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L’Armée des ombres

Le film

Fiche technique

Un film français de Jean-Pierre Melville (1969), scénario de Jean-Pierre Melville, avec Lino Ventura (Philippe Gerbier), Simone Signoret (Mathilde), Paul Meurisse (Luc Jardie), Jean-Pierre Cassel (Jean-François Jardie), Paul Crauchet (Félix), Claude Mann (« Le Masque »), Christian Barbier (Guillaume Vermersch, « Le Bison »), André Dewavrin (lui-même, « colonel Passy »). 137 min.

Présentation

En 1942, Philippe Gerbier, élément clé d’un réseau clandestin, est incarcéré suite à une dénonciation. Il s’évade, rejoint Marseille et poursuit la lutte. Au fil des opérations de sabotage et des arrestations successives, on suit les différentes figures du réseau au sein duquel Gerbier combat, tout en interrogeant le sens de son engagement.

Synopsis

La France en 1942. Philippe Gerbier, membre d’un réseau de résistance gaulliste, est incarcéré dans un camp de prisonniers. Il est emmené au quartier général de l’hôtel Majestic et s’en évade en tuant une sentinelle. Il descend à Marseille pour se charger, avec « Le Masque » et « Le Bison » de l’exécution d’un jeune qui a trahi. Celui-ci est étranglé au garrot (selon la méthode pratiquée par l’Espagne franquiste). À partir de là, l’action se déroule de façon concentrique avec des séquences distinctes mettant chacune en scène l’un des membres du réseau (Félix, Jean-François, Mathilde, le « patron » Luc Jardie), chacun étant relié par la figure pivot de Philippe Gerbier. Félix rencontre dans un café un jeune désœuvré, Jean-François, et le persuade d’entrer dans le réseau. Sa première mission consiste à livrer un poste émetteur à Mathilde, la planificatrice du groupe. Il rend visite à son frère « Saint-Luc », un grand bourgeois philosophe et mélomane qui semble vivre hors du temps. Gerbier, lui, doit emmener huit personnes à destination de Londres. Luc Jardie fait partie de l’expédition et n’est autre que le « paisible » Saint-Luc. Gerbier rentre de Londres en toute hâte quand Félix est arrêté et torturé par la Gestapo de Lyon. Mathilde organise son évasion du Q.G. de la Gestapo, mais il est trop tard, Félix est mourant. Jean-François, qui s’était fait arrêter exprès pour le prévenir du plan d’évasion, lui donne son unique pilule de cyanure. Peu après, Gerbier se fait arrêter par hasard. Au peloton d’exécution, il échappe à la mort grâce à des fumigènes, stratagème conçu par Mathilde. Il est mis au vert et contraint à l’inactivité. C’est là que Luc Jardie lui apprend que Mathilde a été arrêtée. On la menace d’envoyer sa fille dans un bordel militaire du front russe si elle refuse de parler. Ses compagnons d’armes l’abattent en plein Paris.

Contexte de la création

Si l’on suit le classement chronologique proposé par l’historienne Sylvie Lindeperg, L’Armée des ombres est « la dernière fiction sur la Résistance conçue par un cinéaste issu de la génération de la guerre, ayant de surcroît combattu dans les rangs de la France libre ». Et l’historienne de rappeler le tournage en cours du Chagrin et la Pitié de Marcel Ophuls, en 1969, lorsque sort le film de Jean-Pierre Melville, qui s’inspire d’un récit de Joseph Kessel, publié à Alger en 1943. Le film est mal accueilli par la critique. Certains, comme le cinéaste et critique Jean-Louis Comolli, y voient « le plus bel exemple cinématographique de l’art gaulliste ». Les lionceaux de la Nouvelle Vague ne pardonnent pas à Melville son académisme, lui qui les a éblouis par son audace formelle dans Le Silence de la mer ou Deux hommes dans Manhattan. Leur dogmatisme les fait passer complètement à côté de l’épure formelle de Melville et du travail de Pierre Lhomme à la photographie.
En fait, le film survient à la fois au meilleur et au pire moment. En positif, il jouit de la possibilité de traiter le sujet sans pâtir d’une diffusion restreinte comme La Sentence de Jean Valère dix ans plus tôt, ou L’Enclos d’Armand Gatti en 1961. À l’inverse, la jeunesse et le public « progressiste » de la France de 1968 ne sont pas enclins à plébisciter une œuvre qui encense le général de Gaulle au point de voir le parti communiste totalement absent du film. La scène londonienne, dans laquelle une pâle doublure du général est sollicitée, constitue sans doute le seul raté du film, mais elle alimente une controverse disproportionnée. Au même moment, un écrivain comme Romain Gary est victime d’un ostracisme semblable de la part de la gauche, une méprise compréhensible lorsque l’on mesure ce qui se joue autour de l’image gaullienne, des affiches hagiographiques aux caricatures, en passant par les conférences de presse télévisées. C’est justement la télévision qui impose le film comme un classique à partir de sa première diffusion en 1975 dans la célèbre émission de l’époque, « Les dossiers de l’écran ». Détail piquant, le générique musical de celle-ci est justement un des thèmes d’Eric Demarsan pour le film, précisément la scène de fusillade à la mitrailleuse où Gerbier est arraché aux balles par Mathilde et ses camarades du réseau.

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