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Ici, ailleurs

Ziad Antar, Portrait d’un territoire

Ziad Antar

Né en 1978 à Saida (Liban), vit et travaille à Paris (France) et à Saïda (Liban)
alminerech.com

13 photos noir et blanc et 9 photos couleur contre-collées sur aluminium, encadrées d’une baguette noire
Dimensions : 52 x 52 cm
Édition 2/3
Commande de la Sharjah Art Foundation
Tirages produits par Marseille-Provence 2013

Ziad AntarZiad Antar
Portrait d’un territoire, 2012
Abu Dhabi, Sheikh Zayed Mosque, octobre 2011
Commande de la Sharjah Art Foundation
Tirages produits par Marseille-Provence 2013
© Ziad Antar

Ziad Antar a sélectionné 22 photographies parmi celles réunies dans son exposition monographique Portrait d’un territoire, à Sharjah (Émirats arabes unis) en 2012. Lors de plusieurs voyages effectués entre 2009 et 2011, il a documenté les côtes des Émirats arabes unis, engageant une réflexion sur les transformations opérées dans le paysage, conséquences du développement économique et social de ces pays. Il a réalisé un nombre considérable de prises de vues, se jouant du soleil écrasant et de la surexposition. Ces photographies, qui se caractérisent par l’absence de la présence humaine, dégagent un sentiment d’irréalité, renforcé par la brume de chaleur dans laquelle le paysage paraît se diluer. Pour Ici, ailleurs, Ziad Antar a retenu des images dans lesquelles la partition entre le ciel et la terre est clairement affirmée, les alignant sur la ligne d’horizon en un accrochage serré. L’ensemble dessine un paysage côtier fictif, dont chaque photographie est un détail.

Images photographiques

Ziad Antar choisit de photographier avec un appareil Holga, s’inscrivant ainsi dans l’esthétique de la « photographie pauvre ». Ce choix d’appareil définit le format des images et leur qualité : flou, vignettage, chromatisme particulier donnant un aspect désuet à l’image.

Références
Nicolas Anquetil définit la photographie pauvre comme une contre-culture marquant le retour aux techniques des débuts de la photographie, aux notions d'aléatoire et de processus empirique L’image photographique perdrait en précision et en informations pour gagner en poésie.

Ayant transformé une caravane en chambre noire, Felten-Massinger utilisent le principe du sténopé. Elles obtiennent des paysages particuliers, sans vie apparente aux couleurs sourdes. Le temps de pose (de 2 à 5 heures) s’inscrit et imprègne l’image.

De son coté, Martin Becka revient au calotype et réalise des images du Paris contemporain ou de Dubaï  à l’ambiguïté temporelle toute particulière. « Pour moi, c'est des outils intéressants pour provoquer délibérément une collision entre temps historique et temps présent et pour porter un regard sur le présent de villes et de paysages urbains, sur notre époque comme si nous les regardions avec l'œil d'un futur lointain. »

Production
« Quand le nouveau prend la patine de l’ancien. »

Continuité / Discontinuité

Dans cette sélection de photographies, l’artiste affirme un parti pris dans le cadrage, la composition de l’image créant une certaine continuité d’une image à l’autre. La continuité est accusée par l’accrochage qui joue l’effet d’un panoramique dans lequel chaque photographie devient un fragment de la côte du golfe Persique.

Références
La photographie conceptuelle pratique une approche systématique. L’œuvre de Bernd et Hilla Becher, témoin d’un patrimoine qui s’éteint, en est un parfait exemple. Suivant une recherche d’objectivité, leurs Anonyme Skulpturen sont toujours cadrées frontalement sous le même angle de vue, sous une lumière neutre sans ombre

J.D.’Okhai Ojeikere suit cette approche dans sa série Hairstyles. Chaque tête porte une sculpture de cheveux  montrant  l’inventivité des coiffures africaines liées à des situations de vie ou des statuts sociaux.

Avec un rendu moins systématique, bien que la démarche le soit, Sol LeWitt réalise dans Autobiography une série de photographies prises lors d’un déménagement afin de faire l’inventaire du lieu.  Dans son œuvre photographique, moins connue, on retrouve ainsi le travail modulaire basé sur des jeux de répétitions.

Dans un contexte différent qui permet d’ouvrir à des références architecturales, nous pourrions évoquer les Folies de Bernard Tschumi. Toutes rouges, elles sont conçues sur la base d’un cube de 10,80 mètres. Et si chacune d’elles est unique dans sa forme et sa fonction, elles portent toutes la forme cubique plus ou moins évidée. Dispersées dans le parc de la Villette, elles paraissent dans  une discontinuité que la trame du quadrillage ramène à une certaine continuité rythmique.

Production
« Ni toute à fait la même ni tout à fait une autre. »

Portrait d’un territoire : exotisme ?

Suivant une démarche documentaire, Ziad Antar développe l’inventaire d’un territoire. Cependant,  ces images de la côte persique ne correspondent guère à l’horizon d’attente que l’on s’en fait et nous présentent une image fuyante de ces lieux.

Références
La photographie s’est très tôt confrontée au paysage. Dès 1851, la mission héliographique tente de dresser un inventaire du patrimoine français. En 1984, la mission photographique de la DATAR commande à un certain nombres d’artistes, dont  Raymond Depardon, un relevé du paysage français. C’est en quelque sorte ce qu’il poursuit avec La France de Raymond Depardon en 2010.

Citons d’autres précédents dont les fabuleuses séries d’Eugène Atget : Paris pittoresqueL'Art dans le vieux ParisEnvirons de ParisTopographie du vieux Paris, qui constituent une documentation sur le Paris du début du siècle dernier à nulle autre pareille.

Ou encore avec le travail de Robert Adams qui documente la transformation des paysages américains.

Aujourd’hui, l’Atlas group, regroupement de photographes libanais, tente de dresser le portrait du Liban moderne en partant d’une collecte de documents. Travaillant sur la mémoire réelle et la contre-mémoire, ces artistes relatent l’histoire et la transformation du pays.

Mais la photographie ne saurait être la seule à réaliser le portrait d’un territoire. Georges Perec, dans Tentative d’épuisement d’un lieu parisien, prend note de tout ce qu’il voit et entraine le lecteur dans une énumération du moindre détail, convoquant ainsi les lieux dans leur quotidienneté.

Production
 « Épuisement d’un lieu », travail à partir de points de vue différents.

Des lieux fantomatiques

Le vignettage oriente notre regard vers le centre de l’image mais l’horizon, se trouvant à une distance certaine de ces paysages, nous échappe. Seules quelques architectures apparaissent : trace de l’humain qui a disparu ?

Références
Nous pourrions évoquer les lieux fantomatiques des débuts de la photographie.

Point de vue du Gras de Nicéphore Niepce dévoile un paysage mystérieux dû à la grossièreté du piqué de l’image. Et malgré l’amélioration de la technique avec Louis Daguerre, le boulevard du Temple reste vide, juste habité par un fantôme.  Mais si le flou de ces images était indépendant de la volonté de l’artiste, certains en recherchèrent ses qualités plastiques. La photographie pictorialiste en fut un exemple et William Turner, dans la domaine de la peinture, en fut un chantre. Le paysage se dissout dans la lumière et tend vers l’abstraction.

D’une toute autre manière, Do-Ho Suh nous confronte, dans ses installations, à des fantômes d’architecture. Détails ou reconstitutions de maisons faits de nylon ou de gaze flottent dans l’espace  tels les souvenirs d’un lieu. Ainsi, dans Seoul Home/New York Home, l’artiste relie la maison de son enfance à celle dans laquelle il demeure à New-York, confrontant passé et présent.

Production
« Paysage évanescent. »

Débat

« Le réel existe-t-il en soi ? »
« Peut-on accéder pleinement au monde qui nous entoure ? »

Le débat est à ouvrir sur les façons dont nous accédons au réel et les façons dont nous le faisons exister. Vous pouvez solliciter vos élèves sur les perceptions et visions de chacun d’un même lieu en mettant en avant les différences inévitables.