Des documentaires et courts métrages pour lutter contre le harcèlement

Les élèves de terminale option Cinéma du lycée polyvalent Estournelles-de-Constant, à La Flèche (72), ont réalisé deux courts métrages et un documentaire sur le harcèlement. Sandrine Weil, leur professeur de lettres et de cinéma, nous raconte la genèse des projets.

Agir contre le harcèlement : les voix du silence est un documentaire réalisé par les élèves et principalement constitué de témoignages d’élèves. Il existe deux versions : l’une, de 2 minutes, réalisée pour le concours « Agir contre le harcèlement », et l’autre, de 26 minutes, réalisée pour LMtv (Le Mans télévision).

À l’origine, ce documentaire est né de la récurrence du thème du harcèlement scolaire dans les réalisations des élèves de terminales option Cinéma (films qu’ils présentent au bac). Deux courts métrages ont également été réalisés sur le sujet du harcèlement, The Blame et Coquille vide.

The Blame

Tout commence en 2013-2014, avec l’écriture d’une fiction qui questionne la place des filles à l’école, et tout particulièrement leur sexualité. Le visionnage de la scène du gant dans Gilda, de Charles Vidor, et la traduction de la chanson – et plus particulièrement du refrain – « Put the blame on Mame, boys » vont donner le titre et inspirer la première scène du film des élèves de terminale. The Blame montre aussi une jeune fille « normale » – dans le sens où son apparence et son physique n’ont rien d’extraordinaire, elle est « juste » une jolie jeune femme – harcelée par sa classe, sous le regard indifférent, voire complice, des enseignants. Le film indique aussi combien cette jeune fille intériorise son infériorité et combien elle est prête à tout pour tenter d’être acceptée par le groupe.

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Coquille vide

Dès mars 2014, un élève de première décide de prendre en charge une ébauche du scénario de terminale et propose d’écrire une histoire qui raconterait la vie d’un jeune homme si violemment harcelé par les autres qu’il songe au suicide. Au moment où il va se jeter à l’eau, un jeune homme apparaît et lui promet que tout va s’arranger.
L’élève s’inspire fortement de Fight Club, mais aussi de ce qu’il a vécu, sans jamais en parler, de la 6e jusqu’à la 3e. Nous discutons longuement sur les portes de sortie psychiques que le harcèlement peut entraîner. Il nous paraît vraisemblable de s’inventer inconsciemment un « autre », qui serait au fond, un harceleur. Le titre, Coquille vide, vient de l’écriture du « meurtre » d’un escargot, un animal que le personnage harcelé déteste et que ses harceleurs forcent à manger. Plus tard, quand le personnage se dédoublera, son premier meurtre sera celui d’un escargot, première revanche pour celui qui a été vidé de sa substance par les autres et est devenu une coquille vide. Le titre est aussi un clin d’œil à l’effet spécial utilisé pour tuer l’escargot, une technique précise qui a été inventé par Méliès : remplacer l’escargot vivant par une coquille vide !

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Les Voix du silence

« Alors que Coquille vide finit de s’écrire, de nombreux élèves de première confient, pendant les cours d’option Cinéma, leur soulagement d’être au lycée et de ne plus avoir à supporter des remarques déplacées et répétitives.

Je lis de nombreux articles sur le sujet et, en particulier, je vois un documentaire diffusé sur France 3 : L'enfer… il est dans ma classe !
J’effectue des recherches sur le sujet et je découvre que l'Éducation nationale mène depuis deux ans des actions pour prévenir les violences à l'école et qu’elle reconnaît le harcèlement scolaire. Par ailleurs, je découvre qu'il existe un concours très intéressant dont le projet final peut être la réalisation d'une vidéo : le concours "Agir contre le harcèlement".

Je propose à mes élèves de première de participer à ce projet tout en participant à la Journée du direct organisée par le Clemi national, le jeudi 20 novembre 2014, qui se trouve être aussi la Journée mondiale des droits de l'enfant. Les élèves et moi-même mettons en place une organisation pour cette journée afin que chacun des 39 élèves de première de l’option Cinéma puisse en être acteurs. Deux « plateaux » sont imaginés : l’un pour les témoins, avec un nombre restreint de techniciens dans la salle, et en faisant le choix narratif de ne pas montrer les visages afin à la fois de ne pas stigmatiser les témoins, mais aussi de ne pas les stariser, ce qui nous semble un double effet pervers ; l’autre pour les professionnels qui viendront définir le harcèlement afin de nous permettre de comprendre et de prendre du recul.

Au cours de la journée du 20 novembre 2014, nous prenons conscience au fur et à mesure des rushs qui arrivent dans la salle de montage (je suis affectée au montage avec 3 autres élèves) que les témoignages qui arrivent sont de véritables cadeaux, que nous avons réussi à créer un dispositif qui permet aux élèves de témoigner devant leurs pairs en toute confiance. Nous prenons la décision de ne pas diffuser le film en direct mais de prendre le temps de faire un montage qui sera diffusé plus largement. Je contacte LMtv qui adhère aussitôt à l’idée d’un documentaire long et je leur demande de nous imposer une durée professionnelle pour que le film soit éventuellement diffusé sur d’autres chaînes.

Les médias locaux (Maine Libre, Ouest-France, Les Nouvelles fléchoises) ont diffusé notre projet et l’ont mis en valeur. Le 27 février 2015, le documentaire a été présenté dans "Intensément Sarthe", sur LMtv, avec Valentine Pineau, élève de 1re STMG (il n’y a qu’une seule élève à cause de la taille du plateau).

Nous n’avons reçu aucun prix pour la version de 2 minutes mais nous avons décidé de la mettre en ligne.
Nous avons organisé deux soirées au cinéma Le Kid, à La Flèche (cinéma municipal), dont l’une est entièrement consacrée aux films sur le harcèlement. »

Voir la version courte du documentaire

Des films pour lutter contre le harcèlement, mais pas seulement

« Après avoir participé au documentaire sur le harcèlement scolaire, Mme Marie-Laure Landeau, conseillère d’orientation-psychologue, m’a proposé de faire un travail dans le cadre des modules d'accompagnement personnalisé (AP) sur l’orientation et les clichés liés aux filières et aux métiers avec la classe de seconde dont j’étais professeure principale. Je lui ai alors proposé de réaliser une fiction comique sur chacune des filières présentes au lycée, fiction suivie d’un témoignage d’élève de cette filière. Ce travail a pris deux trimestres : un trimestre pour travailler sur les clichés, à l’aide d’un jeu de cartes qu’apportait Mme Landeau et, à partir de nos notes,  écrire un scénario, et un autre trimestre pour jouer, tourner et monter le film. La quasi-totalité de la classe a rejoint au fur et à mesure cet AP « orientation » et a participé au projet. J’ai pu constater qu’en dehors du plaisir d’avoir réalisé un film de qualité qui dénonce les idées reçues quant aux filières, les élèves ont davantage choisi plutôt que subi leur orientation.

Voir le film réalisé Reportage choc : immersion dans un lycée de la périphérie mancelle

Certains élèves de première, déjà « orientés », m’ont d’ailleurs confié qu’ils avaient pris conscience, grâce ce film, des clichés énormes et ridicules liés aux filières et surtout, pris conscience qu’il n’y avait aucun bac "facile", aucun "sous-bac", et que tous étaient exigeants et demandaient d’acquérir de nombreuses compétences. »