La médiation par les pairs : fiche-action école

Une permanence « médiation » est proposée à l’école Saint-Bernard (Paris 11e) depuis septembre 2006. Cette expérience originale s'inscrit dans le cadre du projet d'école « Vivre ensemble », en articulant le périscolaire et le scolaire, et en favorisant la liaison CM2-sixième avec le collège Anne-Frank.

L’école Saint-Bernard est un établissement de 10 classes (244 élèves) situé en Réseau de réussite scolaire (RRS). Elle accueille des élèves en difficulté de socialisation et d’apprentissages. Elle cherche donc des solutions pour améliorer le climat en donnant du sens à l’école, grâce, en particulier, à la médiation par les pairs qui permet d’impliquer des élèves.

Ressource vidéo liée : Le projet médiation à l'école Saint-Bernard.

Élèves concernés

Tous les élèves de l’école, du CP au CM2, sont concernés par la permanence médiation.

Organisation

Les enseignants et le personnel périscolaire sont impliqués dans le dispositif. Mme Naprous, médiatrice diplômée et animatrice de l’atelier de médiation par les pairs au collège Anne-Frank, assure l’information sur ce dispositif. La permanence médiation s’articule avec d’autres dispositifs en lien avec le projet d’école.

 
Comédiation par Cloé, Ambre et Paul, sous la supervision d’Ida Naprous.

Cinq classes ont mis en place un dispositif spécifique : des CP en lecture expressive, expression poétique et vocabulaire des sentiments ; des CE1 en ateliers d’expression et de réflexion sur le règlement intérieur à travers des jeux coopératifs et des textes.

Objectifs pédagogiques

Donner aux élèves des outils pour que les conflits ne soient pas traités par l'affrontement, voire la violence, mais puissent être mis en mots par les élèves eux-mêmes.

Promouvoir une culture de la médiation, en apprenant à résoudre les désaccords par la parole et le dialogue. Il s’agit de donner à l’enfant des outils pour exprimer ses sentiments, ses besoins et ses valeurs (en cohérence avec le socle commun de connaissances et de compétences).

Développer les actions intercycles au sein de l'école et interdegrés entre l'école et le collège.

Participer à la mise en place du socle commun : pilier 1 (compétences langagières), pilier 6 (compétences civiques et sociales), pilier 7 (autonomie et initiative).

Permanence « médiation » en intercycles

En cas de conflit entre élèves, une médiation est demandée par la directrice, les enseignants, les animateurs ou même les élèves concernés. Elle est effectuée, dans le cadre de la permanence, par des élèves du collège formés à la médiation, sous la supervision de la médiatrice. Les jeunes médiateurs aident alors les enfants à trouver la solution à leur conflit, selon les règles de la médiation.

 
© Alice

Déroulement d’une séance de médiation

Deux ou trois élèves du collège effectuent la médiation selon les règles acquises. Pendant la médiation, la médiatrice-formatrice adulte assure la supervision et aide les jeunes médiateurs quand la discussion tourne en rond.
Par ailleurs, des apprentis médiateurs assistent en observateurs à la séance (avec l’accord des médiants) afin de se former et de pouvoir assurer la relève.
La résolution d’un conflit nécessite une, parfois deux séances.
L’accord trouvé par les médiants consiste en un engagement (ne plus se bagarrer, ne plus s'insulter, ne plus jouer à des jeux dangereux...) écrit. Le contrat amiable est officialisé par une signature.

Les médiateurs signent à leur tour le compte rendu et les accords de médiation. Parfois, ils demandent à revoir les médiants pour s’assurer que l’engagement a bien été respecté.

Une situation de médiation

En récréation, Makaré, un élève de CP, fonce sur William, un élève de CM2, et lui met un « coup de boule », sans « faire exprès », affirme-t-il. Ce qui nécessite un passage à l’infirmerie de William, choqué. Celui-ci avertit l’animateur qui informe l’institutrice. Makaré est puni et la directrice demande une médiation.

Au cours de la médiation Makaré insiste sur le fait qu’il a été puni par sa maîtresse, sa directrice et son père. Il est en colère : il ne fait pas le lien entre la punition et l’acte. La médiation lui permet d’en reconnaître la gravité. La médiatrice lui propose de se mettre à la place de William. Il comprend alors qu’il doit faire des excuses sincères que William peut accepter. Makaré s’engage à « ne plus donner de coups de boule ».

Un accord de médiation

Deux garçons qui s’étaient battus en cour de récréation ont posé les engagements suivants :

  • D. (qui a des difficultés à maîtriser l’écrit et se trouve avec un retard scolaire) :
    Je m’engage à ne plus frapper J. et les autres élèves.
    J’accepte que J. vienne à ma table à la cantine.
    Si quelqu’un m’insulte, au lieu de frapper, je vais en parler à un adulte.
  • J. (qui a des facilités à verbaliser et à écrire, et le profil bon élève) :
    Je m’engage à ne plus dire de mots qui blessent comme : « t’es bête ! ».

Pour solenniser et ritualiser l’engagement, chacun signe.

Télécharger la fiche accord amiable de la médiation.

Bilan

Le bilan est globalement positif du point de vue de l’équipe éducative, de la médiatrice et des parents concernés par cette action de médiation par les pairs à l’école Saint-Bernard.

  • La directrice, madame Borretti, constate toujours en début d’année des incidents, des micro-violences et des incivilités. Mais le fait que les élèves connaissent l’existence d’une permanence, donc un lieu d’écoute, un lieu où l’on sait que le conflit pourra être résolu, a changé le climat de l’école : « Depuis qu’il existe dans l’établissement un espace de médiation pour régler les conflits entre élèves, l’ambiance est plus sereine, la cour de récréation plus calme et les enfants apaisés sont plus réceptifs en classe. » Une véritable « culture de la médiation » s’est installée chez les élèves.
  • Les enseignants du cycle 3 se sont fait remarquer par leur implication et leur relais, tant au niveau de l’information auprès des élèves et des parents que du travail d’éducation citoyenne en classe, en lien avec une réflexion sur le règlement intérieur.
  • Les enseignants du cycle 2, dont certains s’étaient montrés réticents au départ, se sont fortement engagés dans le processus de médiation avec un effet d’entraînement pour leurs élèves. La permanence « médiation » est devenue une évidence pour tous.
  • Les parents, particulièrement les élus au conseil d’école, se montrent intéressés par la médiation. Un questionnaire leur a été remis pour mesurer l’impact de cette expérimentation. La médiation, selon eux, a changé les relations de leur enfant à l’école et à l’extérieur, et même parfois entre des parents et des enfants.
  • La médiatrice estime « 99% de réussite », puisque sur 37 résolutions de conflits à l’école primaire, seulement trois élèves ont « récidivé » et sont revenus en médiation. Ainsi, la médiation a bien eu un impact sur la socialisation et les apprentissages.
  • Les élèves ayant participé à un atelier médiation de 2007 à 2009 : 

    « Je pense que la médiation est un bon moyen d’apprendre à vivre ensemble pour mieux mettre en place l’idée de régler les conflits. »
    Oriane 
     
    « En médiation, j’ai appris le rôle du médiateur : aider les personnes en conflit à trouver la solution par eux-mêmes. »
    Camille

    « En médiation, j’ai appris à mieux écouter les autres. »
    Zoé

    « J’ai compris que c’était pour le vivre ensemble. Et aussi, je suis venue parce que dans la cour de récréation, on se disputait souvent, mais maintenant, il y a moins de disputes. »
    Esmeralda

    « J’aime la médiation car on apprend en jouant. »
    Nina

Des effet bénéfiques ont été également observés sur les collégiens médiateurs qui acquièrent une attitude et des habiletés sociales d’écoute et de communication qui ne sont pas toujours enseignées ou valorisées par l’école mais sont utiles dans la vie.

Ressource associée

    Le projet médiation à l'école Saint-Bernard présenté par Mme Boretti.

    Directrice de l'école - mai (2006)

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