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Capitaine Conan

Plans rapprochés

Comment mettre en lumière la psychologie d’un personnage ?

Si la psychologie d’un personnage peut être présentée dans un film de manière classique au moyen d’éléments narratologiques, elle peut aussi être soulignée par des parti pris esthétiques et stylistiques englobant à la fois le choix du cadrage, la fixité ou non du plan, sa composition, le rythme du montage. Dans Capitaine Conan, la définition psychologique du personnage incarné par Philippe Torreton est renforcée par la manière dont le chef-opérateur Alain Choquart a choisi de l’éclairer.

 Le photogramme 1 appartient à une séquence de « coup de main » perpétré par la compagnie de Conan contre les Bulgares. Alors que les opérations précédentes s’étaient toujours déroulées de nuit, celle-ci se produit le jour mais dans des écuries désaffectées extrêmement sombres, renvoyant par là à la noirceur et à la brutalité des méthodes utilisées par ce corps franc. La caméra très mobile suit les déplacements rapides du capitaine Conan qui tue les soldats ennemis un à un à l’arme blanche, alliant force et dextérité dans une folie guerrière exacerbée. La scène est tournée dans la pénombre d’un tunnel renvoyant à la violence de la mission de la compagnie franche tout en comportant des zones de lumière faisant allusion à la légalité militaire de ces coups de force. En passant tour à tour de l’obscurité à la lumière, le capitaine Conan révèle sa double nature.

Cette duplicité est présente dans la scène où Conan parle avec Norbert  [2] qui vient d’accepter la charge de commissaire-rapporteur, devant juger en conseil de guerre les soldats victimes de différentes exactions perpétrées durant le casernement à Bucarest. Le jeune lieutenant a bien voulu remplir cette fonction pour tenter de défendre son ami Conan qui a frappé un mari trompé dont il avait pris la femme « en main ». Conan prend son ami pour un traître, ignorant le dévouement dont il fait preuve à son égard. Conan à l’arrière-plan dans l’obscurité et dont l’ombre est projetée sur le mur (encore la trouble dualité), tempête, s’énerve à propos de la hiérarchie militaire qui s’arroge le droit de distinguer les bons des mauvais soldats alors que lui sait très bien ce qu’est un bon soldat (sous-entendu, celui qui prend les risques et qui assume ses instincts primaires). Norbert est au premier plan, cadré de manière plus serrée ; mais en le rendant flou par la profondeur de champ, le chef-opérateur a voulu marquer que c’est Conan qui domine la scène. C’est encore à ce moment-là du film, la brutalité qui prend l’ascendant sur la loi normative mais cela ne va pas durer comme le montrera ensuite la suite de la scène avec le déplacement de Conan dans le champ. Le jeu sur l’éclairage et la profondeur de champ réalisé sur le personnage de Conan souligne son ambiguïté tout au long de la scène.

Les soldats français viennent de subir l’attaque des bolchéviques russes, Conan avait expliqué comment résister à une éventuelle offensive et la tactique qu’il avait recommandée est couronnée de succès. Mais alors que les ennemis se replient non sans avoir fait des victimes dans les rangs de l’armée française, Conan pris d’une fureur meurtrière est prêt à pourchasser seul l’armée russe qui est déjà hors de portée.
 Le photogramme 3
 montre le plan où Conan cadré en plan rapproché épaules hurle sa volonté de continuer le combat, assoiffé du sang qu’il vient de faire couler. Il est ici en pleine lumière, à la vue de tous et dévoile enfin son vrai visage qui est celui d’un homme se repaissant de ses instincts meurtriers : « On va vous crever, charognes ! ».

À la fin du film, Norbert rend visite à Conan dans son village breton. L’ancien officier du corps franc est debout dans l’arrière-salle d’un café où il a pris ses habitudes d’alcoolique  [4]. Le spectateur a pu constater dans le plan précédent sa décrépitude physique avec un corps devenu lourd, une démarche traînante de vieillard, un visage bouffi. Conan a demandé à ce que l’on éteigne la lumière pour ne pas rendre trop visible sa déchéance à Norbert. Cette obscurité de la gauche du plan peut renvoyer à son passé trouble tandis que la lumière venant du dehors (la réalité normative) enferme le personnage avec le reflet des montants des carreaux de la fenêtre qui constitue comme une cage. Conan se retrouve coincé entre son passé sombre d’officier qui a aimé tuer dans le cadre d’une violence autorisée et légale et un présent où la réalité de la vie civile reprend ses droits, réduisant ce guerrier à un homme brisé et inadapté. 

 

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