La médiation par les pairs : fiche-action collège

Lors de conflits ou de difficultés relationnelles, il est proposé aux élèves une médiation soit à la demande du chef d’établissement, du conseiller principal d'éducation (CPE), de l’infirmière scolaire, d’enseignants, voire des élèves eux-mêmes. Prendre en compte ces demandes est important, car nous savons par expérience qu'un problème non traité resurgit amplifié ultérieurement, et qu’en conséquence le jeune concerné n’est plus vraiment disponible pour ses apprentissages.

Depuis 2004, un atelier hebdomadaire de médiation par les pairs, animé par Ida Naprous professeur d'éducation civique, médiatrice diplômée, est proposé au collège Anne-Frank (Paris 11e). Des élèves volontaires formés pratiquent des médiations à l’école élémentaire Saint-Bernard et au collège. Cette expérience originale s'inscrit dans le cadre du projet de l’école et de l'établissement et des règlements intérieurs.

Élèves concernés

L'atelier est ouvert à tous les élèves (15 à 20 participants) de la 6e à la 3e. Ces élèves ont pour objectif de s'initier à la gestion de conflit et à l'approche de la médiation pour eux-mêmes ou pour devenir médiateurs au collège et à l’école Saint-Bernard.

Ressource vidéo liée : Des élèves expliquent pourquoi ils se sont inscrits à l’atelier de médiation

Objectifs pédagogiques

  • Apprendre à se connaître, à connaître l’autre et à communiquer de manière empathique, à développer l’estime de soi.
  • Prendre conscience de la nécessité des règles, inscrites dans le règlement intérieur afin d’intégrer le rapport à la loi, le rapport au droit (la médiation n'excluant pas la sanction).
  • Apprendre à prévenir et gérer les conflits en s’appropriant les valeurs, les méthodes et les pratiques de la médiation.
  • Contribuer à une véritable éducation à la citoyenneté et au développement durable grâce à l'acquisition de compétences sociales.
  • S’approprier les connaissances et compétences du socle commun : piliers 1 et 6.

Déroulement des séquences

Le cycle de formation se déroule en cinq phases à raison d'une heure hebdomadaire à l’issue desquelles les apprentis médiateurs ont une approche et une pratique de la médiation.

Ressource vidéo liée : Benjamin explique le travail en atelier. 

Première phase : présentation et organisation

Nous partons des représentations des élèves sur ce qu'est pour eux communiquer et « médier », tel est le but du portrait chinois (si la médiation était un animal, ce serait...). La créativité est dès le début sollicitée. Puis, nous distribuons des rôles pour la vie de l’atelier afin de responsabiliser les apprentis médiateurs.

Deuxième phase : le jeu de l'île (apprendre à vivre ensemble)

Des équipes de 5 à 6 élèves mettent en situation la survie sur une île après un naufrage. Il faudra élire un chef, répartir des rôles, rédiger une charte, gérer des conflits, organiser la vie quotidienne… À la fin de cette phase, c'est le temps de l'analyse : les modalités de fonctionnement ont-elles été respectées, et l'objectif de survie atteint ? Quels ont été les conflits ? Comment ont-ils été gérés individuellement et collectivement ? Il s’agit ici de prendre conscience des conflits et souvent de la violence qui s’exprime, ainsi que sa façon de réagir.

Troisième phase : ce qui se passe dans un conflit(émotions et besoins non satisfaits, valeurs)

Les élèves apprennent à distinguer les faits observés des jugements, à prendre en compte leurs émotions et leurs besoins ainsi que ceux des autres. Dans une situation de conflit, ils prennent conscience des valeurs sous-jacentes à celui-ci, souvent les mêmes pour les deux parties concernées. Des jeux de rôles sont pratiqués au cours de cette phase.

Quatrième phase : la communication empathique et la médiation

Supervisés par la médiatrice adulte, les élèves qui ont déjà suivi l’atelier présentent aux nouveaux le cadrage, les phases et les techniques de la médiation (écoute active et empathique, reformulation…), le rôle des médiateurs. À travers des mises en situation, la créativité et l'imagination s'exercent au service d'une résolution de conflit sur le mode gagnant-gagnant.

Un exemple de mise en situation : verbaliser les émotions

Ce jour-là, à l’atelier, cinq élèves assistés de l'enseignante médiatrice font une simulation de médiation. Les trois médiateurs rappellent leur mission aux deux médiants : « Le médiateur n’est pas un juge, il ne doit pas prendre parti et ce qui se dit dans le cadre de la médiation est confidentiel. » Les étapes de la médiation sont inscrites au tableau. Un médiant expose sa version des faits : sa copine a « copié » ses vêtements et elles se sont disputées et insultées. Le médiateur reformule puis écoute la version de l’autre. Il mélange un peu les étapes ; l'enseignante l’aide alors à poser les bonnes questions : Qu’est-ce qu’elles ont ressenti ? Colère ? Tristesse ? Peur ? Quelles insultes ont été prononcées ? Que signifient les mots « pédé », « pute » ? « C’est important de faire un travail sur le langage », insiste-t-elle, dictionnaire à l’appui. Un élève extérieur à la médiation propose une solution pour qu’elles se réconcilient. « Attention, le médiateur n’est pas un conciliateur, son but n’est pas de réconcilier à tout prix », rappelle la médiatrice. La discussion se poursuit et les médiants acceptent de prononcer des excuses. « En quoi les excuses sont un point essentiel de la médiation ? » demande la médiatrice. « Cela veut dire que l’on reconnaît l’autre. »

Cinquième phase : désignation des médiateurs et médiatrices

La médiatrice qui anime l'atelier clôt celui-ci en proposant la désignation d'élèves (volontaires) qui sont jugés aptes à intervenir pour aider à résoudre des conflits.

Bilan

Le bilan quantitatif

Depuis 2004 :

  • environ 150 à 200 collégiens ont fréquenté l’atelier médiation et 70 ont assuré des permanences « médiation » ;
  • environ 120 collégiens en difficulté, tous volontaires, ont fait partie du dispositif de socialisation et d’apprentissages (DSA) dans lequel ils ont été sensibilisés à la médiation. Des progrès dans les résultats scolaires, moins d’exclusions de cours et une baisse de l’absentéisme ont été remarqués pour ces collégiens. Depuis 2007, une dizaine d’apprentis médiateurs assurent chaque année des permanences « médiation » à l’école Saint-Bernard. Environ 140 élèves de l’école ont été reçus en permanence et accompagnés pour trouver une solution à leurs conflits.

Le bilan qualitatif

La médiation contribue :

  • à l’amélioration du climat du collège Anne-Frank grâce à la verbalisation des sentiments et des besoins, dans la gestion des conflits ;
  • à l’établissement de relations positives, même avec accord sur le désaccord, après la médiation.

Dans le cadre du DSA, en prenant appui sur une grille de coévaluation des connaissances et compétences bâtie sur le socle commun, il est constaté une amélioration de l’estime de soi, une meilleure intégration dans l’école, un changement de regard du jeune vis-à-vis de l’adulte et un progrès sensible dans les résultats des apprentissages.

Des témoignages, transcrits dans les documents pointés ci-dessous, rendent compte de l’intérêt des élèves pour la médiation, ainsi que celui d'un responsable animation qui souhaite développer cette approche.

La médiation connaît cependant des limites à cause d’un intérêt relatif des enseignants du second degré à son égard. En ce qui concerne les élèves médiateurs, la difficulté est le regard des autres, et donc la légitimité que leurs pairs leur accordent pour intervenir dans leurs conflits.

Prolongement

Des développements des actions de médiations sont envisagés en s’appuyant sur les expériences du collège et de l’école élémentaire : la sensibilisation à la médiation dans la formation des délégués élèves du collège Anne-Frank, la formation par la médiatrice d’équipes enseignantes et médico-sociales du primaire et du secondaire, ainsi que des équipes d’encadrement dans le cadre de la formation continue (DAFOR) et de sa nouvelle mission depuis 2012 à la délégation.

Financement des ateliers et des formations d'adultes

Les interventions en médiation sont rémunérées par la Délégation à la formation (DAFOR), le rectorat de Paris et la cellule CARDIE.

Témoignages

Des garçons et une fille venus en médiation

« La médiation, on parle, on s’exprime. Ça sert à rien de frapper. »

« Ceux qui sont en conflit, ils se parlent entre eux et réussissent à se réconcilier. »

« Au lieu de partir à la violence, ils se sont réconciliés. Je dois revenir à la médiation pour apprendre au lieu de m’énerver trop vite. »

« J’ai fait une médiation en début d’année car j’avais eu un conflit à la cantine. J’en ai pas fait une deuxième. Ça montre que la médiation a servi à quelque chose. »

« Les garçons qui m’avaient volé mes pommes noisettes à la cantine, ont arrêté de prendre ma nourriture. Dans les matchs de foot, la médiation a servi. En faisant l’arbitre, je fais de la médiation quand les garçons commencent à s’insulter. Ça permet de régler les conflits. »

Élèves médiateurs - promotion 2008-2010

« La médiation permet de gérer les émotions et de trouver une solution d’entente (accord gagnant-gagnant), d’éviter la violence physique. » Havane

« J’ai fait des médiations à Saint-Bernard pour retrouver mon école d’avant. Avant, je connaissais pas la médiation pour les petits ; c’est drôle de voir les enfants s’exprimer… Vivre l’engagement est un nouveau point de vue sur la vie. Quand on est médiateur, on ne peut pas laisser les autres régler leurs problèmes tout seuls. » Janar

Autres élèves médiateurs - promotion 2004-2008

 « J’ai appris comment résoudre un conflit. »

« En tant que déléguée de classe, ça m’a apporté quelque chose. J’essaie de régler le conflit avec ma sœur autrement qu’en se bagarrant et en se criant dessus. »

« Apprendre à régler un conflit, c’est pas si facile que ça ! »

« Régler les conflits de cette manière, c’est intéressant. C’est difficile, j’aime bien les choses difficiles. »

« J’ai voulu voir comment c’était. Sur l’année, c’est bien. Même si je pratique pas, ça peut toujours servir. »

« On apprend à connaître les autres, un peu. »

« J’ai entendu parler de la médiation par mon père qui est médiateur à la mairie. Je voulais savoir comment résoudre un conflit. »

« Je suis plutôt grande gueule. Dans la médiation, c’est un travail de longue haleine. C’est une autre solution mais j’aurais pas la patience. »

« Je suis venue par curiosité. Ça m’a permis d’ajouter un atout à mon jeu. Mes parents pourraient faire de la médiation. »

Élèves médiateurs venus en médiation pour régler leur propre conflit

« La médiation, aussi bien au cours des séances que dans les entretiens séparés, ça aide à régler un conflit, à mieux se comprendre. C’est utile dans la vie de tous les jours. » Clémence

« La médiation m’a aidée. J’ai l’impression de mieux me comprendre, ce que j’ai vécu, ce qui va arriver plus tard. » Noémie

« Ça m’a aidé à ne pas étouffer les conflits, à en parler. On purifie l’eau sale. Je me sens nettoyé : on nettoie les gros déchets. En entretien séparé, on enlève les microbes. On les enlève car l’eau est empoisonnée. » Benjamin

« Ça fera partie de notre vie.» Clémence 

Des élèves du DSA (dispositif de socialisation et d’apprentissages au collège)

« La médiation m’a aidé à avoir un climat de confiance entre le professeur et l’élève. » Elliott 

« Le DSA m’a donné plus confiance en moi et je me sens plus à l’aise avec les professeurs. » Priscilla 

 

Conclusion

La médiation n’est pas simplement un outil de gestion de la conflictualité mais un véritable processus pour améliorer la qualité de l’environnement éducatif, prévenir les violences et en particulier le harcèlement entre pairs. Elle fait appel aux notions de contrat, de confiance et d'équité. En favorisant la découverte et l'affirmation positive de leur personnalité, elle contribue à une meilleure réussite dans les apprentissages.

Ressources associées

    Des élèves expliquent pourquoi ils se sont inscrits à l’atelier de médiation

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    Benjamin explique le travail en atelier

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