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Ici, ailleurs

Hrair Sarkissian, Unexposed

Hrair Sarkissian
Né en 1973 à Damas, vit et travaille à Londres
www.hrairsarkissian.com

Archival ink print
Edition 1/ 5 + 2 EA
Dimensions : 118 x 145,5 cm
Production Marseille-Provence 2013, Kalfayan Galleries (Grèce), Anadolu Kultur (Turquie)
Courtesy Kalfayan Galleries, Athens – Thessaloniki

Hrair SarkissianHrair Sarkissian
Unexposed, 2012
Production Marseille-Provence 2013, Kalfayan Galleries (Grèce), Anadolu Kultur (Turquie)
Courtesy Hrair Sarkissian et Kalfayan Galleries, Athens – Thessaloniki
© Hrair Sarkissian

La démarche de Hrair Sarkissian vise à une réévaluation des récits ayant cours sur les migrations, les persécutions, les déplacements. La série de photographies Unexposed est dédiée aux « Tukun » (en turc « Arméniens cachés »), descendants des Arméniens qui se convertirent à l’Islam pour échapper au génocide perpétré en 1915 à leur encontre dans l’Empire ottoman. En dépit de leur conversion, certains ont continué secrètement la pratique de leur foi et perpétué leurs traditions. Tenus en suspicion par la société turque et à distance par la communauté arménienne, les « Tukun » redécouvrent aujourd’hui leurs racines arméniennes, renouant même parfois avec la religion chrétienne. 

Cet ensemble réunit des portraits d’hommes et de femmes photographiés dans des intérieurs plongés dans l’obscurité : portraits en pied, silhouettes à peine perceptibles se découpant à contre-jour, ou figures assises dans la pénombre, dont les mains seules sont éclairées. Le visage des personnes photographiées reste insaisissable. À cette série appartiennent également plusieurs photographies montrant des pièces vides à l’éclairage tamisé ou dans lesquelles un meuble surgit dans le halo cru d’un projecteur. Par une mise en scène austère et le traitement étudié de la lumière agissant comme un révélateur, Hrair Sarkissian met au jour une vérité cachée. Il rend manifeste le secret qui habite ses modèles et les emprisonnent.

Visible / Invisible

Jouant avec la frustration du spectateur, Hrair Sarkissian dévoile et cache son sujet au gré d’un éclairage théâtral. Ces grands tirages offrent de manière parcellaire mais avec une grande précision le peu qui est montré.

Références
Avec des procédés très différents, Andres Serano et Miquel Barcelo mettent en jeu des effets du clair-obscur. Dans K.K.K., Andres Serano, noir américain, photographie des membres du Ku Klux Klan émergeant de l’obscurité. Barcelo fait affleurer à la surface le portrait des albinos maliens en décolorant le support noir par de la javel. Au-delà de l’aspect formel « visible/invisible », on remarquera que ces artistes attirent notre regard sur les facettes cachées de nos sociétés.

Nous pourrions poursuivre la réflexion et ouvrir les références en évoquant la démarche de Liu Bolin. Dans la série Camouflage, celui-ci fait disparaître les corps en les peignant de telle sorte qu’ils se fondent dans le paysage, questionnant ainsi le rapport de l’homme à son environnement social.

Production
« Je me cache et m’expose. »

Une forme indicielle

Le médium photographique est une forme indicielle ici rejouée par les choix de l’artiste. Seuls sont représentés des indices qui, dans une construction métonymique, dévoilent l’identité en épuisant le sujet par une multiplication d’éléments.

Références
Cette forme métonymique est récurrente dans la pratique de nombreux artistes. Dans les Chair Events, George Brecht opère un rapprochement fortuit, semble-t-il, entre un objet et une chaise. De ce rapprochement poétique d’éléments du quotidien naît un event.

Les démarches de Georges Adeagbo et de Christian Boltanski (Inventaires) pourraient se rapprocher par leur mode opératoire. Tous deux récupèrent, combinent et exposent divers objets et documents, mêlant leur histoire personnelle et l’histoire que le spectateur reconstitue au gré des indices exposés. Cependant, par leur finalité, ses démarches se distinguent. Pour Christian Boltanski, la question de la mémoire paraît centrale tandis que Georges Adeagbo dit « exposer pour expliquer ».

Nous pourrions aussi renvoyer à une référence littéraire avec Les Choses de Georges Perec, roman qui donne une vision quasi scientifique des années soixante.

Production
« Éléments de preuve » pour évoquer un conte.

Exil et identité

Par cette mise en scène, Hrair Sarkissian révèle la situation d’exilés des « Tukuns » au sein de la société turque. Il tend une image énigmatique où l’homme se tient en retrait et échappe à notre appréhension.

Références
En partant de leur histoire personnelle ou en étant des simples témoins, des artistes évoquent la question de l’émigré.

Ainsi, dans Climbing down, l’artiste camerounais Barthélémy Toguo questionne le statut de l’étranger et les aléas administratifs de la migration vers d’autres terres.

Fanny Bouyagui, repartant sur les traces de son père migrant du Sénégal vers la France, confronte cette histoire des années 60 à notre présent : l’installation Soyez les bienvenus reconstitue le long parcours de ces Africains en quête de la terre européenne.

Mathieu Pernot photographie en 2009 les Afghans. Mais si ses photographies témoignent de ces clandestins à Paris, elles ne dévoilent rien de ces hommes si ce n’est leur statut de refoulés dans notre société. « Je n’ai rien vu des migrants », reconnaît le photographe.

Production
« Traces d’errance. »

Universalité

Jamais reconnaissable, le « tukun » est mis en scène dans son anonymat. Dès lors la représentation passe de l’individuel au collectif. Offrant l’image de tout exilé ? 

Références
Quelques artistes travaillent sur la figure de l’homme non pas en tant qu’individualité mais plutôt en tant qu’image.

Le sculpteur Stephan Balkenhol est de cela. En choisissant une certaine neutralité, il réalise des personnages inexpressifs qui ressemblent à chacun sans ressembler à quelqu’un en particulier. Le spectateur peut ainsi se projeter et s’identifier à la figure.

Débat

« L’affirmation de sa propre identité implique-t-elle une reconnaissance de la part de l’Autre ? »
« Doit-on lutter pour affirmer son identité ou au contraire la dissimuler pour continuer à être soi-même ? »

 C’est très largement la question de l’intégration qui s’ouvre ici. Faut-il vraiment chercher à s’intégrer ? Quelle place ménager à sa culture d’origine et à sa culture d’adoption ? Un équilibre, un dialogue est-il possible ? La place de l’élève au sein de la classe ou d’un groupe d’amis – soumission, affirmation ou indépendance – peut également être questionnée.