Évolution des questionnaires de climat scolaire et de victimation (QCS)

Suite à l'enquête nationale de victimation conduite dans les collèges au printemps 2011, les EMS (Équipe mobile de sécurité) de l'académie de Lille reprennent et adaptent cet outil pour le mettre à la disposition des établissements du secteur. Il permet de dépasser la « pensée magique » et de poser un diagnostic partagé sur le climat scolaire de l'établissement. À partir de cette base commune, il vise à initier une démarche globale d’amélioration de ce climat et donc à lutter ainsi qu'à prévenir les violences à l'école.

Des outils au service de l’établissement

En 2010 a eu lieu la première enquête nationale de victimation du premier degré sur 12 000 élèves de cycle 3, soit 157 écoles réparties dans 8 académies. 
Au printemps 2011, une enquête nationale de victimation dans le second degré a été effectuée sur 18 000 collégiens dans 300 collèges. Fin 2011, les équipes mobiles de sécurité (EMS) de l’académie de Lille adaptent cet outil pour une utilisation au niveau local. Comme pour l’enquête nationale, les questionnaires permettent de dégager pour l’établissement concerné un indice de climat scolaire et un indice de victimation.
Début 2012, les premières expérimentations se font dans les collèges du secteur.

Champs d’investigation 2011-2013

La dématérialisation des questionnaires a permis un large déploiement de ces outils dans l’académie, des enquêtes exhaustives auprès des élèves comme des personnels (pas d’échantillonnage) ainsi qu’une exploitation et une restitution rapide des données recueillies.

Bilan quantitatif

  • 92 établissements publics locaux d'enseignement (EPLE) investigués
  • 41 enquêtes auprès des personnels
  • 75 collèges
  • 17 lycées
  • 2 écoles

Soit plus de 32 000 jeunes interrogés, dont près de 30 000 collégiens et 1 200 adultes concernés.

Questionnement

Il reprend en grande partie les questions de l’enquête nationale en affinant certaines thématiques pour mieux coller aux attentes du terrain.

Questions climat scolaire et indice de climat scolaire

  1. Comment te sens-tu au collège en général ?
  2. Comment trouves-tu l’ambiance entre les élèves ?
  3. As-tu des copains et des copines dans ton collège ?
  4. Comment trouves-tu les relations entre les professeurs et les élèves?
  5. Comment te sens-tu dans ta classe ?
  6. D’après toi, les professeurs interviennent-ils dès qu’ils se rendent compte qu’un élève ne respecte pas les règles ?
  7. Comment trouves-tu les relations avec les autres adultes (surveillants, personnels de direction, d’accueil ou de cantine) ?
  8. Comment apprend-on dans ton collège ?
  9. Les punitions données dans ton collège sont-elles justes ?
  10. Comment te sens-tu à l’intérieur de ton collège ?
  11. Depuis le début de l’année scolaire, est-il arrivé que tu ne viennes pas au collège car tu avais peur ?
  12. Comment te sens-tu aux abords de ton collège ?

Questions sur les violences et indice de victimation

Violences psychologiques
  1. Depuis le début de l’année scolaire, t’a-t-on donné un surnom méchant ?
  2. Depuis le début de l’année scolaire, s’est-on moqué de toi à cause de ta bonne conduite en classe (du type
    « intello », « bouffon », etc.) ?
  3. Depuis le début de l’année scolaire, t’es tu senti(e) mis(e) à l’écart par des élèves ?
  4. Depuis le début de l’année scolaire, as-tu été insulté(e) dans ce collège ou sur le chemin ?
Violences physiques
  1. Depuis le début de l’année scolaire, t’a-t-on bousculé(e) pour te faire mal dans ce collège ?
  2. Depuis le début de l’année scolaire, as-tu été frappé(e) dans ce collège ou sur le chemin ?
  3. Depuis le début de l’année scolaire, t’a-t-on lancé des objets pour te faire mal dans ce collège ?
  4. Depuis le début de l’année scolaire, as-tu été pris(e) dans une bagarre collective dans ton collège ?

Exploitation

La dématérialisation de ces enquêtes permet une lecture à deux niveaux :

  • au niveau local, il s’agit de se doter d’indicateurs fiables et objectifs pour déterminer et conduire une politique de lutte et de prévention contre la violence scolaire ;
  • au niveau académique, elle permet un pilotage plus efficace en dégageant des priorités, et contribue ainsi à une amélioration du climat scolaire au sein des établissements.

Cadre réglementaire et déontologique

  • Plan prévention de la violence.
  • Présentation au programme des maîtres ou en CA.
  • Autorisation parentale.
  • Sur la base du volontariat et hors période de crise.
  • Enquête strictement anonyme. Les résultats appartiennent à l’établissement et ne donnent lieu qu’à une utilisation locale.
  • Adossement à la recherche universitaire.

Questionnaire de climat scolaire (première génération)

Enjeu

Dépasser la « pensée magique » pour déterminer et conduire une politique d’établissement fondée sur des preuves raisonnables (evidence based policy).

Objectifs

Ils sont initialement les mêmes que pour l’enquête nationale :

  • avoir un regard critique sur la violence en milieu scolaire : ni exagération, ni négation ;
  • donner la parole aux élèves « les élèves sont les meilleurs experts en violence scolaire » ;
  • la quantification de la violence doit avoir un rôle diagnostique et évaluatif.

Méthodologie

Le protocole de l’enquête reste le même que pour l’enquête nationale de victimation : maîtrise de l’EMS dans la collecte, l’analyse et la restitution des données.
Priorité donnée à la validité scientifique des données.

Résultats et limites

  • Faible demande et surtout cantonnée aux établissements labellisés.
  • Réticences et méfiance des chefs d’établissements.
  • Résultats peu encourageants des premières expériences (doute sur la validité fonctionnelle du programme).
  • Insatisfaction qui va conduire les EMS à une remise en question de l’implantation du programme dans l’établissement.

« Ce qui permet l’innovation n’est pas l’idée que l’on s’en fait initialement mais les leçons que l’on tire de sa mise en œuvre[1] »
(Norbert Alter)

Questionnaire de climat scolaire (deuxième génération)

Enjeu

Changer les représentations des équipes éducatives pour, à terme, changer les pratiques.

Objectifs

  • Aider et accompagner le chef d’établissement dans une démarche « proactive » de prévention.
  • Responsabilisation des acteurs locaux.
  • Susciter une mobilisation collective : programme universel qui doit impliquer l’ensemble de la communauté éducative, les usagers de l’école et les partenaires.
  • Engager un processus long de réflexion et d’action.

« La nouveauté, pour "prendre", ne doit pas être en surplomb par rapport aux pratiques sociales. Elle doit faire l’objet d’une appropriation. L’innovation représente ainsi une activité collective[2]».
(Norbert Alter)

Implantation du programme (méthodologie)

  • Présentation des EMS et du QCS aux responsables de l’établissement (état des lieux dans l’EPLE, réunions de secteur, etc.).
  • Préparation en amont : rencontre et formation des enseignants à la passation (EMS)/présentation aux élèves et distribution des autorisations parentales (professeurs principaux).
  • Passation (professeurs principaux ou autres enseignants).
  • Recueil des données et matrice d’exploitation renvoyée à l’EPLE : prise de connaissance des constats et premiers éléments de diagnostic.
  • Restitution à la direction : comparatif local/académique/national par l’EMS ; focal sur les points importants pour les responsables locaux ; stratégie à adopter.
  • Restitution conduite conjointement par le chef d’établissement et l’EMS en plénière (professeur, VS, services médicaux et sociaux, représentants parents).
  • Restitution par les responsables locaux au CA et restitution aux élèves par les enseignants.
  • Restitution par le chef d’établissement aux partenaires territoriaux (CESC, CLSPD, réunions diverses).

Résultats

  • Sur secteur concerné : véritable montée en charge du QCS.
  • Actions de remédiations concrètes dans les EPLE.
  • Relation partenariale de qualité (conseil pédagogique, sensibilisation, formation d'initiative locale).

Limites

  • Limite épistémologique : validité scientifique des données recueillies. Phénomène de sous-déclaration ? Lissage des résultats ? 
  • Faible portée du programme dans certains EPLE : difficultés en interne, mauvaise implantation du programme, repli sur soi de l'établissement.
  • Outil à manipuler avec précaution (contre-indication).

Facteurs explicatifs (de la réussite de cette démarche)

Règle des 3 C : Clarté/transparence du programme, Confiance mutuelle entre les acteurs locaux et les porteurs du programme, Continuité de réflexion et d’action après le diagnostic commun.

Axes de progrès

  • Réticences de certains chefs d’établissements.
  • Questionnaires personnels pas assez exploités, parfois peu exploitables et à manipuler avec précaution (enjeux contradictoires).
  • Difficultés de préserver l’anonymat dans les petites unités.
  • Calibrage du dispositif (EMS) pour répondre à une éventuelle généralisation (premier degré).
  • Outil de diagnostic ou d’évaluation externe ?
  • Questionnaire à l’adresse des parents et implication de ces derniers.

Violence scolaire et ses constantes

Notre expérience de terrain valide, complète et permet une appropriation locale des quatre fondamentaux du diagnostic national : 

  • la violence scolaire est surtout une affaire pédagogique ;
  • les microviolences répétées et concentrées sur un nombre réduit d’élèves détériorent sensiblement le climat scolaire ;
  • le vivre ensemble est fondamental : prévenir la violence et le harcèlement, c’est avoir une démarche globale d’amélioration du climat scolaire ;
  • la réflexion sur la justice scolaire est aujourd’hui nécessaire, non pas dans le sens d’un simplisme répressif mais bien d’une intelligence de la sanction.

Conclusion

Perspectives :

« Il faut changer la manière de changer[3] ».

(Éric Debarbieux)

Nécessité pour un établissement scolaire, pour une académie et pour une nation d’avoir un suivi sur l’évolution des violences et du climat scolaire en son sein.

Doter les établissements scolaires d’un outil statistique scientifique fiable dans la prévention et la lutte contre les violences à l’école est une avancée importante. Mais l’enjeu essentiel reste l’amélioration du climat et donc de la construction de l’effet d’établissement. Il repose sur le processus de recherche/action/formation.

[1] Norbert Alter, L’innovation ordinaire, Paris, PUF, coll. "Sociologies", 2000.
[2] Norbert Alter. Ibidem.
[3] Éric Debarbieux, Les dix commandements contre la violence à l’école, Paris, Odile Jacob, 2008.