L'expérience combattante

Programmes scolaires français : Histoire - 3e, 1re • Équivalence canadienne : Secondaire, 2e cycle

Introduction

La Première Guerre mondiale marque une étape dans l’intensité de la violence au XXe siècle. Elle symbolise l’avènement de la guerre totale, notamment par son impact sur l’ensemble des sociétés impliquées dans le conflit.

Le concept de « guerre totale » est déjà utilisé par certains historiens pour caractériser une mutation de la guerre sous la Révolution et l’Empire (engagement de masse, volonté d’imposer à d’autres sociétés un nouveau modèle politique, social…). Après la Première Guerre mondiale, il est repris par Léon Daudet, puis par le maréchal allemand Ludendorff en 1936, avant d’être théorisé par Carl Schmitt pour illustrer la radicalisation de la violence et des moyens dans l’expérience de la guerre au XXe siècle.

Ce philosophe du droit définit la « guerre totale » comme « l’engagement de toutes les ressources, physiques et morales d’une nation […] dans une entreprise d’extermination totale de l’ennemi, qui recourt sans scrupule à tous les instruments d’anéantissement existants ». L’historien David Bell, de son côté, insiste sur la « dynamique de radicalisation » ; il différencie alors la guerre totale des précédents conflits à travers la mobilisation de « ressources de plus en plus massives au projet de destruction du régime ennemi, dans une escalade progressive ne pouvant aboutir qu’à l’effondrement et à la défaite d’une des parties en conflit ».

Le caractère « total » de la Première Guerre mondiale se traduit par une banalisation de la destruction de masse et son accoutumance diffuse à l’ensemble des sociétés belligérantes. Ce processus est à l’origine du concept très débattu de « brutalisation », de l’historien George Mosse, pour expliquer le transfert de l’expérience de la violence au front vers la société civile et sa banalisation.

Ce dossier pédagogique vise à synthétiser, à titre non exhaustif, certains débats autour des caractéristiques de « l’expérience combattante » de la Première Guerre mondiale.

La première guerre mondiale au cœur de nombreux débats historiographiques

La brutalisation : un concept controversé et débattu

Le concept de « brutalisation » a pour point de départ la thèse de l’historien George L. Mosse, publiée dans Fallen Soldiers. Reshaping the Memory of the World Wars, en 1990 (paru en français en 1999 sous le titre De la Grande Guerre au totalitarisme : la brutalisation des sociétés européennes), dans laquelle il décrit le transfert de l’« expérience de guerre » dans le champ politique, notamment dans l’Allemagne de Weimar, ainsi que son rôle dans l’avènement du nazisme. Cette thèse s’attache à montrer les effets de la guerre sur les sociétés européennes dans l’entre-deux-guerres. La Première Guerre mondiale devient la matrice des totalitarismes de l’entre-deux-guerres (l’État est « total ») et de la Seconde Guerre mondiale (paroxysme de la violence).

La « brutalisation » des sociétés, au sens anglo-saxon de « rendre brutal », est un processus par lequel la violence physique ou psychologique engendre chez les soldats et les civils des comportements brutaux. Ce concept de brutalisation ou « d’ensauvagement » a été forgé pour traduire la perception et l’intériorisation de la violence de guerre par les combattants de la Grande Guerre, au point de la
 « banaliser » (trivialization). Le « génocide » arménien, défini ainsi a posteriori, illustre les prémices de cette banalisation de la violence sur les sociétés lors de la Première Guerre mondiale. Selon George L. Mosse, le « mythe de l’expérience de guerre […] construit dès lors la guerre comme un événement chargé de sens et de sacré, jusqu’à produire une véritable religion civile de la guerre ». Il voit à travers cette sacralisation de la guerre la raison profonde du consentement au conflit permettant aux « participants à la guerre d’accepter, de "consentir" à sa violence extrême ».

Brutalisation ou radicalisation ?

Pourtant si la thèse de la « brutalisation » des sociétés européennes, lors de la Première Guerre mondiale, permet une avancée possible sur l’analyse des sociétés d’après-guerre, elle reste toutefois à nuancer et fait l’objet d’interprétations différentes, voire contraires, par la communauté des historiens.

Dans son article « La Grande Guerre a-t-elle brutalisé les sociétés européennes ? », Alexandra de Hoop Scheffer explique que, selon l’historien allemand Imanuel Geiss, la Grande Guerre a simplement banalisé et radicalisé une culture de guerre antérieure à 1914, comme celle qui a servi lors des guerres des Balkans ou à travers la violence coloniale, entraînant une déshumanisation croissante de l’ennemi ; pour illustrer son propos, l’auteur mentionne le recours systématique des Britanniques aux camps de concentration pour les civils pendant la guerre des Boers au XIXe siècle.

En conséquence, la Première Guerre mondiale se déroule au sein de sociétés déjà accoutumées à une certaine brutalité, limitant l’impact de la théorie d’une brutalisation née de la Grande Guerre. Il ne faut pas nier cependant que ce conflit est à l’origine d’une radicalisation et d’une banalisation de la mort de masse dans la guerre, au XXe siècle.

Consentement des combattants et « culture de guerre »

À la fin du XXe siècle, les historiens du Centre de recherche de l’Historial de la Grande Guerre, créé en 1992 à Péronne, s’intéressent à l’expérience culturelle du conflit et reprennent également l’idée de l’avènement d’une violence nouvelle dans l’affrontement entre nations, défendant l’idée « d’un consentement » des combattants dans ce conflit. Selon eux, « les soldats ont, comme le reste de la population, largement accepté l’effort de guerre, dans un consentement qui participe de la culture de guerre ». C’est certainement le cas du Canada, dont la partie principale de l’effort militaire est constituée de volontaires. Les Canadiens, après le printemps 1915 et l’arrivée au pays de centaines de blessés des premiers combats, ne pouvaient ignorer la violence et la brutalité du champ de bataille.

L’effort de guerre canadien s’étend peu à peu à tous les segments de la population du pays. L’exemple des autochtones est probant à ce titre : au début du conflit, les officiels n’encouragent pas le recrutement des autochtones, de crainte que les Allemands refusent de leur accorder les privilèges de la « guerre civilisée ». Des autochtones se présentent tout de même à des recruteurs qui, en général, les acceptent. Bientôt, les autorités militaires invitent officiellement les autochtones inscrits à se porter volontaires : par ailleurs, ceux-ci ne seront pas soumis, plus tard, à la loi de la conscription. On estime que 35 % des Indiens inscrits en âge de servir l’ont fait, soit plus de 4 000 hommes au total, dont plus de 300 ne reviendront pas. Les Indiens non inscrits, les Métis et les Inuits ne font pas partie de ces chiffres. Les comptes rendus d’actes de bravoure de la part de ces volontaires ne manquent pas.

Plusieurs d’entre eux sont reconnus comme des tireurs d’élite hors pair qui feront subir des pertes importantes et déprimantes dans les tranchées allemandes. Ainsi, lorsque la IIe Armée anglaise, au sein de laquelle les Canadiens combattent, crée une école de tireurs d’élite, en décembre 1915, l’officier de liaison français écrit à ses supérieurs que sur le front canadien, les meilleurs « Snipers » sont les Indiens et les métis d’Indiens, de sorte que les Allemands ne peuvent se laisser apercevoir dans un rayon de quelque 1 000 mètres en arrière de leur première ligne.

Stéphane Audoin-Rouzeau et Annette Becker expliquent le consentement des populations à la guerre notamment par la diffusion de la « culture de guerre », qu’ils définissent comme « un corpus de représentations du conflit cristallisé en un véritable système donnant à la guerre sa signification profonde », reposant sur « la perspective d’une victoire rapide », « l’héroïsme des soldats » ou « la diabolisation des atrocités commises par l’ennemi », souvent animalisé à travers la propagande, le « bourrage de crâne » et la censure.

La « culture de guerre » renvoie alors aux mécanismes mis en œuvre par les hommes et les femmes pour comprendre le monde en guerre dans lequel ils vivent et lui donner du sens. Ainsi, selon les deux historiens, la brutalisation des combattants par la guerre vient « d’en bas » ; les combattants devenant des acteurs à part entière de la violence de guerre.

Du consentement à la contrainte ? Le cœur des débats historiques

Pour Frédéric Rousseau, « le prétendu consentement des soldats s’exprime dans un espace d’extrême dépendance, de surveillance constante et de coercition élevée », qui limite dans un premier temps les actes de mutinerie et les désertions. L’utilisation même d’un arsenal coercitif et répressif montre que le consentement des soldats à la guerre et à sa brutalité n’est pas général, pas plus que l’exhalation patriotique.

Selon l’historien, pour une grande majorité, les combattants obéissent plus aux ordres par contrainte que par consentement, comme en attestent de nombreux témoignages de poilus sur les exécutions sommaires en cas de désobéissance. Il évoque d’autre part des « faisceaux de facteurs » pour expliquer l’engagement des soldats sur la durée : (1) culturels, tels que le patriotisme, la religion ou la superstition, (2) nuancés par les interactions sociales comme la camaraderie ou la discipline, (3) et les pratiques individuelles et collectives (alcool, sexualité, correspondance). L’importance de la culture de l’obéissance et du devoir patriotique est un élément fondamental contribuant à cet engagement des soldats.

Frédéric Rousseau s’oppose ainsi à « l’école du consentement patriotique » des historiens de Péronne. La brutalisation des sociétés semble dès lors relever plutôt d’une accoutumance à la guerre et à sa brutalité qu’à un simple consentement à la guerre.

Antoine Prost, président du Conseil scientifique du Centenaire de la Grande Guerre, décrit également, dans son introduction au numéro de L’Histoire dédié à ce thème, « 14-18, mourir pour la patrie », l’importance du rôle des bombardements et de l’artillerie pendant ce conflit. Ils traduisent, comme l’indique Alexandra de Hoop Scheffer, « une violence anonyme infligée par les combattants, où la haine de l’adversaire, inhérente à une culture de guerre, reste exceptionnelle ».

De la contrainte au Live and let live

Dans cette perspective, Tony Ashworth renouvelle également la vision sur l’expérience combattante à travers l’étude de la vie des soldats britanniques dans les tranchées, « en ce qu’elle correspond à une expérience fondamentale non dénuée de violence, largement partagée par les combattants ».

À travers des primary sources (documents source), Tony Ashworth décrit un « live and let live system » (« système du vivre et laisser vivre »), processus inhérent à la vie des tranchées pendant la Première Guerre mondiale, et malgré l’appareil militaire répressif existant, qui remet en cause la seule hypothèse de la contrainte « par le haut ». Ainsi comme le reformule Robert Axelrod : « It flourished despite the best efforts of senior officers to stop it, despite the passions aroused by combat, despite the military logic of kill or be killed, and despite the ease with which the high command was able to repress any local efforts to arrange a direct truce. »

Le live and let live system, en limitant la violence du champ de bataille, est présenté par Tony Ashworth comme un facteur explicatif de la durée de la guerre ainsi que de
l’« endurance » des combattants. Les trêves spontanées, qu’il décrit, et les épisodes de fraternisation entre combattants, dès Noël 1914, « voire une ritualisation, (…) échange d’agressions rituelles connues de l’adversaire afin de limiter les pertes possibles » (canons pointés sur le no man’s land plutôt que sur les tranchées ennemies) sont autant d’actes révélant une volonté partagée par les combattants de limiter
« l’activité agressive » après 1915.

L’expérience combattante de la première guerre mondiale

De la violence à la mort de masse

La destruction de masse est en partie liée à l’évolution des techniques de combat et des armements au cours de la Première Guerre mondiale, qui s’inscrit désormais dans l’ère industrielle. L’arsenal de guerre se développe avec les obus et les nouvelles technologies de tir : fusils à répétition – plus de dix projectiles par minute sous la forme de balles coniques, rapides et pivotantes – ou la généralisation de la mitrailleuse – de 400 à 600 coups par minute –, symbole de la guerre industrielle.

L’aviation prend également sa place dans le conflit. Les gaz asphyxiants, paralysants ou encore aveuglants sont employés pour la première fois en 1915. Rapidement dénoncés comme une violation des lois de la guerre, ils contribuent à l’imaginaire de la terreur dans lequel évoluent les soldats. L’artillerie reste cependant à l’origine de plus de 70 % des blessures de la Grande Guerre (voir le dossier « Les progrès technologiques et scientifiques »).

Infanterie australienne équipée de masques anti-gaz à la bataille d’Ypres, 1916

Poilus et « tranchées » sont devenus les symboles des combats de la guerre de position. Ainsi, Stéphane Audoin-Rouzeau, dans le volume « L’expérience combattante au XXe siècle » de la Documentation photographique , explique que toute expérience combattante est d’abord une expérience corporelle : « Le combattant couché, dénué de toute élégance vestimentaire, devient aussi un combattant impuissant devant l’intensité du feu, terrorisé, humilié par sa propre terreur. » En effet, si au début du XXe siècle, « les soldats occidentaux combattaient "corps redressé" sur le champ de bataille », ils adoptent maintenant une position du corps plus près du sol, « couché », pour se protéger, symbole de leur « fragile » humanité face à une violence militaire d’un genre nouveau.

Entre les lignes - La vie du soldat (08:46)

Enrôlé volontairement, ou bien mobilisé par la patrie, le soldat est celui qui subit le plus durement la douleur physique et morale de la guerre dans les tranchées. Ce film nous raconte l'histoire de deux d'entre eux.
Réalisé par Claude Guilmain, produit par Anne-Marie Rocher
© Office national du film du Canada, 2008

Le front et ses champs de bataille sont très souvent associés, dans les témoignages des combattants, à une véritable « boucherie » au cœur de laquelle les combattants sont déshumanisés. Outre la violence des combats et la banalisation de l’expérience d’une mortalité de masse, la durée des offensives (Verdun, la Somme…) et les terribles conditions de vie dans les tranchées sont également à l’origine de troubles psychologiques durables pour les combattants.

Troupes alliées dans une tranchée lors de la bataille de la Somme, août 1916
Imperial War Museums, Ministry of Information First War Official Collection.

La mort est omniprésente dans le paysage décharné des zones de front, paysages lunaires, crevés de milliers de cratères, où les barbelés occupent l’espace vacant, délimitant les territoires de chaque camp et un no man’s land arbitraire. Confrontés à la mort de leurs camarades, les combattants forment, selon l’expression de Jay Winter, une « communauté de deuil ».

Les interventions archéologiques menées dans le Nord et dans l’Est de la France témoignent de ce que fut l’hécatombe de la guerre 1914-1918 :

[…] trous d’obus, tranchées, boyaux, abris de fortune, dépotoirs, munitions de tous calibres, mais aussi restes des 700 000 combattants encore fossilisés sur le champ de bataille […] font écho à l’état d’esprit du soldat face à l’horreur des combats.

Marcel Gromaire, l’un des peintres contemporains du conflit, témoigne dans son œuvre La Guerre, en 1925, de la perception de la déshumanisation des combats de la Première Guerre mondiale. Les soldats y sont présentés tels des robots de l’ère industrielle, entièrement déshumanisés.

L’expérience combattante passe donc par les tranchées. Face aux lignes adverses, la première ligne est la zone la plus dangereuse. Les terribles conditions de vie dans les tranchées, pendant les longues périodes de la guerre de position (le froid, la boue, les rats et les poux, les pénuries, l’omniprésence de la mort et les bombardements), sont à l’origine de traumatismes physiques mais aussi psychologiques sévères. D’une manière générale, les soldats souffrent d’un mauvais état psychologique : dépression, peur ou angoisse de la mort… dont les effets perdurent longtemps après leur retour à l’arrière.

Entre les lignes - Les tranchées (09:23)

La Première Guerre s'est vite transformée en guerre de positions. Les premières tranchées sont de simples trous isolés qui sont rapidement devenus de complexes réseaux. Ce film raconte la vie du soldat dans ces tranchées.
Réalisé par Claude Guilmain, produit par Anne-Marie Rocher
© Office national du film du Canada, 2008

L’enjeu des victimes

Entre 1914 et 1918, le nombre total des victimes parmi les soldats est estimé à 9 millions. Une étude récente de l’historien français Antoine Prost, publiée en février 2014, révèle un nouveau bilan aux alentours de 10 millions de morts. D’après ses recherches, le bilan des victimes, à l’époque, omet de comptabiliser les morts de maladie (souvent à leur retour à l’arrière) et les prisonniers de guerre, et ne tient pas suffisamment compte de la volonté des armées de minimiser les pertes.

L’historien démontre que les erreurs de chiffres s’expliquent également en partie par le peu d’intérêt que les états-majors portaient alors aux morts : « Ce qui les intéressait, c’était les vivants et combien de personnes ils pouvaient faire monter vers les lignes. » Côté américain, Antoine Prost a établi, dans la préface de l’ouvrage Entre deuil et mémoire : la Grande Guerre dans l’histoire culturelle de l’Europe de Jay Winter, que l’estimation officielle était surévaluée : « 35 000 morts de la grippe espagnole dans des hôpitaux aux États-Unis n’avaient jamais traversé l’Atlantique pour venir se battre. » L’intérêt de ces données d’époque était de montrer l’importance de l’armée américaine afin de légitimer l’affirmation de leur puissance.

Antoine Prost montre également une différence de traitement des victimes selon les nations belligérantes. Dès 1917, l’Imperial War Graves Commission (britannique) aménage des cimetières sur les différents fronts du continent pour tous les morts de l’Empire britannique (Anglais, Écossais, Canadiens, Australiens), selon un principe d’égalité de traitement des victimes. Dans le même temps, « face à la pression de l’opinion publique et des familles des victimes », les autorités françaises autorisent « le rapatriement de cent quarante mille corps identifiés et réclamés dans leur région d’origine », inhumant les autres dans des cimetières militaires.

En France, l’inauguration du Mémorial international de Notre-Dame-de-Lorette par le président de la République François Hollande, le 11 novembre 2014, a marqué un tournant. Créé à l’initiative du conseil régional du Nord-Pas-de-Calais en hommage aux 580 000 combattants de toutes nationalités morts sur le sol du Nord-Pas de Calais entre 1914 et 1918, le monument est situé au sommet du plateau de Notre-Dame-de-Lorette, à proximité de la plus grande nécropole nationale française. Conçu par l’architecte Philippe Prost, l’ouvrage réunit les noms des 580 000 soldats, par ordre alphabétique et sans distinction de nationalités.

Non loin de ce site international, se trouve le monument canadien de Vimy, élevé sur des terres cédées par la France au Canada après la Grande Guerre. Inauguré dans les années 1930, il est visible à des kilomètres à la ronde, témoin de l’importance tactique de cette longue colline qui domine la plaine de Douai et qui fut enlevée par les Canadiens en avril 1917, au prix de plus de 3 000 morts. Sur le monument, sont inscrits les noms de plus de 11 000 Canadiens disparus durant la Grande Guerre et dont les corps n’ont jamais été retrouvés.

Parc mémorial canadien de Vimy, Pas-de-Calais, 2013

Un autre monument, aujourd’hui canadien, a été dressé par Terre-Neuve – qui ne faisait alors pas partie du Canada – à Beaumont-Hamel, dans la Somme : le 1er juillet 1916, le Régiment de Terre-Neuve fut éliminé dans les premières minutes de l’assaut qui ouvrait la bataille de la Somme qui allait durer cinq longs mois. Plusieurs autres monuments et cimetières militaires canadiens reliés à la Grande Guerre jalonnent le Nord-Est de la France et une partie des Flandres belges.

Ainsi, à travers l’expérience combattante, la Première Guerre mondiale a « banalisé » l’expérience de la mort de masse. Toutefois, bien que confrontées à cette même guerre, les diverses sociétés européennes ont suivi des voies différentes entre les deux guerres, voire même parfois contradictoires. Cela nuance donc la théorie d’une brutalisation généralisée des sociétés et l’idée selon laquelle « la banalisation ou l’intériorisation de la violence de guerre a eu un impact systématique dans le champ politique de l’après-guerre ».

Pourtant, ce processus de banalisation de la violence peut expliquer la pérennité de certaines formes de violences notamment en Allemagne, en Italie et en URSS (montée de régimes totalitaires). « Les anciens combattants, pendant l’entre-deux-guerres, marqués par leur expérience combattante de la guerre, vont soit vouloir perpétuer le "mythe de la guerre" (corps-francs) soit le rejeter, afin de privilégier les valeurs pacifistes. » Un élément pourtant fait consensus dans la communauté des historiens : l’expérience combattante de la Première Guerre mondiale reste une étape importante dans la guerre au XXe siècle et préfigure les violences poussées au paroxysme pendant la Seconde Guerre mondiale.

Notes

bibliographie - sitographie

© Réseau Canopé, 2015