Les progrès médicaux et chirurgicaux

Programmes scolaires français : Histoire - 3e, 1re • Équivalence canadienne : Secondaire, 2e cycle

Introduction

Les progrès dans la médecine vont de pair avec ceux qui sont faits dans l’armement, et particulièrement dans le domaine de l’artillerie qui est responsable de plus de 70 % des morts et des traumatismes physiques, et qui est aussi la cause de nouveaux types de blessures et autres pathologies.

La médecine fait alors des progrès remarquables et rapides à la fois dans les techniques de soins et dans son organisation logistique (postes de secours, tris des blessés, rapatriement dans les hôpitaux de l’arrière et formation du personnel médical).

Des progrès dans l’imagerie médicale

En 1895, le physicien allemand Wilhelm Röntgen découvre les rayons X et pratique la première radiographie.

Dès 1914, après la première bataille de la Marne, Marie Curie se rend sur le front avec l’Union des femmes de France et, avec l’aide de la Croix-Rouge, elle fait équiper plusieurs centaines de véhicules, créant par là un véritable service d’ambulances radiologiques de secours aux blessés sur le front. Ces engins, rapidement appelés les « petites Curies », sont largement utilisés. Ainsi, en 1918, on recense environ 300 « petites Curies » et 400 médecins radiologistes, qui auraient traité un million de blessés sur toute la période du conflit.

Des appareils de radiologie sont aussi installés dans les hôpitaux. L’imagerie médicale se développe ainsi de manière très significative dès 1914.

Des progrès dans les soins

Les infections sont très nombreuses dans un contexte d’hygiène qui est difficilement maîtrisable compte tenu de l’urgence, du nombre de blessés de toute sorte et des conditions de soins difficiles qui en découlent. Ces infections sont redoutables et affaiblissent d’autant plus les blessés, les rendant particulièrement vulnérables à la mortalité due aux gangrènes. Ainsi, des progrès dans l’antisepsie apparaissent absolument nécessaires. Le principal produit utilisé est alors le Dakin, antiseptique à base d’eau de Javel inventé par le Britannique Dakin et le Français Carrel entre 1912 et 1914. Il est très utile dans la désinfection des plaies, tout autant que le procédé appelé de « verdunisation » utilisant l’eau de javel diluée.

Par ailleurs, la généralisation de la vaccination, qui est une invention majeure du XXe siècle, se révèle indispensable lors de la Grande Guerre. Les vaccins mis au point avant et pendant la guerre jouent un rôle très important dans la vie des soldats ; jusqu’à nos jours, les épidémies sont l’une des premières causes de mortalité en tant de guerre (gangrène, typhus, etc.). La loi du 28 mars 1914 rend la vaccination antityphoïdique obligatoire dans toute l’armée française. Et pour cause ! Durant les quatorze premiers mois du conflit, 100 000 cas de typhoïde sont identifiés avec un taux de létalité évalué à plus de 20 %. Le sérum contre le tétanos est employé lui aussi. Ainsi, le laboratoire Connaught fondé par le professeur John Fitzgerald met au point un vaccin antitétanos pour les troupes canadiennes.

Des soldats allemands qui se battent sur le front russe sont vaccinés contre le choléra

Des progrès inédits dans la transfusion sanguine

La Grande Guerre est aussi caractérisée par une véritable révolution dans les techniques de soins d’urgence.

Les progrès absolument considérables dans la transfusion sanguine en sont l’exemple phare. Dès le début de la guerre, les médecins militaires appliquent la transfusion sanguine (qui est exercée depuis le XVIIe siècle avec plus ou moins de succès, les groupes sanguins étant découverts en 1900). Cependant, ils ont de grandes difficultés à mettre en œuvre les techniques de transfusion directe. Le chirurgien canadien Bruce Robertson développe de nouvelles techniques de transfusion durant la guerre. Mais la nouveauté majeure consiste à prélever le sang en y ajoutant du citrate, pour ses propriétés anticoagulantes. Cette technique est appliquée à la transfusion pour la première fois par un médecin belge, Albert Hustin, en 1914. Grâce à cette méthode, il devient donc possible de conserver et de transporter le sang. À partir de là, les médecins militaires développent des appareillages simples et efficaces pour assurer la possibilité des transfusions directement sur le terrain, ce qui accroît considérablement les chances de soigner les grands blessés et apporte ainsi une avancée notoire dans les soins d’urgence.

Transfusion sanguine entre un infirmier canadien-français (ou québécois) et un tirailleur marocain, hôpital complémentaire n° 34, Troyes.

Des progrès considérables dans la chirurgie

Afin de mieux opérer les patients et de progresser en chirurgie, de gros efforts sont réalisés dans le domaine de l’anesthésie et des opérations jusqu’alors considérées impossibles peuvent désormais être effectuées grâce à la mise au point d’anesthésiants moins toxiques, dérivés de la morphine, et surtout d’appareils qui facilitent le processus et le rendent nettement plus fiable. Par exemple, l’appareil de Camus ou encore celui d’Ombredanne, créé en 1908, et qui domine la pratique de l’anesthésie en Europe à cette époque.

En chirurgie réparatrice, les premières greffes sont aussi réalisées pour répondre aux besoins des très nombreuses « gueules cassées ». Deux grands types de greffes sont pratiqués : celles de la peau et celles des os. Ainsi, pour réparer les « gueules cassées », sont pratiquées les greffes ostéopériostiques, ou la greffe de Dufourmentel, ou encore le procédé de greffe italienne…

« Gueules cassées », soldats de la Première Guerre mondiale avec d’importantes blessures faciales

Cette évolution est conjointe de celle de la chirurgie « esthétique ». Pour illustrer ce propos, la Française Suzanne Noël, qui est considérée comme la première femme chirurgien esthétique dans le monde, aurait opéré l’actrice Sarah Bernhardt.

La chirurgie d’urgence fait également des progrès spectaculaires avec l’utilisation systématique de la suture précoce, pour éviter les amputations immédiates, ou bien de la laparotomie, afin d’apporter les soins d’urgence nécessaires aux blessures abdominales. Parallèlement aux progrès dans la chirurgie réparatrice, les prothèses sont très nettement améliorées, d’une part pour remplacer un membre ou une partie du corps perdue – une jambe, un bras, une main – mais aussi pour compenser les déformations des visages des « gueules cassées » pour lesquelles l’opération réparatrice ne suffit pas toujours, avec l’utilisation de faux yeux ou de faux nez par exemple.

De plus, de nombreux outils pour faciliter la rééducation sont mis au point. Ainsi l’ouvre-bouche, qui permet d’étirer les muscles de la mâchoire afin de retrouver un peu d’élasticité musculaire ; ou encore la gouttière de contention, aussi placée dans la bouche, qui a pour but de soutenir et replacer les maxillaires ; le casque de Darcissac, qui permet de consolider les fractures du visage, etc.

Des progrès dans le traitement des blessures d’ordre psychologique

Enfin, il faut mentionner les progrès de la neuropsychiatrie, avec notamment les principes de Salmon, du nom du psychiatre américain qui préconise l’immédiateté des soins après le choc et le maintien à proximité du front d’une unité de psychiatres. Les médecins militaires canadiens sont confrontés aux problèmes d’ordre psychiatrique parmi les hommes. Pris entre la volonté des autorités militaires de maintenir ces hommes au combat d’une part – considérés dans ce cas comme des « faussaires » tentant de se sauver des combats – et la véracité des syndromes dont les combattants sont atteints, d’autre part, ils les partagent en deux classes : les névrosés, qui sont susceptibles de retourner au combat suite à du repos et d’éventuels traitements, et les fous, irrécupérables, qui tomberont entre les mains d’une toute nouvelle science des âmes : la psychiatrie. Ces derniers reviendront sans doute à la charge du gouvernement canadien jusqu’à leur décès.

Notes

bibliographie - sitographie

  • Geneviève Allard, Névrose et folie dans le Corps expéditionnaire canadien (1914-1918), Athéna, 2012.
© Réseau Canopé, 2015