Aller directement au contenu de la page
Aller au plan du site
Aller au menu bas de page

Mag filmMag film

Accueil > Madame Bovary au cinéma : adaptation, réécriture > Pistes pour l'étude > Interroger l’acte de l’adaptation cinématographique

Madame Bovary au cinéma : adaptation, réécriture

Interroger l’acte de l’adaptation cinématographique

En 1952, André Bazin est le premier théoricien du cinéma à réfléchir clairement sur la question de l’adaptation cinématographique en termes de fidélité et de trahison au roman d’origine. C’est lui qui, dans « Pour un cinéma impur, défense de l’adaptation », ouvre le débat encore controversé aujourd’hui concernant la fidélité « à la lettre » ou « à l’esprit » de l’œuvre originale. Comparant l’adaptation à la traduction en littérature, il fait aussi bien la critique du mot à mot que de la transcription trop libre.

Deux ans plus tard, François Truffaut reprend le débat dans son fameux article : « Une certaine tendance du cinéma français ». Pour lui, l’important ne se situe pas dans la fidélité ou la trahison du roman, mais dans le résultat final, le produit fini : « Seule compte la réussite du film, celle-ci liée exclusivement à la personnalité du metteur en scène […] Il n’y a donc ni bonne ni mauvaise adaptation […] la même chose, en mieux ; autre chose, de mieux » (Les Cahiers du cinéma, n° 31, janvier 1954).

Alexandre Astruc, quant à lui, pose l’adaptation comme acte de création : La « caméra est un “stylo” grâce auquel le cinéaste, à l’égard du romancier, pourrait exprimer sa pensée, aussi abstraite soit-elle » (« Naissance d’une nouvelle avant-garde », LÉcran français, 1948). Le cinéma s’arrache ainsi peu à peu à la tyrannie du visuel, de l’image pour l’image, pour devenir un moyen d’écriture aussi souple et subtil que celui du langage écrit. Astruc aboutit à une conclusion célèbre : la mise en scène n’est plus un moyen d’illustrer ou de présenter une scène, mais une véritable écriture ; l’auteur écrit avec la caméra comme un écrivain écrit avec son stylo. Il n’est donc plus question de donner à voir la réalité littéraire, mais de faire entendre la voix d’un auteur.

De quelques enjeux dont chaque adaptation est le symptôme

L’époque influe tout autant sur l’œuvre littéraire que sur l’œuvre cinématographique. « Adapter », c’est d’abord s’adapter : à son époque, à son public. Chaque adaptation est donc le fruit d’un contexte historique, d’un courant esthétique, et d’un individu. Elle passe obligatoirement par un transfert historico-culturel. Ainsi les enjeux diffèrent-ils d’une Madame Bovary à l’autre, d’une époque à l’autre, d’un réalisateur à l’autre.

Adapter Madame Bovary au cinéma permet d’inspirer une réflexion sur le rôle de l’artiste et sur les effets de la censure (Minnelli), d’évoquer l’Insurrection de Pâques en Irlande en 1916 et de parler de la collaboration pendant la guerre (Lean), d’attirer l’attention sur la condition faite aux femmes dans une société patriarcale (Chabrol), de protester contre le conservatisme passéiste du Portugal contemporain (Oliveira), de mettre en scène le destin malheureux d’une femme, et à travers elle celui de tout un peuple (Sokourov), ou, tout simplement, et plus fréquemment, de mettre en garde contre les risques d’une vie dans laquelle on laisserait la fiction et l’imagination prendre le pas sur la réalité.

D’autres versions encore mettent en avant des enjeux d’ordres différents : mise en lumière des dangers liés à la transgression des classes sociales par le mariage (Ray, États-Unis), dénonciation de la collaboration avec Hitler pendant la Seconde Guerre mondiale (Schott-Schöbinger, Autriche), ou encore condamnation de la corruption de la civilisation occidentale (Mehta, Canada).

Si le personnage de Madame Bovary trouve ainsi à s’incarner à toutes les époques et dans différentes cultures, c’est essentiellement parce qu’elle fait partie des grands mythes littéraires. Madame Bovary est un personnage « type », dont la vérité est une vérité générale. Mais c’est aussi un mythe à valeur critique, ce que les réalisateurs reprennent à leur compte et adaptent au contexte social, artistique et politique de leur temps.

  • Agrandir ou rétrécir le texte
  • Partager sur les réseaux sociaux
    PARTAGER CETTE PAGE
    • Twitter