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Ici, ailleurs

Yto Barrada, Hand-me-downs

Yto Barrada

Née en 1971 à Paris (France), vit et travaille à Tanger (Maroc)

Vidéo, couleur, son, 14 mn
Films 8 mm et 16 mm transcrits en vidéo numérique
Édition E.A.
Courtesy Yto Barrada, Galerie Polaris et Galerieofmarseille

Yto BarradaYto Barrada
Hand-me-Downs
2011
Capture d’écran
Courtesy Yto Barrada, Galerie Polaris and Galerieofmarseille
© Yto Barrada

Hand-Me-Downs est un montage de séquences de films réalisé à partir du transfert d’images d’époque, du super 8 vers le digital. Le titre, qui signifie littéralement « vêtements de seconde main », renvoie à la transmission des vêtements d'un aîné à son cadet dans une même famille. Yto Barrrada raconte en voix off seize récits familiaux, tandis que défilent à l'écran des films d’amateurs réalisés au Maroc dans les années 1950-1960. Les archives opèrent dans son travail comme une source de fiction à partir desquelles elle élabore ses films. Cette fois, elle a puisé dans le fonds de Cinémémoire, une banque de données audiovisuelles qui collecte, numérise, documente et archive des films de famille et d’amateurs sur Marseille, sa région et les anciennes colonies françaises. En s’appropriant les souvenirs d’autres familles que la sienne pour son roman familial, Yto Barrada lui donne une portée universelle. 

Recyclage / Détournement / Appropriation

La démarche d’Yto Barrada consiste à s’approprier des « images d’occasion », trouvées dans des fonds divers. Tournés dans un cadre familial, sans prétentions artistiques, les films qu’elle utilise offrent au spectateur les caractéristiques d’un film amateur : images floues, instabilité de la caméra. L’artiste s’approprie ce matériau par l’adjonction d’une voix-off, racontant des récits familiaux.

Référence
Le recyclage est une pratique ancienne en art. L’Antiquité connait déjà le « centon », qui consiste à écrire une œuvre littéraire à partir d’extraits d’œuvres existantes.

Aujourd’hui, un auteur comme Olivier Cadiot perpétue cette pratique qu’il nomme cut-up.

L’art contemporain a démultiplié ces pratiques. Christian Marclay, par exemple, remixe des extraits de films. Une de ses dernières œuvres, The Clock, est une vidéo qui monte des séquences de films dans lesquelles apparaissent des montres ou des réveils. Synchronisée sur le fuseau horaire du lieu dans lequel elle est exposée, la vidéo donne l’heure en temps réel.

Bertrand Lavier, dans Walt Disney Productions, crée des œuvres à partir d’une bande dessinée parue dans le journal de Mickey, Traits très abstraits, dans laquelle Mickey et Plutôt visitent un musée d’art contemporain. L’artiste crée en trois dimensions les œuvres qui apparaissent dans les vignettes de la BD.

Au cinéma, le found footage et particulièrement les films d’Henri-Francois Imbert (Sur la plage de BelfastNo pasaran), naissent à partir d’images trouvées.

La musique connait cette pratique sous le nom du sampling.

On pourra enfin terminer ce parcours en citant le chorégraphe Boris Charmatz qui construit sa pièce Flip Book à partir d’un livre de photographies consacré à Merce Cunningham.

Production
« Mêler des photographies personnelles et des photographies de presse pour raconter son histoire. »

Fiction / Réel

La tension entre cette voix off, qui semble s’inscrire dans une démarche autobiographique, et ces images d’emprunt invite à interroger le rapport entre le réel et l’imaginaire, le vrai et le vraisemblable.

Références 
La tension fiction/réel nourrit l’écriture autobiographique de nombreux auteurs du XXe siècle qui appartiennent à ce que l’on nomme l’autofiction égarant souvent le lecteur dans une écriture qui hésite entre souvenir réel ou fiction.

D’autres, dans une démarche parallèle à celle d’Yto Barrada, écrivent à partir de déclencheurs, et notamment d’images. Claude Simon, dans Histoire, raconte l’histoire de ses parents à partir des cartes postales que son père envoyait à sa mère. Dans W ou le souvenir d’enfance de Georges Perec, les photographies, seuls vestiges d’une famille disparue dans les camps de concentration, permettent de dire et de reconstituer l’histoire familiale.

La photographie, la carte postale sont autant de supports pour fantasmer une histoire qui a échappé à ces auteurs. Dans l’installation Sputnik – Soyouz 2, l’artiste Joan Fontcuberta se propose de raconter à partir de nombreux documents un épisode méconnu de la conquête spatiale soviétique : après l’explosion en plein vol de Soyouz 2, les autorités soviétiques font disparaitre toutes les preuves de l’existence de cette mission et toute trace de l’astronaute qui la menait, en déportant notamment sa famille en Sibérie. De nombreux spectateurs se sont laissé prendre à ce qui n’était en fait qu’une supercherie artistique.

Production
« Écrire à partir d’une photographie donnée par quelqu’un d’autre. »

Mémoire personnelle / Mémoire collective

S’il est possible pour chacun de se glisser dans les souvenirs des autres comme dans des vêtements de seconde main, c’est que toutes les histoires familiales empruntent aux mêmes mythes, se construisent sur les mêmes invariants. Dès lors, les rassembler, c’est aussi faire le portait d’un pays et d’une époque.

Références 
De nombreux artistes explorent le rapport qui existe entre la mémoire personnelle et la mémoire collective.

À partir d’extraits de films qui mettent en scène des pères ou des mères, Candice Breitz, dresse dans la vidéo Mother + Father le portrait de ces figures dans lesquelles chacun peut retrouver une part de son histoire personnelle.

L’œuvre de Christian Boltanski explore la mémoire individuelle en confectionnant des vitrines qui présentent des objets personnels. Là encore, le spectateur est invité à se reconnaitre dans ces objets qui pourraient être les siens. Citons enfin l’œuvre de Claude Closky, Mon père, qui se construit comme un album photo familial juxtaposeant des phrases qui racontent des souvenirs personnels de l’auteur et de son père et des photographies tirées de la presse ou de la publicité. Ou comment les représentations collectives nourrissent la mémoire de chacun.

Production
« Amener un objet lié à la mémoire familiale. Les échanger. Se présenter et présenter sa famille à partir de l’objet reçu. »

Débat

« La mémoire ne résulte-t-elle pas d'un processus de fictionnalisation de nos souvenirs ? »

Le débat peut se développer aussi bien au niveau de l’histoire et des souvenirs de chacun – les souvenirs d’enfance, les histoires que l’on s’invente à partir d’une photo de famille - qu’au niveau de « la grande Histoire ». Se souvenir, c’est envisager le passé à la lumière du temps présent et peut-être, ainsi, créer une nouvelle histoire.