Jean-George Noverre est l’auteur des Lettres sur la danse qui, lorsqu’elles paraissent en 1760, deviennent la référence pour le développement du ballet d’action. Ces lettres constituent à la fois un manuel de danse à l’usage des maîtres de ballet et des danseurs professionnels, mais également un ouvrage de réflexion sur la place de la danse et du danseur dans la société et parmi les autres arts. S’il ne s’agit pas d’une notation à proprement parler, il faut considérer cet ouvrage comme une réflexion importante sur le ballet d’action en Europe qui préconise, par exemple, des costumes de scène légers, des souliers adaptés et la recherche d’émotions vraies. Enfin, il prône l’instauration d’une narration afin de rendre le ballet captivant et compréhensible par le public.

Les écritures Laban et Benesh :

Les notations Laban et Benesh sont classées parmi les notations abstraites de la danse qui proposent des grammaires complexes demandant une formation particulièrement poussée pour les maîtriser.
Rudolf Laban (1879-1958) invente la cinétographie en 1928 autour de quatre fondamentaux : l’espace, le temps, le poids et l’effort.
Rudolf Benesh (1916-1975) crée la choréologie appelée aussi « notation Benesh » en 1955, qui a pour singularité de s’inscrire sur une portée musicale à l’aide de signes abstraits. Cette notation est notamment utilisée par Régine Chopinot dans les années 1980 et actuellement par Angelin Preljocaj qui, à l’aide de choréologues, archive ses créations.

Rudolf Laban (1879-1958), Lichtwende ; danse en cercle. Danse chorale. 
Rudolph van Laban. Hamburger Tanzschreibstube (1930-1933).
© Fonds Albrecht Knust-Donation Roderyk Lange – Médiathèque du Centre national de la danse.

La notation Laban est aujourd’hui écrite de façon verticale.

En classe

Mettre en relation les expériences graphiques du poème chez Apollinaire avec l’écriture de la danse (voir l’article sur la notation du mouvement sur le site de la médiathèque du Centre national de la danse).

Ballet de cour

Le ballet de cour est né au XVIsiècle et se pratique dans les cours princières et royales par la noblesse. Il s’agit de danses de divertissement codifiées qui mettent généralement en scène l’image du pouvoir comme Le Ballet royal de la nuit, chorégraphié pour Louis XIV en 1653.

Ballet d’action

Ce terme désigne le ballet chorégraphié avec une trame narrative et se joue dans les théâtres. On le nomme aussi « ballet-pantomime ». Il se pratique essentiellement à partir de la deuxième moitié du XVIIIe siècle et trouve sa plénitude avec le ballet romantique (succès de Robert le diable en 1831 puis du ballet Giselle en 1841).

Danses de caractère ou danses folkloriques

Ces termes désignent les danses dites « nationales » comme les danses slaves, espagnoles, chinoises, etc. inventées au XIXe siècle dans un contexte d’affirmation des nations et de l’explosion des nationalismes. Totalement sous l’influence de l’exotisme et de l’orientalisme dans les beaux-arts, les danses de caractère se pratiquent comme des danses traditionnelles pour traduire des particularismes locaux et régionaux afin d’affirmer une identité.

Des danses nationales au milieu du XIXe siècle, on passe aux danses de caractère, puis aux danses dites « folkloriques » durant l’entre-deux-guerres. Ces danses, à travers un imaginaire, se construisent par rapport à des costumes et des musiques traditionnelles, elles aussi inventées au XIXe siècle. L’acte des fiançailles dans Le Lac des cygnes est tout à fait représentatif de cette mode où danses russes, slaves et espagnoles se succèdent au milieu d’un ballet académique.

Ballets russes et émergence du néoclassicisme dans la danse

Les premières tournées de la Compagnie des Ballets Russes de Serge de Diaghilev dans les années 1910 apportent en Occident de nouvelles visions du spectacle chorégraphique, conçu désormais comme une œuvre d’art totale à laquelle contribuent de façon importante peintres et costumiers, au côté des chorégraphes, librettistes et compositeurs contemporains. Des chorégraphes comme Léonide Massine ou George Balanchine apportent un souffle nouveau à la danse par une nouvelle vision du ballet, créant des œuvres narratives courtes sur des thématiques du temps présent, puisant dans les folklores et légendes russes. Bientôt, ils développeront aussi des œuvres de danse pure, ou abstraite, dépourvues de toute narration.
Au sein de la troupe, le danseur Vaslav Nijinski se distingue dès ses premières chorégraphies par un style radicalement neuf.
L’Après-midi d’un faune en 1912 et Le Sacre du printemps en 1913 illustrent notamment ce tournant, dévoilant une danse auto-référente sans précédent stylistique. C’est ce que Serge Lifar nomme « la danse nouvelle », dont les lignées classiques, modernes et contemporaines se déclareront également héritières au cours du XXe siècle. Les ballets de Nijinski, qui provoquent scandale et fascination, peuvent se lire comme une nouvelle affirmation de l’individu, de sa subjectivité et aussi de sa sexualité. Ainsi, dans L’Après-midi d’un faune, le grand public est choqué par la scène où Nijinski s’allonge sur l’écharpe d’une Nymphe, symbole d’un orgasme.

Danse libre

À la fin du XIXe siècle, d’autres types de danse émergent aux États-Unis, qui trouvent bientôt un nouveau public en Europe. L’Américaine Loïe Fuller (1862-1928) se fait notamment remarquer par sa danse serpentine présentée dans un théâtre lumineux. Sa compatriote Isadora Duncan (1877-1927) établit également un nouveau mouvement corporel libre fondé sur des références helléniques.

Music-hall et danses de société

Les danses de société des Amériques arrivent en Europe et se diffusent dans les dancings de toutes les grandes villes. Dans la deuxième moitié du XIXe siècle et jusque durant l’entre-deux-guerres, le music-hall et les danses de société attirent des couches sociales populaires en quête de nouveaux divertissements. Avec le cabaret, ces genres spectaculaires apportent une nouvelle énergie dans le monde des spectacles. Le succès international de Joséphine Baker (1906-1975) illustre, par exemple, l’engouement pour des prestations enjouées. 

Danse moderne 

Les courants modernes qui émergent au début du XXe siècle se distinguent du style académique et se caractérisent généralement par :

  • une esthétique propre à chaque créateur ;
  • un rapport au corps et au mouvement qui se construit sur le mode de l’expérimentation ;
  • un mode de composition chorégraphique fondé sur la pratique de l’improvisation, individuelle ou collective ;
  • la mise en lumière du rythme autonome du corps par rapport à la musique ;
  • un usage très libre des choix musicaux ;
  • des œuvres ou pièces d’une grande diversité thématique et stylistique, réformant la mise en scène des chorégraphies narratives, mais développant aussi de façon déterminante la danse pure, ou genre abstrait.

On peut discerner différentes phases dans l’émergence de la modernité en danse.

Les deux courants de la danse moderne :

  • En Allemagne : Rudolf Laban (1879-1958) est un danseur, chorégraphe et théoricien de la danse. Il ouvre son premier atelier de « danse, son et parole » en 1913 à Munich et s’intéresse à la notation, à la diversité des mouvements du corps dans l’espace, à l’art scénique et théâtral. Il s’ouvre à des esthétiques et philosophies très diverses (vitalisme, soufisme…). Il soutient le concept de « Tanztheater » (danse théâtre) qui défend, dès les années 1920, une première synthèse des techniques modernes et classique et la reconnaissance de son nouveau courant chorégraphique dans les institutions théâtrales d’Allemagne et d’Europe centrale. Exemple d’une œuvre associée au courant du Tanztheater : La Table verte de Kurt Jooss.
  • Aux États-Unis : Martha Graham (1894-1991). Le solo Lamentation qu’elle crée en 1930 est l’acte de naissance de son style. Il se manifeste par un travail sur la respiration, l’expressivité du mouvement, le jeu entre des tensions du mouvement et ses relâchements (« contraction-release »).

Danse contemporaine

Ces quelques repères – des ballets russes à la danse moderne – permettent de montrer que la très grande créativité et diversité de la danse contemporaine prend sa force dans cette volonté nouvelle d’exprimer la subjectivité de chaque chorégraphe et de s’émanciper des académismes. La danse contemporaine émerge en réaction ou dans le prolongement des courants de la danse moderne.

  • Aux États-Unis, la génération autour de Merce Cunningham (1919-2009) incarne ce tournant dans les années 1960, avec des œuvres qui interrogent les codes traditionnels de la scène. Trisha Brown (1936-), figure emblématique du mouvement postmoderne de la « Judson Church », pousse plus loin la volonté de renouvellement en éliminant toute volonté virtuose dans ses projets collectifs qu’elle développe en contexte urbain, hors des théâtres.
  • En Allemagne, un autre tournant esthétique est porté dans les années 1970 par une nouvelle génération de chorégraphes, dont Pina Bausch, qui se réapproprient le terme de Tanztheater pour mettre en scène un théâtre rebelle qui mêle utopie sociale et exploration de la psychée humaine, tout en renouant avec les fondamentaux du mouvement moderne.
  • En France, la jeune danse contemporaine – souvent comparée à une « danse d’auteur » comme en témoignent les œuvres de Dominique Bagouet, Jean-Claude Gallota ou Maguy Marin – se distingue dès le tournant des années 1980, avec une génération formée tout à la fois aux courants modernes américains et allemands.

En classe

À partir de ces données historiques, proposer d’étudier la danse selon les réflexions qu’elles soulèvent. Par exemple, on pourra travailler sur la cour de Louis XIV et les comédies-ballets de Molière, en cela qu’elles représentent, hormis une esthétique, une codification des rapports homme/femme.

On pourra également s’interroger sur les différentes danses folkloriques du Lac des cygnes et la montée des nationalismes et des identités régionales dans la seconde moitié du XIXe siècle.

Enfin, en se saisissant d’une problématique danse et histoire, on pourra travailler sur l’exotisme dans La Bayadère, le rapport avec l’hellénisme à travers l’expérience duncanienne, ou encore la rencontre entre Merce Cunningham et John Cage.

Une autre piste consisterait à envisager les mouvements de la danse selon les lieux : de la rue (théâtre de foire) au théâtre (danses classiques et contemporaines), voire à la street dance.