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Trois couleurs : Bleu

La vie du deuil

Discerner les différentes étapes du deuil vécu par l’héroïne.

Bleu raconte son histoire de deuil – forme et temps du deuil – sans afféterie ni surcroît d’émotion, avec une retenue que l’on dira pudique. Préférant la soustraction à l’addition, les gros plans et les fondus au noir à la vue d’ensemble, le concerto à l’orchestration philharmonique des sentiments. Le film postule d’un drame à l’atroce souffrance et se demande ce qui se passe quand on perd brutalement des êtres parmi les plus chers. Sa dramaturgie consiste à étudier les ravages induits sur celle qui reste. Pour commencer, on dira que le choc de la « nouvelle » ne suscite ni crise de larmes ni réaction violente. Juste un immense sentiment d’accablement : Julie replonge dans son lit d’hôpital (le sommeil et l’oubli) comme elle va bientôt sombrer dans le désespoir. Utilisant ensuite un subterfuge pour détourner l’attention d’une infirmière de garde, la jeune femme essaie de se suicider : c’est l’échec. La pulsion de mort se transforme alors en un désir de se libérer de toutes les marques du bonheur déchu. Sa démarche ou sursaut d’énergie avant la grande atonie du deuil consiste à faire table rase du passé pour ne plus y penser ou, plutôt, pour qu’il ne lui revienne pas à la figure. Cette rupture passe par la vente de sa maison, espace de la cellule familiale par excellence, et de tout ce qui s’y trouve hanté par la vie des défunts. Le présent odieux qu’elle fuit la pousse à changer d’identité, c’est-à-dire à se défaire du patronyme de son mari pour reprendre sa liberté. Puis, elle cherche à se débarrasser des dernières partitions de son époux et refuse de parfaire son œuvre comme le lui propose Olivier. Faire taire cette musique revient à étouffer les bruits, les sons et les voix qui sont autant de rappels familiers et douloureux à sa mémoire. Achever la commande du Conseil de l’Europe serait entretenir un lien avec la mort, les fantômes du passé, l’insupportable idée de la disparition. Ce serait encore aviver l’idée de l’imposture et le poids de la culpabilité d’être encore en vie. En attendant, Julie survit en se délestant d’un passé qui l’emprisonne.

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