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Le Tambour

La page d’histoire

Expliciter le genre du film et dresser sa chronologie. Mettre en évidence la corrélation entre petite et grande histoire. Identifier et définir les différents registres narratifs.

La structure dramaturgique

À roman touffu, film foisonnant, baroque, débridé. Conçu comme un récit picaresque plutôt qu’une fresque historique et sociale étant donné qu’il appréhende la vie selon le point de vue fragmentaire et personnel d’un héros naïf bringuebalé au gré des événements, Le Tambour retrace près d’un demi-siècle d’une histoire allemande allant de 1899 à 1945. L’ensemble, qui s’appuie sur une chronologie linéaire ne reprenant que les deux premiers livres d’un roman qui en compte trois, est constitué d’une succession de saynètes reliées entre elles par le narrateur dont le regard et la voix off assurent l’unité. Plus précisément, l’action, située pour l’essentiel dans un faubourg de Dantzig (Gdansk), traite des relations entre Allemands, Polonais et Kachoubes (membres d’un peuple slave vivant à l’ouest de Dantzig), relations bientôt entravées par l’avènement du nazisme. Les ruptures de ton sont fréquentes et les tableaux narratifs s’enchaînent souvent sans souci de transition, à la manière du comportement capricieux de l’Histoire infléchissant le destin des hommes.

Grande et petite histoire

Le récit débute certes à la fin du xixe siècle, mais il ne prend vraiment son élan qu’à partir de la naissance d’Oscar en 1924, date marquante pour l’Allemagne puisqu’elle se situe un an après le putsch manqué de Hitler et l’occupation de la Ruhr par les Français. 1927, l’année où Oscar reçoit son tambour et décide d’arrêter sa croissance en se jetant dans les escaliers de la cave (acte de rébellion face au tumulte social et familial), est aussi celle où l’opposition a le plus de chances de triompher face aux nationaux-socialistes. Puis, c’est l’irrésistible ascension du nazisme (implication d’Alfred dans les activités de propagande) et de l’antisémitisme (persécution du marchand juif Sigismund Markus), l’invasion de la Pologne par l’armée allemande au cours de laquelle la poste de Dantzig est attaquée (mort de Jan), la tournée européenne du cirque de Lilliputiens au service de la Wehrmacht (avec pique-nique sur le mur de l’Atlantique) et l’entrée de l’Armée rouge à Dantzig (mort d’Alfred). On remarquera encore que nombre d’indices discrets scandent avec malice les fluctuations de l’histoire et leur impact sur la vie des hommes, à l’image du portrait de Beethoven remplacé par celui de Hitler (et inversement à la fin de la guerre).

Une histoire métaphorique

Comme on peut le constater, la vie chaotique d’Oscar et de sa famille est bien plus qu’un simple reflet des soubresauts de l’histoire, elle est métaphorique de la situation de la ville de Dantzig pendant l’entre-deux-guerres. Exactement comme Oscar qui refuse de choisir entre ses deux « géniteurs », l’un Allemand, l’autre Polonais, ce port hanséatique se trouve divisé entre les deux nations, allemande et polonaise, depuis la fin de la première guerre mondiale. D’autre part, il faudra voir le refus de grandir du gamin comme l’incapacité de la majorité du peuple allemand à mûrir afin d’affronter le monde du début du xxe siècle, préférant se réfugier dans l’idée fantasmatique du Saint Empire millénaire du Reich. De même qu’Hitler entraîne toute une nation dans sa chute, Oscar est à l’origine d’une série de catastrophes telles que la mort de ses deux pères. Le parallèle entre la vie des protagonistes du film et l’histoire des deux pays apparaît encore clairement dans l’attaque de la poste de Dantzig marquant le début du second conflit mondial. L’épisode de la mort de Jan le Polonais qui se précipite dans le bâtiment pour sauver Oscar est à comprendre comme la métaphore de l’intégration forcée de la Pologne dans le grand Reich germanique. Enfin, la décision d’Oscar de grandir à nouveau à la fin du film correspond au moment où la nation allemande amorce un nouvel âge tourné vers la réflexion, l’analyse des erreurs, l’autocritique pour pouvoir renaître de ses cendres.

Tonamité et registres

Bien que la mise en scène relève d’un certain classicisme, le ton général de l’œuvre, constamment soumis au regard critique d’Oscar, est souvent irrévérencieux, ironique, voire franchement sarcastique (à noter la présence railleuse de la musique destinée à renforcer l’aspect dérisoire de certaines scènes). De fait, l’image du « miracle économique » du début du siècle, propagée par les autorités officielles, s’en trouve profondément mystifiée. L’ironie souligne avec force le caractère tragicomique des situations, invite à l’examen de conscience du peuple allemand et suggère d’endosser, à l’exemple d’Oscar lui-même, une part de responsabilité. Mimant les revers de fortune de l’Histoire, le film associe le comique burlesque à la fable allégorique. On pense en particulier à la scène de la naissance d’Oscar et à celle de la pêche aux anguilles, toutes deux tournées vers une sorte de naturalisme grotesque. La séquence liminaire où le futur grand-père d’Oscar est poursuivi par deux gendarmes parodie, quant à elle, les films muets en général et le comique burlesque des années 1910-1920 en particulier.

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