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L’angélologie et la démonologie augustiniennes

Les Anges

a) Création et nature des Anges

C’est dans les livres XI et XII de La Cité de Dieu qu’Augustin examine avec précision la création et la nature des Anges. Les Anges ne sont pas évoqués en tant que tels dans le récit de la Genèse, mais leur création peut être déduite de Gn 1, 1 creavit Deus caelum, qui renvoie à la création des êtres spirituels, et de Gn 1, 3 Fiat lux et facta est lux (XI, 9). Cependant, il est possible que les Anges aient été créés avant le ciel et la terre, mais ils ne sont pas coéternels à Dieu (XI, 32). Ainsi, l’exégèse spirituelle de longue tradition patristique dont Augustin hérite lui permet de faire fusionner des traditions spirituelles diverses.
Par extension, le terme « ange » en vient à désigner tout être dans la cité céleste créé le premier jour (V, 19). Bien que ceux-ci soient au sommet de la hiérarchie de la création (XI, 5), ils ne peuvent atteindre par eux-mêmes la plénitude du bonheur (XI, 11). C’est par la perseverantia et la grâce de Dieu qu’ils peuvent se maintenir dans l’union avec l’Être le plus élevé (XII, 6). Conformément à l’enseignement de Paul (Col 1, 16 ; Rm 8, 8 ; 1 Th 4, 16), il existe différents types d’Anges (les anges, les archanges, les trônes, les dominations, les puissances, les principautés et les vertus ; voir Homélies sur l’Évangile de Jean, I, 5) ; mais Augustin, contrairement au pseudo-Denys l’Aréopagite, n’établit pas de hiérarchie céleste.

Façade de la cathédrale Notre-Dame de Strasbourg construite entre 1176 et 1439
Façade de la cathédrale Notre-Dame de Strasbourg construite entre 1176 et 1439.

© Paul Almasy/Corbis.

Par nature, les Anges sont immortels, mais muables. Ils animent les corps ou les choses analogues aux corps pour permettre de réaliser la volonté de Dieu (voir De Genesi ad litteram, VIII, 25). Quand ils prennent l’apparence d’un corps humain, ils mangent et s’animent conformément à la nature humaine (XIII, 22). Parfois, les Anges interviennent dans les rêves des hommes (voir Enarrationes in Psalmos 118, 18, 4).
La question du corps des Anges chez Augustin est une quaestio uexata. Il pense que les Anges sont des esprits, mais utilise parfois des expressions comme « corps angélique ». Pour résoudre ce paradoxe, il faut revenir à la description de la résurrection, où il est dit que les hommes revêtus d’un corps spirituel seront égaux aux Anges, pour en déduire que les Anges ont un corps spirituel (voir De Genesi ad litteram, VI, 19 ; 24 ; Enarrationes in Psalmos 145, 3).
Ces corps n’ont pas besoin d’être nourris ; ils sont éthérés et lumineux, et ainsi, les Anges peuvent se déplacer plus vite que les corps célestes (voir Sermon 277). Les Anges lisent dans l’âme des hommes, mais par leur nature propre, ils leur demeurent invisibles.

b) La connaissance angélique

Le livre IV du De Genesi ad litteram étudie de manière très précise la connaissance angélique. À la différence des hommes, et grâce à leur nature intelligible, les Anges ont une connaissance directe de Dieu et des idées divines. Leur intelligence n’est pas obscurcie par la matière corporelle et ils connaissent les créatures dans les raisons divines éternelles (rationes aeternae) et dans les choses créées elles-mêmes. Les Anges se réfèrent à leur connaissance des créatures pour louer Dieu. Ces trois types de connaissances sont représentés par le jour, la nuit et le matin dans l’histoire de la Création (IV, 24). En fait, à y regarder de plus près, la connaissance des Anges est déduite par Augustin de l’analyse de Plotin sur la nature de la connaissance intelligible telle qu’on peut la lire, par exemple en Ennéades, V, 1 ou V, 3. La description des Anges dans l’œuvre de l’évêque d’Hippone traduit donc une adaptation de la réflexion néoplatonicienne sur la théologie des intermédiaires ou sur la connaissance intelligible à la tradition biblique et patristique dans laquelle il se situe.