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Mort à Venise

Le zoom

Un zoom désigne à la fois un type d’objectif et l’effet rendu possible par son utilisation. La particularité de cet objectif est d’être à focale variable. Chaque focale détermine un champ de vision particulier et influe sur les dimensions de l’objet représenté à l’intérieur du cadre. Prenons l’exemple d’un même arbre, filmé à une distance de 100 m : avec un objectif de 25 mm de focale, nous verrons l’arbre, mais aussi les éléments qui l’environnent. Filmé avec un objectif de 50 mm de focale, notre champ de vision sera resserré, et l’arbre nous semblera plus proche (il apparaîtra deux fois plus grand à l’image). Le changement de focale modifie également la profondeur de champ, c’est-à-dire la zone de netteté à l’intérieur de l’image : à diaphragme égal, plus la focale est longue, et plus la profondeur de champ est réduite. L’utilisation du zoom permet de créer à l’image une impression de mouvement, alors même que la caméra demeure immobile. En modifiant de manière continue la focale au cours de la prise de vues, on donne l’impression d’un rapprochement du sujet filmé. Ce mouvement est appelé « travelling optique » ; il se distingue du « travelling chariot », qui, lui, implique un déplacement de la caméra. L’utilisation des zooms s’est beaucoup répandue à partir des années soixante. Aujourd’hui, toutes les caméras amateurs en sont équipées. Leur apparente facilité d’emploi a entraîné un usage souvent abusif et peu pertinent. C’est pourquoi de nombreux cinéastes ont voulu le proscrire : selon Jean-Luc Godard, le zoom serait même « l’ennemi n° 1 du cinéma ». Mais ces critiques sont sans doute aussi peu fondées que celles que l’on a adressées, par exemple, aux objectifs dits « grands angulaires ». Le zoom, comme du reste tout outil technique à la disposition du cinéaste, est intéressant dès lors que son utilisation est maîtrisée par une réalisation réfléchie. De même que Kubrick, dans 2001, l’odyssée de l’espace, utilise avec pertinence un objectif super-grand-angulaire (dit fisheye), l’utilisation fréquente du zoom dans Mort à Venise semble tout à fait justifiée. Visconti s’en explique dans un entretien avec Michel Ciment : « Dans une histoire comme Mort à Venise, une histoire de regards, le zoom m’aidait beaucoup pour donner cette impression que le regard s’approche d’un être, d’une personne... C’est la nécessité à un certain moment de m’approcher un peu de quelque chose. Au lieu de couper et de m’approcher comme on faisait d’habitude, comme la technique vous l’imposait. C’est plus pratique de faire ainsi. » Plus « pratique » et bien sûr, aussi, plus sensé. Le zoom qui présente le personnage principal au début du film permet véritablement de découvrir Aschenbach et d’entrer dans l’histoire : il l’isole peu à peu de son environnement (sur le pont du bateau) et l’effet indique d’emblée la solitude et l’isolement du personnage. L’effet de zoom permet encore de donner l’impression de plonger dans une intériorité : c’est par un zoom que l’on pénètre dans les pensées et souvenirs d’Aschenbach, lorsqu’il est attablé au restaurant, non loin de Tadzio : le zoom prépare à la fois la voix off (le souvenir d’une discussion sur la beauté) et le flashback qui suit. Enfin, le zoom est sans doute le moyen le plus adéquat de décrire le regard d’Aschenbach sur Tadzio : il n’y a jamais de contact véritable entre eux, et ce n’est qu’en concentrant, en focalisant son regard sur le jeune adolescent que le musicien se rapproche de lui. Le zoom peut ici apparaître comme une métaphore de la fascination : comme le remarque Dominique Villain, « le zoom aspire son objet plus qu’il ne s’avance vers lui » (L’Œil à la caméra). La proximité de Tadzio n’est permise que par cette aspiration, cette concentration du regard retranscrite par le zoom.

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