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L’angélologie et la démonologie augustiniennes

Un héritier de la tradition païenne

Sandro Boticelli (1445-1510), Saint Augustin dans son atelier
Sandro Boticelli (1445-1510), Saint Augustin dans son atelier, fresque datée de 1480, Poldi Pezzoli, Milan.

© Raffaello/Leemage.

Il faut tout d’abord noter que les réflexions d’Augustin se fondent sur une connaissance très précise des textes païens. Il note ainsi, dans le De Genesi ad litteram, III, IX, 13 :

« Je n’ignore pas que certains philosophes ont classé les êtres d’après les éléments qui leur sont propres : ils appellent terrestres, non seulement les animaux qui rampent ou qui marchent sur la terre, mais encore les oiseaux parce qu’ils s’abattent sur la terre quand ils sont las de voler. Dans leur système, les démons habitent l’air, les dieux, le ciel où nous plaçons les luminaires et les anges. »

 

 et de manière encore plus précise dans la Cité de Dieu :

« Il y a suivant eux [les Platoniciens] trois espèces d’animaux doués d’une âme raisonnable, savoir : les dieux, les hommes et les démons. Les dieux occupent la région la plus élevée, les hommes la plus basse, les démons la moyenne ; car la région des dieux, c’est le ciel, celle des hommes la terre, celle des démons l’air. À cette différence dans la dignité, de leur séjour répond la diversité de leur nature. Les dieux sont plus excellents que les hommes et que les démons ; les hommes le sont moins que les démons et que les dieux. Ainsi donc, les démons étant au milieu, de même qu’il faut les estimer moins que les dieux, puisqu’ils habitent plus bas, il faut les estimer plus que les hommes, puisqu’ils habitent plus haut. Et en effet, s’ils partagent avec les dieux le privilège d’avoir un corps immortel, ils ont, comme les hommes, une âme sujette aux passions [...]. Voilà ce qu’on trouve dans Apulée de Madaure, qui a composé sur ce sujet un livre intitulé Du dieu de Socrate ; il y discute et y explique à quel ordre de divinités appartenait cet esprit familier, cet ami bienveillant qui avertissait Socrate, dit-on, de se désister de toutes les actions qui ne devaient pas tourner à son avantage. Après avoir examiné avec soin l’opinion de Platon touchant les âmes sublimes des dieux, les âmes inférieures des hommes et les âmes moyennes des démons, il déclare nettement et prouve fort au long que cet esprit familier n’était point un dieu, mais un démon. » (La Cité de Dieu, VIII, XIV).

 

Augustin connaît donc bien la démonologie élaborée tant par le moyen-platonisme (Apulée) que par le néoplatonisme (Porphyre) et la discute de manière très rigoureuse aux livres VIII-X et XIX de sa Cité de Dieu. Il sait donc que le terme de daïmôn désigne uniquement une divinité intermédiaire dont l’intervention peut être aussi bonne que mauvaise. Pourtant, conformément à une longue tradition patristique qui le précède, il emploie angelus en bonne part pour désigner les « Anges bons » et daïmôn en mauvaise part pour désigner les « Anges mauvais ».