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Val Abraham

Le film

Photo - Film "Val Abraham"Val Abraham de Manoel de Oliveira, 1993.
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Fiche technique

Un film portugais de Manoel de Oliveira (titre original : Vale Abraão), sorti en 1993.
Scénario : Agustina Bessa-Luis (roman homonyme, d’après Madame Bovary de Flaubert) et Manoel de Oliveira (adaptation). Production : Paulo Branco. Image : Mario Barroso. Avec : Leonor Silveira (Ema Paiva), Cécile Sanz de Alba (Ema jeune), Luís Minguel Cintra (Carlos Paiva), Ruy de Carvalho (Paulino Cardeano), Luís Lima Barreto (Pedro Luminares), Micheline Larpin (Simona Luminares), Diogo Dória (Fernando Osorio), José Pinto (Caires), Filipe Cochofel (Fortunato), João Perry (Pedro Dossem), Glória de Matos (Maria do Loreto), António Reis (Semblano), Isabel Ruth (Ritinha), Dina Treno (Branca), Dalila Carmo (Marina).
Durée : 3 h 27

Présentation

Adapté du roman homonyme de l’écrivain portugais Agustina Bessa-Luis, lui-même inspiré des aventures d’Emma Bovary de Flaubert, Val Abraham se veut une libre transposition de Madame Bovary dans le Portugal contemporain. Pour beaucoup, c’est ce film qui a consacré Manoel de Oliveira comme un immense cinéaste et révélé l’actrice Leonor Silveira au grand public. Présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes en 1993, il a été applaudi pendant 12 minutes.

Synopsis

Sur les bords du Douro, dans la propriété du Romesal, un père élève seul sa fille de quatorze ans, Ema, entouré d’Augusta, une tante dévote et de servantes du domaine, Marina, Branca et Ritinha. La jeune fille rencontre Carlos de Paiva, un médecin résidant au Val Abraham dans une propriété voisine, qui l’épouse quelques années plus tard. Invitée à un bal mondain, Ema retrouve toute l’aristocratie de la vallée et attire aussitôt l’attention de trois hommes influents : Pedro Luminares, un intellectuel raffiné, Semblano, un épicurien lubrique et Fernando Osorio, propriétaire du domaine du Vésuve et grand voyageur. De retour chez elle, Ema trompe son mari par provocation avec Fernando, puis enchaîne les amants et contracte des dettes pour échapper à l’ennui…

Contexte de la création

La genèse du film
Manoel de Oliveira revient sur la genèse de son film : « Sabine Franel, qui a fait le montage des Cannibales et de NON ou la vaine gloire de commander, parlait souvent de Flaubert pendant la pause du déjeuner avec ses assistants. J’ai alors acheté des livres sur Flaubert et une revue sur lui et sur Proust. J’y ai lu que la vie n’existait pas en dehors du livre… Ce qui n’est pas faux ! Régio m’avait, lui aussi, parlé de Madame Bovary. Alors j’ai pensé en faire un film, sur les lieux mêmes. » (Manoel de Oliveira, Conversations avec Manoel de Oliveira, Cahiers du cinéma, 1996). Oliveira part alors en Normandie sur les traces de Madame Bovary, mais Chabrol est justement en train de tourner son adaptation de Madame Bovary à Rouen et à Lyons-la-Forêt dans l’Eure. Oliveira fait alors appel à Agustina Bessa-Luis, sa grande collaboratrice depuis Francisca (1981) et une très grande romancière au Portugal, pour réécrire une Madame Bovary portugaise et contemporaine. Il en découpe des morceaux et écrit les dialogues que l’on retrouve dans Val Abraham. Oliveira réalise aussi le film pour sa muse, son actrice fétiche, Leonor Silveira, qui ne sera pourtant pas en état de tourner à ce moment-là. Il choisit alors une jeune fille blonde espagnole pour incarner Ema jeune, Cécile Sanz de Alba, et prend beaucoup de plaisir à filmer sa nouvelle actrice. C’est aussi un des désirs du film que de filmer ses cheveux dorés qui tombent sur son pull-over marin.

La relation à Flaubert
Si le générique de Val Abraham affiche sa filiation avec le roman d’Agustina Bessa-Luis, il ne crédite aucunement Gustave Flaubert. Et pourtant, le film lui rend plusieurs fois hommage, en mettant en abyme le roman français. Ainsi, deux plans montrent Ema jeune en train de lire Madame Bovary, preuve que le mythe traverse bien la jeune fille. Les personnages connaissent le roman de Flaubert et ils en parlent, comme dans cette scène où Ema adulte se défend auprès de Pedro Luminares d’être une « Bovaryette », car elle ne se reconnaît pas dans le personnage romanesque, si ce n’est dans le prénom. Contrairement à l’héroïne flaubertienne, elle a été une bonne lectrice, elle a appris la complexité de l’âme humaine et sait aussi ce que c’est que de faire son métier de femme.
Par ailleurs, le film garde la même trame que Madame Bovary, et si le roman de Flaubert puise l’une de ses sources dans l’affaire Delamare, Val Abraham s’inspire lui aussi de personnes bien réelles : Carlos et Ema sont une transposition du baron et de la baronne de Forester et Ritihna, la servante sourde muette, a réellement existé : c’était une femme sourde muette dont les enfants nés muets ont provoqué le suicide du mari. Le film n’a retenu que le pressentiment de ce drame.
Si les écarts par rapport à Madame Bovary sont aussi nombreux, c’est que le parti pris d’Oliveira n’est pas de l’adapter à la lettre, mais d’être fidèle à l’esprit du roman de Bessa-Luis, de transposer une histoire française du XIXe siècle au Portugal contemporain et de s’écarter de toute forme de naturalisme.

L’acte de création
Oliveira est un auteur souverainement libre et dans Val Abraham, la création est souveraine. En effet, le film ne rentre pas dans la loi de l’économie ou de la capitalisation scénaristique, bien au contraire. Il est le lieu d’un vrai espace de création. Manoel de Oliveira, tout comme João de Monteiro, un autre réalisateur portugais, se sent souverainement libre devant le plan, et l’attaque d’une scène, par exemple, n’est jamais soumise à une attaque scénaristique. On n’est ni dans une logique causale ni dans un désir de communication. Val Abraham échappe à la linéarité, le sens ne se construit pas par liens de causalité, mais il arrive musicalement. L’histoire est prise dans quelque chose de plus ample. Ce n’est donc pas la narration qui tient les rênes du film, Val Abraham est un objet musical avant d’être un objet narratif. Il échappe à la communication et à la consommation. 

En regard

Dossier film : Madame Bovary de Claude Chabrol 

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