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Ici, ailleurs

Mohamed Bourouissa, L’Utopie d’August Sander

Mohamed Bourouissa

Né en 1978 à Blida (Algérie), vit et travaille à Paris (France)

L’Utopie d’August Sander, 2012
Résidus, 2012
Table : bois, métal
Figurines : ABS
Courtesy Mohamed Bourouissa & galerie Kamel Mennour
Stand, 2012
Tirage jet d'encre sur dos bleu
Courtesy Mohamed Bourouissa & galerie Kamel Mennour
Atelier de l’EuroMéditerranée
Coproduction Marseille-Provence 2013, Pôle-Emploi, École supérieure d’art d’Aix-en-Provence, École municipale des Beaux-Arts, Galerie Édouard Manet (Gennevilliers), galerie Kamel Mennour, art-cade galerie des Grands Bains Douches de la Plaine

Mohamed Bourouissa - L'Utopie d'August Sander, 2012Mohamed Bourouissa - L'Utopie d'August Sander, 2012
Œuvre réalisée par Mohamed Bourouissa en résidence au Pôle Emploi dans le cadre des Ateliers de l’EuroMéditerranée.
Coproduction Marseille-Provence 2013 avec Art-Cade, galerie des Grands Bains Douches de la Plaine, l’École supérieure d’art d’Aix-en-Provence, la galerie Kamel Mennour et l’École municipale des Beaux-Arts/Galerie Édouard Manet Gennevilliers
Courtesy Mohamed Bourouissa et galerie Kamel Mennour.
© Mohamed Bourouissa

Ce projet fait référence au travail du photographe allemand August Sander (1878-1964), qui avait pour ambition de dresser « un portrait contemporain de l’homme allemand ». Il vise à faire le portrait de personnes à la recherche d’un emploi, en leur proposant de « devenir un monument ». Mohamed Bourouissa a mis en place un protocole artistique visant à susciter des échanges entre des personnes venues d’horizons divers. À partir de leurs profils scannés en 3D dans un camion aménagé en studio, le « fab-lab mobile », installé à l’agence Pôle Emploi-Joliette de Marseille, des figurines ont été fabriquées par des imprimantes 3D.

Dans l’exposition Ici, ailleurs, Mohamed Bourouissa présente Résidus (2012), un échantillon des figurines qu’il a réalisées, simples silhouettes en résine de polyester blanc, ainsi que des fragments et des rebuts disposés sur une table. Elles font preuve d’une pratique renouvelée de la sculpture et de l’art du portrait. Sur le mur, Stand (2012), un tirage sur papier d’une photographie du stand au marché des Arnavaux dans les quartiers nord de Marseille, où ces sculptures ont été mises en vente, dans un questionnement de l’économie du marché de l’art.

Un inventaire

Afin de cartographier une population, Mohamed Bourouissa recourt à des machines (imprimantes et scanners 3D). Si cette pratique s’inscrit dans une démarche documentaire, elle interroge aussi la question de la représentation. Ici, l’artiste ne représente pas mais reproduit et collectionne des échantillons.

Références
D’autres artistes, à l’instar de Mohammed Bourouissa, s’inscrivent dans une démarche qui consiste à inventorier une population. Le travail d’August Sander, auquel le travail de Mohamed Bourouissa rend hommage, se proposait de dresser « le visage d’une époque », celle de l’Allemagne de la première moitié du XXe siècle. Ses photographies dressent le portrait d’une société saisie à travers les professions et groupes sociaux qui la composent (l’artiste, le paysan, la femme, etc.).

Bernd et Hilla Becher photographient des espaces industriels à l’abandon dont ils dressent des séries : châteaux d’eau, hauts-fourneaux, etc.

Le travail des Becher et de Sander s’inscrit dans une même démarche documentaire qui se traduit par la recherche d’une photographie la plus objective possible.

Exactitudes d’Arie Verslius et Ellie Uyttenbroeck présente des séries de photographies de personnes arrêtées dans la rue et habillées de manière quasi-identique. La présentation en série interroge le rapport entre l’individu et le groupe : l’uniformisation est frappante.

Production
« Portrait à la manière de Marcel Proust. »

Le travail sur les archétypes

Pourtant, la reproduction est très différente de l’original, par sa taille, sa forme et sa texture. Le travail de fusion de quatre photographies scannées qui permet d’aboutir à une unique statuette, nous fait passer de l’individu au type.

Références
Pour nourrir le travail sur les archétypes, on peut mettre en tension le travail de Mohamed Bourouissa avec celui d’autres artistes.

Ainsi, les œuvres de Xavier Veilhan ressaisissent le réel sous une forme archétypale. Par l’utilisation de scanners en 3D, l’artiste dévoile la structure des objets qu’il sculpte.

Vanessa Beecroft mène un travail autour des représentations archétypales. Elle réunit lors de performances des « séries » de femmes qui portent des habits ou des accessoires identiques.

Les œuvres de Candice Breitz, notamment Les Fans, interrogent le rapport entre un modèle et ses reproductions à travers le rapport qu’entretiennent les fans avec la star qu’ils adulent. Les vidéos juxtaposées de fans de Michael Jackson en train de chanter les tubes de leur idole créent une étrange chorale dans laquelle chacun est à la fois singulier et étrangement semblable à son voisin.

Production

  • « Chercher le "gestus" (Bertold Brecht) d’un groupe social donné. » Le concept central chez Brecht de gestus consiste, pour l’acteur, à identifier dans le personnage qu’il joue un ensemble de gestes, attitudes corporelles, regards qui l’inscrivent dans une classe sociale donnée.
  • « Un pour tous, tous pour un. »

L’économie de l'oeuvre

Fabriquée à plusieurs, cette œuvre crée son économie propre. Le circuit de distribution choisi par l’artiste, la vente à la sauvette sur des marchés, permet d’échapper aux institutions de l’art et à ses circuits économiques.

Références
Marcel Duchamp est un des premiers artistes qui remet en cause les circuits de production et l’économie de l’œuvre d’art. Ses célèbres ready-made modifient radicalement la posture de l’artiste : celui-ci n’est plus le créateur d’une œuvre singulière, fruit de sa technique et de son savoir-faire, puisqu’il fait œuvre à partir d’un objet manufacturé, tiré en grande série.

Production
« Qui est l’auteur ? Vous ou… ? »

Une oeuvre utopique ?

En cela, cette œuvre est emblématique de ce que Nicolas Bourriaud appelle les « micro-utopies quotidiennes ». L’utopie politique ne consiste plus ici à rêver une société idéale mais à pointer un dysfonctionnement. Il s’agit de « travailler ensemble, faire œuvre commune ».

Références
L’œuvre de Mohamed Bourouissa se nourrit d’une longue réflexion politique. L’artiste renvoie, dans des entretiens, à un concept marxiste, celui de l’armée invisible des travailleurs. Pour Marx, le chômage est un phénomène essentiel au fonctionnement de l’économie capitaliste qui permet d’abaisser le coût du travail grâce à l’existence d’un surplus de travailleurs. La menace du chômage pousse les ouvriers à accepter un travail contre une rémunération plus basse.

Pour prolonger cette réflexion sur la valeur du travail, on pourra interroger les représentations artistiques du travail.

Les « monuments au travail » érigés pendant le tournant du XIXe au XXe siècle (par Auguste RodinJules Dalou ou Constantin Meunier par exemple) témoignent d’une confiance dans la valeur émancipatrice et fondatrice du travail.

À l’inverse, des œuvres contemporaines comme les performances de Santiago Sierra témoignent d’un profond désenchantement. Dans des performances très controversées, l’artiste mexicain propose à des travailleurs pauvres une rémunération s’ils acceptent de se faire tatouer une ligne droite de trente centimètres dans le dos (linea de 160 cm tatuada sobre 4 personas) ou dix dollars de l’heure pour se laisser enfermer 360 heures d’affilée, dans un espace réduit qui ne communiquait avec l’extérieur que par une trappe. Ce faisant, il révèle la violence, l’humiliation et la dépendance sur lesquelles reposent les relations économiques. Ce type de démarche nourrit peut-être ce que Nicolas Bourriaud appelle les micro-utopies : « Les utopies sociales et l’espoir révolutionnaire ont laissé la place à de micro-utopies quotidiennes et à des stratégies mimétiques : toute position critique directe de la société est vaine, si elle se base sur l’illusion d’une marginalité aujourd’hui impossible, voire regressive ».

On pourra alors mettre en perspective l’évolution de l’utopie grâce à l’exposition en ligne de la Bibliothèque nationale de France.

Production
« Un geste, une action pour changer/questionner le monde. »

Débat

« L’être humain est-il classifiable et inventoriable ? »
« Comment appréhender un groupe en prenant en compte les singularités des membres qui le composent ? »

Il est question ici à la fois de ce qui nous distingue et de ce qui nous rassemble, de singularités et de différences. À partir de ces œuvres, vous pouvez poser la question du groupe, interroger ce qui le constitue et la façon dont chacun de ses membres contribue à le qualifier.