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Ici, ailleurs

Mona Hatoum, Cellules

Mona Hatoum

Née en 1952 à Beyrouth (Liban), vit et travaille à Londres (Grande-Bretagne) depuis 1975
www.crousel.com

Métal, verre soufflé
Dimensions : entre 107,6 et 167,6 cm x 57,6 x 47,6 cm
Atelier de l’EuroMéditerranée
Coproduction Marseille-Provence 2013, Arnoux-Industries, CIRVA, galerie Chantal Crousel

Mona HatoumMona Hatoum
Cellules, 2012-2013
Œuvre réalisée dans le cadre des Ateliers de l’EuroMéditerranée
Coproduction Marseille-Provence 2013, Arnoux-Industries, CIRVA, galerie Chantal Crousel
© Sébastien Nomand, 2012

Cette installation est constituée de huit structures de taille humaine, construites au moyen de tiges métalliques, utilisées comme armatures du béton armé, dans lesquelles est enserrée une forme en verre soufflé rouge cerise. 

L’intitulé fait à la fois référence aux cages et aux plus petits composants des organismes vivants. La polysémie du titre est symptomatique de la démarche de Mona Hatoum visant dans ses œuvres à susciter plusieurs niveaux de lecture. Ces structures instables peuvent s’interpréter comme des cages renvoyant à l’enfermement et à l’isolement, et l’on peut voir dans les pièces en verre soufflé, un cœur incandescent, source d’énergie, gage de vie, d’espoir et de liberté. Cette œuvre allie la géométrie et la solidité d’une grille métallique à la transparence et à la fragilité d’une forme organique en verre.

Contrastes, oppositions

Mona Hatoum joue d’effets contradictoires donnant une présence singulière à son œuvre. À la matérialité brute des cages de métal s’opposent la brillance, la couleur et la forme anthropomorphe des bulles de verre, évoquant dans un même temps la cellule de prison et celle du corps humain. 

Références
Par certains aspects formels, l’œuvre de Mona Hatoum pourrait se rapprocher de l’Arte Povera. On retrouve en effet chez ces artistes une similitude dans l’emploi de matériaux bruts souvent organiques, certains diraient pauvres. La composition des œuvres joue sur des oppositions et des effets de contraste que nous retrouvons ici dans Cellules. Cependant, la portée des œuvres se distingue et Mona Hatoum semble loin des préoccupations critiques du système culturel et de la société de consommation. 

Contrastes et oppositions sont des modes de composition plastique qu’on retrouve aussi dans le domaine musical. Ainsi, dans la musique concrète l’artiste part de sons concrets enregistrés dans l’environnement quotidien pour les retravailler en objets sonores qui s’inscrivent dans la composition musicale. Psyché-Rock de Pierre Henry est une œuvre représentative de cette démarche. 

Production
« Les contraires s’assemblent. »
« Un maximum d’effet avec un minimum de moyens. »

Des limites provoquant résistance et tension

La grille, bien que laissant passer le regard sur ce qu’elle renferme, impose une limite entre l’intérieur et l’extérieur, révélée par la cellule humaine, qui ne peut s’échapper de cette gangue. Cette bulle d’énergie entre en conflit avec cette structure.

Références
Les premières références porteront sur les limites physiques des matériaux ou de la construction. 

Et nous commencerons par un retour à l’Arte Povera à travers l’œuvre de Giovanni Anselmo Struttura che mangia. Si nous retrouvons le thème de l’opposition entre la matière organique de la salade et la matière minérale du granit, nous percevons ici un rapport de force et de tension entre ces deux éléments liés par un fil de cuivre. Seule la laitue fraiche permet de maintenir l’équilibre et son flétrissement entrainera la chute du petit bloc. La salade évoque tout à la fois la vitalité  et l’altérité du temps face à l’inaltérabilité de la stèle de granit. 

De même, Peter Fischli & David Weiss poussent l’équilibre vers des limites qui semblent échapper à toute loi de la pesanteur. La série Quiet Afternoon présente un assemblage précaire d’objets du quotidien dont la tenue improbable paraît magique.

Cette seconde série de références portera davantage sur les limites spatiales et la confrontation entre l’intérieur et l’extérieur.

Ainsi en va-t-il des chapiteaux médiévaux historiés ou des premières œuvres du peintre Jean-Charles Blais. La figure s’inscrit dans le format et se plie à ses limites, épousant les contours du support ou s’en échappant. 

D’une certaine manière, Bruce Nauman se confronte à ces mêmes contraintes dans Bouncing in the corner 1 and 2. Le spectateur perçoit un corps sans visage (hors champ) qui se cogne dans l’angle de deux murs. Mais en répétant son geste sans fin, Bruce Nauman ne questionne-t-il pas la condition humaine, tout comme Samuel Beckett le fit en son temps ?

Réagissant à l’architecture du pavillon français de la Biennale de Venise, Claude Lévêque propose une installation, Le Grand Soir, qui joue avec l’espace, la lumière et le son, constituants récurrents de l’ensemble de son œuvre. Mais, ici, c’est le spectateur qui va se confronter aux limites des cages qui contraignent son déplacement et lui interdisent l’accès à certains espaces. 

Production
Représenter – voire performer – la consigne « coincé dans le cadre ».

Corps évoqué, corps de spectateur

Le corps est évoqué de diverses manières : le titre, la taille des cellules de métal, la couleur. Mais le souffle qui a permis la création des bulles de verre n’est-il pas aussi matérialisation du corps et symbole de force vitale ? 

En outre, l’installation n’est-elle pas aussi une invitation à un parcours où le corps du spectateur rencontre celui de l’œuvre ?

Références
Le corps est évoqué de manière imagée dans la sculpture par des œuvres qui tendent à l’abstraction ou par des formes biomorphiques comme le montrent Brancusi ou Jean Arp. Avec Buste d’homme ou Concrétion humaine, il s’agit de retrouver la forme pure, essentielle qui, en un minimum d’éléments, évoquera le corps.

Des artistes contemporains évoqueront le corps non pas par mimétisme mais par une réminiscence. Ainsi en est-il des Bonbons de Félix Gonzales-Torres, disposés à même le sol en tas, de dimensions variables, dont seul le poids de départ fait référence. Le poids devient la métaphore de l’être portraituré.

Dans Le Passage des chaises, Tadashi Kawamata érige une tour de Babel constituée par les chaises et bancs de la chapelle de l’hôpital de la Salpêtrière, donnant à ce passage une dimension humaine et symbolique, invoquant le corps, la parole et le temps.

Œuvre ouverte

Le titre même ainsi que les choix plastiques de l’artiste font de cette installation une œuvre ouverte suscitant différents niveaux de lecture. Si l’œuvre fait référence à l’enfermement dans un territoire et à l’énergie vitale, chacun l’interprétera par rapport à son propre vécu et ses connaissances.

Références
L’œuvre n’existerait que par le regard posée sur elle. L'artiste n'est pas seul à accomplir l'acte de création car le spectateur établit le contact de l'œuvre avec le monde extérieur en déchiffrant et en interprétant ses qualifications profondes et, par là, ajoute sa propre contribution au processus créatif : « c’est le regardeur qui fait l’œuvre » (Marcel Duchamp).

Reprenant la pensée de Marie-José Mondzain, on pourra amener les élèves à se questionner sur la place du spectateur face à des images ou face à leur propre production.  Quelle place concède-t-on au spectateur ? Laisse-t-on à désirer ? Quelles sont « les images qui nous font naître » ? Et celles qui nous bâillonnent ?

Production
« En dire le moins possible » ; « Affirmer / suggérer ».

Débat

« Pouvons-nous vraiment échapper aux contraintes, aux limites ? »
« Les limites nous structurent-elles ou nous privent-elles de nos libertés ? »

Vous pouvez amener les élèves à se questionner sur la fonction des lois, de la morale mais également par exemple sur l’autorité (parentale, dans le cadre scolaire…), que vous pouvez aborder à la fois comme contraintes, limites mais aussi comme cadre structurant.