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Musagora > Mondes antiques / Mondes modernes > Héraclès en Gaule > Héraclès gaulois à la Renaissance

Héraclès en Gaule

Héraclès gaulois à la Renaissance

À la suite de la publication d’une traduction par Érasme de l’Hercule de Lucien de Samosate, l’image de l’Hercule gaulois donne lieu à des développements nouveaux en France. Cette image devient en effet un « emblème » : la force de la parole est supérieure à celle des armes ! Et puisque l’on a reconnu aux Gaulois, depuis Caton, un art supérieur de la parole, les Français deviennent les maîtres de l’éloquence et la langue française un outil à parfaire pour briller dans cet art.  

« Il atteint à de tels sommets par l’agrément de son style, sa fantaisie allègre, son humour ravageur et la causticité de son persiflage, il maîtrise à un point tel l’art de l’allusion émoustillante, se montre si habile à mêler le grave et le badin, le badin et le grave, à dire vrai en se jouant et à se jouer en disant vrai, il sait si bien dépeindre, comme au pinceau, les habitudes, les passions et les sentiments humains et les donner à voir bien plus qu’à lire, qu’aucune comédie, aucune satire ne peut être comparée à ses dialogues, tant pour le divertissement que pour l’utilité. » 
Érasme, Jugement sur Lucien de Samosate

L’Hercule gaulois à la Renaissance

Extrait du Champ Fleury de Geoffroy Tory (1529).
Source : Bnf.

Dans le Champfleury de Geoffroy Tory (1529), Hercule prend les attributs de l’Hercule de Lucien de Samosate : toujours armé de sa massue et de sa peau de lion, il est cependant représenté comme le symbole de l’éloquence triomphant de la force
On retrouve l’image d’Hercule enchaînant les hommes par sa parole dans les Emblemata d’Alciat, ouvrage paru en 1531.

Emblemata de Alciat André

Alciati Emblematum liber  

Emblema CLXXXI 
Eloquentia fortitudine praestantior
Arcum laeva tenet, rigidam fert dextera clavam, 
Contegit et Nemees corpora nuda leo. 
Herculis haec igitur facies ? Non convenit illud 
Quod vetus, et senio tempora cana gerit. 
Quid quod lingua illi levibus traiecta catenis, 
Queis fissa facile is allicit aure viros ? 
Anne quod Alciden lingua, non robore Galli 
Praestantem populis iura dedisse ferunt ? 
Cedunt arma togae, et quamvis durissima corda 
Eloquio pollens ad sua vota trahit.   

Eloquence vault mieulx que force 
L’arc en la main, en l’autre la massue, 
Peau de lyon estant cy aperceue, 
Pour Hercules me faict ce vieillart croire. 
Mais ce qu’il a marque de si grand gloire : 
Que mener gens enchainez a sa langue 
Entendre veult, qu’il feist tant bien harengue, 
Que les Francois pour ses dits de merveilles, 
Furent ainsi que pris par les oreilles. 
Si donc il a par loix & ordonnances 
Rangé les gens, plustost que par vaillances : 
Dira l’on pas (comme est verité) 
Que l’espee a lieu aux livres quicté ? 
Et que ung dur cueur par sages mieulx se range, 
Que gros effort son aspreté ne change ? 
Pour ce Hercules ne fait pas grandes forces : 
Et si sont gens, apres luy grandes courses.

 

Publication : Cambridge (Mass.), Omnisys, [ca 1990], reproduction de l’édition de Lyon : G. Rouilium, 1550 (226 pages). Source : Bnf. 

Hommage rendu à François Ier lors des fêtes organisées pour l’entrée de son fils Henri II à Paris, le 16 juillet 1549. 
Le Roi est représenté en « Hercule gaulois ». Sa parole enchaîne quatre figures : le Clergé, la Noblesse, et le Tiers état représenté d’une part par les Juristes, d’une autre par un laboureur.  

« Pour ma douce éloquence & royale bonté 
Chacun prenoit plaisir à m’honorer & suyvre : 
Chacun voyant aussi mon successeur m’ensuyvre, 
L’honore & suyt, contrainct de franche volunté. »  

Joachim Du Bellay conclut la Défense et illustration de la langue française (1549) par une allusion à l’« Hercule gallique… »

Joachim du Bellay La Défense et illustration de la langue française (1549)  

Or sommes-nous, la grâce à Dieu, par beaucoup de périls et de flots étrangers, rendus au port, à sûreté. Nous avons échappé du milieu des Grecs, et par les escadrons romains pénétré jusques au sein de la tant désirée France. Là donc, Français, marchez courageusement vers cette superbe cité romaine : et des serves dépouilles d’elle (comme vous avez fait plus d’une fois) ornez vos temples et autels. Ne craignez plus ces oies criardes, ce fier Manlie, et ce traître Camille, qui, sous ombre de bonne foi, vous surprenne tous nus comptant la rançon du Capitole. Donnez en cette Grèce menteresse, et y semez encore un coup la fameuse nation des Gallogrecs. Pillez-moi, sans conscience, les sacrés trésors de ce temple Delphique, ainsi que vous avez fait autrefois : et ne craignez plus ce muet Apollon, ses faux oracles, ni ses flèches rebouchées. Vous souvienne de votre ancienne Marseille, seconde Athènes, et de votre Hercule gallique, tirant les peuples après lui par leurs oreilles, avec une chaîne attachée à sa langue. 

Du Bellay Joachim : « La Deffence, et illustration de la langue francoyse. », imprimé à Paris pour Arnoul L’Angelier, 1549, Sig. a-e8, f7 ; in-8. Source : Bnf.