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Accueil > Le Quai des brumes > Pistes pour l'étude > Le réalisme poétique

Le Quai des brumes

Le réalisme poétique

Décrire la tonalité particulière du film de Prévert et Carné : comment cohabitent poésie et réalisme ?

Si le scénario est tiré d’un roman de Mac Orlan, l’adaptation et la réalisation portent indiscutablement la patte de leurs auteurs, Jacques Prévert et Marcel Carné. L’univers du film tend à la fois vers le réalisme et la poésie, à tel point que l’on évoque souvent l’expression de « réalisme poétique » pour caractériser le film. Le réalisme se donne à voir dans la volonté de décrire sans fard un réel âpre et parfois sordide. Les personnages sont des vagabonds, des laissés-pour-compte, des marginaux, des malfrats, souvent à l’écart de la société bourgeoise. En outre, à travers Zabel, le film veut aussi montrer la face noire de la bourgeoisie. Les décors nous font par ailleurs découvrir un monde industriel dur et froid, l’agitation, le labeur et les trafics des docks ou des terrains vagues. Ce réalisme se donne encore dans le langage : les échanges entre Jean et les personnages qu’il croise sont souvent secs, imagés, parfois violents. Entre prolétaires, le tutoiement est de rigueur, le parler franc.
À ce réalisme s’ajoute étrangement une dimension poétique, que l’on ressent autant dans les dialogues de Prévert que dans la photographie d’Eugène Shüfftan. L’ambiance brumeuse, parfois nocturne, donne au film une tonalité à part : il semble décrire un monde en suspens, éloigné de tout, presque irréel. La fumée des bateaux ou des usines se mêle à la brume, les terrains vagues et les friches industrielles prennent l’apparence de déserts ou de mondes abandonnés, une cabane isolée devient un refuge au bout du monde, cerné de malheurs et de violence. Quant aux dialogues de Prévert, ils nous font parfois quitter tout réalisme pour nous rapprocher de la déclamation d’une poésie du quotidien, désabusée, parfois faussement joyeuse, souvent réellement désespérée. La réalisation accompagne souvent ces échappées poétiques, en isolant le personnage ou en se rapprochant de lui jusqu’au gros plan (cf. la déclamation de l’artiste peintre avant qu’il ne quitte la buvette de Panama).
Ainsi donc, poésie et réalisme se fondent ou se côtoient, produisant des effets divers. La poésie peut nuancer ou sublimer l’âpreté du réel que l’on évoque tout comme elle peut l’accentuer. Le film baigne ainsi dans une sorte de noirceur parsemée d’éclats de douceur, d’humanité et même d’espoir.

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