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Ici, ailleurs

Ange Leccia, Traversée

Ange Leccia

Né en 1952 à Minerviu, Corse, vit et travaille à Paris (France)
www.alminerech.com 

Vidéo HD, couleur, son, 13 mn
Édition 1/3
Production Marseille-Provence 2013

Ange LecciaAnge Leccia
Traversée, 2012
© Ange Leccia / ADAGP, Paris, 2013

Ange Leccia filme la traversée du ferry de Marseille à Bastia, faisant l’impasse sur l’embarquement et le débarquement des passagers. La traversée devient alors un voyage sans fin, un éternel retour, un temps suspendu dans les eaux de la Méditerranée. Traversée est aussi une métaphore poétique de la Méditerranée, des séquences tournées en Syrie et en Corse se mêlent aux images du sillage au soleil couchant et aux rêveries du voyageur.

 

Est-ce encore du cinéma ?

Toutes les caractéristiques du cinéma apparaissent dans cette œuvre : format 16/9, qualité de l’image, montage de séquences, présentation dans une salle obscure. Et pourtant, Ange Leccia, par son travail du son (son off et hors champ) et par l’effilochement de la structure narrative, se distancie des conventions du cinéma.

Références
D’autres artistes utilisent l’image cinématographique mais en se réappropriant des films.

Nous pourrions citer le travail de Douglas Gordon qui, dans 24 Hours Psycho, ralentit le film d’Hitchcock, Psychose, à deux images par seconde afin qu’il dure 24 heures. Ce ralentissement  permet au spectateur d’analyser le moindre détail, le moindre plan. « Ce qu’il regardait c’était comme du film pur, du temps pur », affirme Don DeLillo dans Le Point Omega.

Pierre Huyghe opère lui aussi une déconstruction filmique en refaisant plan par plan Fenêtre sur cour d’Hitchcock. Dans Remake, la distanciation vient de la mise en avant d’un amateurisme montrant les difficultés des opérateurs et des comédiens, montrant ainsi les difficultés de la création.

Production
« Ça ressemble à du cinéma mais… »

« Image temps »

La temporalité est consubstantielle à l’art du cinéma. Ici domine un rythme lent (plan fixe, musique) rompu par les séquences en Syrie. Le spectateur est happé par un flux continu que la présentation en boucle accentue.  Il est invité à un voyage sans début ni fin.

Références
La question de la temporalité est interrogée à différents niveaux par Chris Marker dans La Jetée. Sur le plan narratif, il confronte son personnage à sa mémoire et à des espace-temps reliant présent et passé, présent et futur. Sur le plan plastique, ce film expérimental est composé d’une succession de photographies noir et blanc à l’exception d’un rare plan filmé. La composition de chaque photographie est organisée de telle sorte que leur succession donne un effet cinématographique créant une tension entre images fixes et images animées, entre photographie et cinéma. Ainsi, le temps semble suspendu.

David Claerbout convoque pareillement cette tension entre les temporalités en utilisant des moyens assez différents. Ruurlo, Bocurloscheweg 1910-1997 apparaît comme la projection d’une ancienne carte postale de paysage. Mais l’arbre au premier plan est animé par un souffle dans son feuillage. Un mouvement à peine perceptible donne vie à cette image du passé, confrontant passé et présent. Bien qu’image fixe, la photographie peut elle aussi être habitée par la question du temps au-delà de l’instantanéité.

Stéphane Couturier confronte deux espaces temporels dans une image. Melting Point-Avignon donne à voir, tel un caléidoscope, les lieux de spectacle du Festival d’Avignon mais en fusionnant le temps hivernal et celui de la saison théâtrale.

De son côté, Alain Fleischer inscrit la durée dans l’image fixe par un temps de pose long. Dans la série Happy Days, un petit jouet mécanique traine derrière lui une reproduction d’œuvre qui s’étire dans une longue traine créant ainsi une image latente.

Production 
« Le temps à l’œuvre dans votre réalisation. »

Voyage et contemplation

Dans cette errance entre mer et terres, Ange Leccia renvoie une image de ces territoires méditerranéens balançant entre exotisme et actualité des conflits, entre réalité et fantasme. Tel Ulysse, le spectateur serait embarqué dans un voyage initiatique entre contemplation et éveil.

Références
Sur le thème du voyage, nous pourrions évoquer le genre du road-movie.

Si Wim Wenders en est un illustre représentant, le sculpteur Richard Baquié semble y faire allusion avec Amore Mio et plus particulièrement Plymouth est. Certes, la Plymouth éparpillée autour de la pièce paraît figée à jamais. Pourtant la radio, le vent de la turbine et la succession d’images déroulées derrière la vitre, tout invite le spectateur à un voyage immobile.

Dans Les Voyages parallèles, Alain Fleischer propose un jeu féerique de reflets, de projections et de juxtapositions d’objets que traverse un train miniature entrainant le spectateur dans un voyage où temps et lieux, réalité et fiction s’épousent.

Les grands espaces sont fort propices à la contemplation. Ainsi, les mers et les océans s’étendant à perte de vue sont des sujets récurrents de la peinture. Et l’on connaît la fascination qu’ils exercèrent sur les peintres comme Joseph Vernet ou William Turner, dont la légende dit qu’au fort de la tempête ils restèrent attachés au mat, ne voulant perdre aucun instant du spectacle.

Hiroshi Sugimoto, dans la série des Seascapes, et James Turrell confrontent le spectateur à ces espaces infinis que seule la lumière semble habiter. Le format de leur travail ainsi que les sollicitations de la perception que provoque leur œuvre paraissent comme des éléments essentiels qui participent de cet état de contemplation dans lequel ils plongent le spectateur.

Production
« Une valise (un objet exotique) vous raconte son voyage. »
« Invitez le spectateur à une déambulation physique ou/et mentale. »

Débat

« La perception du temps n’est-elle pas liée à ce que nous vivons ? »

Vous pouvez revenir ici sur l’expérience des élèves : des souvenirs de moments qu’ils ont perçus comme très longs ou au contraire comme très courts. Le débat peut alors s’ouvrir sur la façon dont on « occupe » le temps et ce qui peut surgir lorsque nous sommes dans des rapports non fonctionnels à certains moments (penser, rêver, voyager, etc.).