Les arts et la Grande Guerre

Programmes scolaires français : Histoire, Arts - 3e, 1re • Équivalence canadienne : Secondaire, 2e cycle

Introduction

La Première Guerre mondiale modifie profondément le regard que portent les artistes sur la guerre, ces derniers délaissant petit à petit une forme d’exaltation pour une dénonciation de la violence et de la barbarie.

Longtemps, en effet, l’art a célébré le courage, le patriotisme et le sacrifice de soi, au travers de héros illustres – comme ceux de l’Iliade – et la guerre a inspiré les artistes de tout temps, à travers toutes les périodes. Cette inspiration est aussi due au fait que les œuvres qui traitent de la guerre étaient souvent des commandes, afin de valoriser un gouvernement ou un homme.

Par ailleurs, avant que n’apparaisse la conscription, en 1914 – et à de rares exceptions –, les artistes contemporains des guerres qu’ils représentaient n’y participaient pas eux-mêmes. Pour cette guerre-ci, les artistes – écrivains, peintres, sculpteurs, musiciens – sont massivement mobilisés, voire s’engagent volontairement, portés par l’élan patriotique. Aussi peuvent-ils raconter, peindre, dessiner ce qu’ils vivent et ce qu’ils voient, laissant à la postérité, à travers des œuvres aux formes souvent nouvelles, d’authentiques témoignages.

Ce dossier propose quelques exemples d’œuvres que la guerre a inspirées à des artistes qui ont participé au combat, et d’autres dont les auteurs ont saisi ce thème bien des années plus tard. Chacun, à sa manière, tente de représenter l’indicible brutalité des combats, la douleur des femmes et des enfants livrés à eux-mêmes, la peur face à la mort mais aussi, parfois, une certaine fascination face à cette guerre moderne et totale.

Témoignages et récits autobiographiques

Parmi les nombreux écrivains engagés dans la guerre, on peut citer les Français Guillaume Apollinaire, Alain-Fournier, Blaise Cendrars, Joseph Kessel, Henri Barbusse, Louis-Ferdinand Céline, Jean Giraudoux, Raymond Dorgelès, Charles Péguy, Jean Giono, Roger Vercel, Louis Aragon, Romain Rolland, l’Américain Ernest Hemingway, qui fut ambulancier en Italie, les Allemands Ernst Jünger et Erich Maria Remarque, les Anglais Harry Fellows et J. R. R. Tolkien, qui ont participé à la bataille de la Somme, le Belge Émile Verhaeren ou encore l’Autrichien Stephen Zweig qui, jugé inapte au combat, fut enrôlé dans les services de propagande. Beaucoup furent blessés ; Cendrars fut amputé d’un bras. D’autres y perdirent la vie comme Alain-Fournier, Charles Péguy ou encore Apollinaire, décédé en 1918 de la grippe espagnole après avoir été blessé en 1915 au front.

Pour ces hommes, il est nécessaire de témoigner de l’horreur de la guerre. Ceux qui se sont engagés par exaltation patriotique expriment leur désillusion face à l’absurdité et à la cruauté des combats. Ceux qui cherchent à publier leur témoignage durant la guerre, pour leur part, sont confrontés à une censure qui ne souhaite pas voir se répandre un esprit pacifiste et antimilitariste. Certains auteurs (Céline, Remarque, Giono, Hemingway) attendront plusieurs années après la guerre, et la menace d’un nouveau conflit, pour publier des romans largement inspirés de leur expérience. Les écrits postérieurs à la guerre rencontrent pourtant moins de succès. Les Croix de bois de Raymond Dorgelès, par exemple, manque le prix Goncourt de peu, au profit de Proust (À l’ombre des jeunes filles en fleurs). Le public est en effet à ce moment lassé des récits du conflit ; par ailleurs, les mouvements dadaïste et surréaliste contribuent également à dévaloriser ces témoignages pendant l’entre-deux-guerres.
Aux côtés des hommes de lettres, de nombreux autres combattants ont aussi témoigné par écrit de leur expérience, du simple soldat aux plus hauts chefs de guerre tels que Philippe Pétain ou Erich von Falkenhayn.

Aux côtés des hommes de lettres, de nombreux autres combattants ont aussi témoigné par écrit de leur expérience, du simple soldat aux plus hauts chefs de guerre tels que Philippe Pétain ou Erich von Falkenhayn.

Henri Barbusse, Le Feu, Journal d’une escouade, 1916
Engagé volontaire en 1914, à 41 ans, Henri Barbusse raconte son expérience personnelle du front et des tranchées de décembre 1914 à 1916. Ce récit est paru sous forme de feuilleton dans le quotidien L’Œuvre à partir du 3 août 1916, puis intégralement à la fin de novembre 1916, aux éditions Flammarion. Il reçoit le prix Goncourt la même année. Un passage de ce récit inspirera en 1934 au peintre allemand Otto Dix le tableau Flandres, sa dernière toile consacrée à la grande guerre.

Roland Dorgelès, Les Croix de bois, 1919
Dorgelès s’inspire de sa propre expérience de la guerre mais il publie son roman sous un pseudonyme. À travers une succession de tableaux sans véritables liens entre eux, il dépeint le quotidien des soldats, au front comme à l’arrière. Le titre fait référence aux croix de bois plantées le long des chemins pour les soldats morts au front. Si le roman manque le Goncourt de peu l’année de sa publication (1919), il obtient néanmoins le prix Femina et rencontre un succès considérable.

Maurice Genevoix, Ceux de 14, 1949 (récits de guerre publiés de 1916 à 1921 réunis)
Le lieutenant Maurice Genevoix a 24 ans quand il est mobilisé pour partir au front. Au long de cinq livres réunis dans le recueil Ceux de 14, il raconte les huit mois qu’il a passés au front, à Verdun notamment : face à l’horreur des conditions de vie dans les combats – boue, froid et mort –, le lecteur assiste à l’amenuisement de l’enthousiasme patriotique du soldat et à la montée du découragement. Blessé en 1915, Maurice Genevoix sera réformé.

Ernst Jünger, Orages d’aciers, 1920
L’auteur a rédigé ce récit autobiographique à partir de ses carnets de guerre et de photographies. Il y raconte son quotidien de soldat pendant quatre ans dans un récit lucide et parfois étrangement détaché des horreurs de la guerre. Jünger aura du mal à publier ce premier roman dans une société d’après-guerre lassée de ce genre de récit, très répandu pendant la période du conflit.

Joseph Kessel, L’Équipage, 1923
Brancardier durant quelques mois en 1914, Joseph Kessel rejoint l’aviation à la fin de l’année 1916. Il s’inspire de cette expérience pour rédiger ce récit qui raconte les aventures d’Herbillon, un jeune homme qui quitte sa famille et celle qu’il aime pour s’engager dans l’aviation. Kessel offre dans ce récit une vision assez idéalisée de la guerre, qui n’apparaît qu’en arrière-plan, mettant surtout en avant le courage et la fraternité des hommes face à la mort.

Ernest Hemingway, L’Adieu aux armes, 1929
D’inspiration autobiographique, ce roman est écrit à la première personne. L’histoire se déroule en Italie pendant la Grande Guerre. Elle raconte l’histoire d’amour tragique entre Frederic Henry, un ambulancier américain engagé dans la Croix-Rouge italienne (comme le fut Hemingway), et Catherine Barkley, une infirmière anglaise.

Erich Maria Remarque, À l’ouest rien de nouveau, 1929
Erich Maria Remarque s’inspire de son expérience personnelle de la guerre pour écrire ce roman pacifiste qui connut un succès mondial. Le héros, Paul Bäumer, est un jeune soldat allemand de 19 ans. Influencé par la propagande patriotique, il s’engage volontairement et découvre sur le front ouest l’horreur de la guerre. Ce roman, considéré comme relevant de l’« art dégénéré » par les nazis, subira les autodafés allemands en 1933.

Robert Musil, L’Homme sans qualités, 1930-1932
Robert Musil participe à la Première Guerre mondiale, notamment sur le front italien. Démobilisé en 1916 pour une neurasthénie dépressive, il fait la connaissance de Franz Kafka lors d’un séjour dans un hôpital de Prague. Il finit ensuite la guerre dans le service de presse de l’armée. C’est à partir de notes prises entre 1915 et 1917 dans des carnets qu’il écrit le roman L’Homme sans qualités, considéré comme son chef-d’œuvre par la critique.

Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit, 1932
Ce récit à la première personne, largement inspiré de la vie de l’auteur, est mené par Ferdinand Bardamu. Dans les premiers chapitres, le personnage raconte l’enfer de la Première Guerre mondiale et la violence absurde des tranchées. Ce premier roman de Céline manque de deux voix le prix Goncourt mais obtient le prix Renaudot. Il est remarquable pour son style caractérisé par l’utilisation de points de suspension, d’onomatopées, de langage « oral » et argotique. L’auteur, blessé à la guerre et traumatisé par cette expérience, dénonce toute forme d’héroïsme : pour lui, la seule option raisonnable face à la folie guerrière est la lâcheté.

Roger Vercel, Capitaine Conan, 1934
Dans ce roman partiellement autobiographique, Roger Vercel s’inspire de sa participation à la Grande Guerre, notamment sur le front d’Orient au cours de l’année qui suit l’Armistice. En 1918, les hommes du Capitaine Conan ne sont pas démobilisés : ils sont envoyés en mission de soutien en Roumanie. Mais ces soldats, qui sont plongés dans l’inaction, ont du mal à respecter les lois de la vie civile. Norbert, narrateur et ami de Conan, est chargé d’enquêter sur des méfaits de ce type en vue de traduire les soldats incriminés devant le conseil de guerre. Mais Conan est accusé de meurtre : Norbert abandonne son nouveau poste en refusant d’accuser son camarade. Le roman a reçu le prix Goncourt.

Jean Giono, « Recherche de la pureté », 1939
Ce texte autobiographique est publié en préface des Carnets Moleskine de Lucien Jacques (Gallimard, 1939). Il s’agit d’un pamphlet qui témoigne des positions pacifistes de Giono dans les années 1930. L’auteur, qui a été traumatisé par son expérience de la Première Guerre mondiale, est condamné à deux mois de prison pour appel à la désertion. Ce texte a été réédité en 2013 dans le recueil Écrits pacifistes. D’autres textes de Giono dénoncent l’horreur de la guerre, tel le roman Le Grand Troupeau, publié en 1931, ou « Refus d’obéissance » (1934), un texte que l’on retrouve aussi dans le recueil Écrits pacifistes.

Blaise Cendrars, La Main coupée, 1946
En août 1914, le poète Blaise Cendrars s’engage comme volontaire dans l’armée française. Il combat sur le front de la Somme puis participe à la grande offensive de Champagne. Grièvement blessé lors d’un assaut le 28 septembre 1915, il est amputé de son bras droit… d’écrivain. Dans La Main coupée, Cendrars raconte l’année qu’il a passée au front en condamnant les idéologies qui ont déchaîné et exploité la violence. On retrouve aussi le récit de son amputation dans la nouvelle autobiographique J’ai saigné, écrite en 1938 (Paris, Hatier, coll. « Classiques et Cie. Collège », 2012). En 1919, Cendrars assistera aussi le réalisateur Abel Gance lors du tournage du film pacifiste J’accuse.

Anthologies de lettres

Jean-Pierre Guéno, Paroles de poilus. Lettres et carnets du front, 1914-1918, 1993

« Ils avaient dix-sept ou vingt-cinq ans. Se prénommaient Gaston, Louis, René. Ils étaient palefreniers, boulangers, colporteurs, bourgeois ou ouvriers. Ils devinrent soudainement artilleurs, fantassins, brancardiers… Voyageurs sans bagage, ils durent quitter leurs femmes et leurs enfants et revêtir l’uniforme mal coupé, chausser les godillots cloutés… Sur huit millions de mobilisés entre 1914 et 1918, plus de deux millions de jeunes hommes ne revirent jamais le clocher de leur village natal. Plus de quatre millions subirent de graves blessures… Huit mille personnes ont répondu à l’appel de Radio France visant à collecter les lettres, jusqu’ici éparpillées, de ces Poilus. Cet ouvrage en présente une centaine. »

Poésie

John McCrae, « In Flanders Fields », mai 1915

On reconnaît le coquelicot comme le symbole du souvenir à la mémoire des soldats du Canada, des pays du Commonwealth britannique et des États-Unis qui sont morts à la guerre. Cette fleur doit son importance au poème "Au champ d’honneur” composé par le major John McCrae (nommé plus tard lieutenant-colonel), un chirurgien dans l’artillerie canadienne, au cours de la deuxième bataille d’Ypres, en Belgique, en mai 1915. Les références au coquelicot aux première et dernière strophes du poème de la guerre le plus lu et le plus souvent cité ont contribué à donner à la fleur le statut d’emblème du souvenir et de symbole d’une croissance nouvelle parmi la dévastation laissée par la guerre. 

Au champ d’honneur

Au champ d’honneur, les coquelicots
Sont parsemés de lot en lot
Auprès des croix ; et dans l’espace
Les alouettes devenues lasses
Mêlent leurs chants au sifflement
Des obusiers.
Nous sommes morts
Nous qui songions la veille encor’
À nos parents, à nos amis,
C’est nous qui reposons ici
Au champ d’honneur.
À vous jeunes désabusés
À vous de porter l’oriflamme
Et de garder au fond de l’âme
Le goût de vivre en liberté.
Acceptez le défi, sinon
Les coquelicots se faneront
Au champ d’honneur.
   
Adaptation française du poème « In Flanders Fields » de John McCrae par le Major Jean Pariseau

Wilfred Owen, « Dulce et decorum est », 1917
Dans ce poème écrit en octobre 1917 et publié à titre posthume en 1920, ce jeune Britannique dénonce l’exaltation guerrière d’un célèbre vers du poète latin Horace : « Il est doux et honorable de mourir pour la patrie. » Il meurt à 25 ans, le 4 novembre 1918, sept jours avant l’Armistice.

Dulce et decorum est

Pliés en deux, tels de vieux mendiants sous leur sac,
Harpies cagneuses et crachotantes, à coups de jurons
Nous pataugions dans la gadoue, hors des obsédants éclairs,
Et pesamment clopinions vers notre lointain repos.
On marche en dormant. Beaucoup ont perdu leurs bottes
Et s’en vont, boiteux chaussés de sang, estropiés, aveugles ;
Ivres de fatigue, sourds même aux hululements estompés
Des Cinq-Neuf distancés qui s’abattent vers l’arrière.

Le gaz ! Le gaz ! Vite, les gars ! Effarés et à tâtons
Coiffant juste à temps les casques malaisés ;
Mais quelqu’un hurle encore et trébuche
Et s’effondre, se débattant, comme enlisé dans le feu ou la chaux…
Vaguement, par les vitres embuées, l’épaisse lumière verte,
Comme sous un océan de vert, je le vis se noyer.

Dans tous mes rêves, sous mes yeux impuissants,
Il plonge vers moi, se vide à flots, s’étouffe, il se noie.

Qu’en des rêves suffocants vos pas à vous aussi
Suivent le fourgon où nous l’avons jeté,
Que votre regard croise ces yeux blancs convulsés,
Cette face qui pend, comme d’un démon écœuré de péché ;
Que votre oreille à chaque cahot capte ces gargouillis
De sang jaillissant des poumons rongés d’écume,
Ce cancer obscène, ce rebut d’amertume tel, immonde,
L’ulcère à jamais corrompant la langue innocente,
Ami, avec ce bel entrain plus ne direz
Aux enfants brûlant de gloire désespérée,
Ce Mensonge de toujours : Dulce et decorum est
Pro patria mori.


Poème de Wilfred Owen, « Dulce et décorum est », 1917, in Et chaque lent crépuscule de Wilfred Owen, traduction de Xavier Hanotte, Bordeaux, Castor Astral, 2012.

Guillaume Apollinaire, Calligrammes, Poèmes de la paix et de la guerre, 1918 ; Poèmes à Lou, 1947
En novembre 1914, Apollinaire s’engage volontairement dans l’armée française. Blessé à la tête en 1915, il meurt en 1918 de la grippe espagnole après avoir publié ses Calligrammes qu’il dédie à un camarade mort au champ d’honneur en 1917. Parmi ces « jeux d’écriture », on peut retenir « La colombe poignardée et le jet d’eau ».
En 1914, Apollinaire fait aussi la rencontre de Lou, avec qui il passe une semaine à Nîmes. Apollinaire lui écrit tous les jours, entre 1914 et 1916, des lettres et des poèmes (Poèmes à Lou) qui seront publiés après sa mort, en 1947.

Guillaume Apollinaire, La Colombe poignardée et le jet d’eau, 1918, calligramme
Paris, Bibliothèque Littéraire Jacques Doucet.

Nicolaï Gumilëv, « L’ouvrier », 1918
Homme de lettres et historien russe marié puis divorcé de la poétesse Anna Akhmatova, Nicolaï Gumilëv est le chef de file de la Guilde des poètes. Engagé dans le corps expéditionnaire russe en France, en 1914, il s’oppose ouvertement au régime bolchevique et sera exécuté en 1921.

L’ouvrier

Il est devant son fourneau qui brûle.
C’est un homme vieillissant, petit.
Son regard calme a l’air humble
Parce qu’il cligne ses yeux rougis.

Tous ses camarades sont endormis.
Mais lui ne dort pas encore.
Il est occupé à fondre la balle
Qui me séparera de la vie.

Il a fini ; ses yeux sont animés.
Il peut rentrer. La lune brille.
Chez lui, dans le grand lit,
L’attend sa femme, somnolente et moite.

La balle qu’il a coulée sifflera
Par-dessus l’écume de la Divina grise,
La balle qu’il a coulée trouvera
Ma poitrine qu’elle cherchait.

Je tomberai, touché à mort,
Je reverrai défiler mon passé,
Mon sang coulera à flots
Sur l’herbe sèche, poussiéreuse, piétinée.

Dieu alors paiera le prix
De ma vie brève et amère.
En blouse grisâtre, vieillissant,
Un petit homme a fait cela.

Poème de Nicolaï Gumilëv, « L’ouvrier », 1918, in Poèmes, traduction de Serge Fauchereau, Neuilly-lès-Dijon, Éditions du Murmure, 2003.

Théâtre

Jean Giraudoux, La guerre de Troie n’aura pas lieu, 1935
L’auteur, qui a été blessé durant la Première Guerre mondiale, est un ardent pacifiste. Il écrit cette pièce à l’aube de la Seconde Guerre mondiale, établissant un parallèle entre la situation en Europe, où tout le monde voit venir la guerre sans rien faire, et celle de l’Antiquité face à une guerre de Troie annoncée par Cassandre que personne ne veut croire. La pièce est créée par Louis Jouvet et sa troupe le 22 novembre 1935 au théâtre de l’Athénée.

Romans contemporains

Depuis une trentaine d’années, la littérature contemporaine s’est emparée du thème de la Première Guerre mondiale, comme pour remplacer les voix des derniers poilus disparus. Le prix Goncourt 2013 attribué au roman de Pierre Lemaître, Au revoir, là-haut – qui débute dans une tranchée –, témoigne de cette tendance. Les récits à la première personne sont privilégiés mais ces fictions, très documentées, donnent la parole à des témoins que l’on avait moins entendus dans les écrits des écrivains mobilisés, comme les femmes et les enfants.

Roch Carrier, La Guerre, Yes Sir!, 1968
Roch Carrier est surtout connu pour son premier roman, La Guerre, Yes Sir!, paru en 1968, qui a été traduit en anglais et adapté au théâtre et au cinéma. L’histoire, très allégorique, prend place autour de la veillée et de la cérémonie mortuaires d’un héros de guerre. Sise dans le Québec profond durant la Première Guerre mondiale, elle traite des thèmes de la conscription et des relations tendues entre les communautés francophone  et anglophone à cette époque.

Jean Rouaud, Les Champs d’honneur, 1990
L’auteur retrace son histoire familiale au travers de courtes biographies. Il évoque notamment la disparition de deux frères de la famille, Émile et Joseph (ses grands-oncles), victimes de la Grande Guerre en 1916. Plus que l’horreur des tranchées, les Champs d’honneur dépeint le vide et la souffrance créés par la Grande Guerre. Ce roman a obtenu le prix Goncourt.

Joseph Boyden, Le Chemin des âmes, 2006
Ce premier roman de Boyden s’inspire de l’histoire réelle d’un Amérindien et rend hommage aux autochtones canadiens engagés dans la Grande Guerre. Deux Cris, Xavier et Elijah, se sont enrôlés. Xavier, de retour au pays, voyage durant trois jours en canot pour retourner chez lui. Il revit alors les moments difficiles et traumatisants de son expérience combattante.

Sébastien Japrisot, Un long dimanche de fiançailles, 1991
Cinq soldats qui veulent échapper à l’enfer des tranchées se mutilent volontairement en espérant obtenir une permission. Pris sur le fait, ils sont condamnés à mort pour l’exemple. Mais Mathilde, la petite amie de Manech, l’un d’entre eux, ne veut en aucun cas croire en la mort de son fiancé et enquête afin de pouvoir le retrouver. Ce roman policier historique a reçu le prix Interallié et a été adapté au cinéma par Jean-Pierre Jeunet en 2004.

Marc Dugain, La Chambre des officiers, 1998
Ce bref roman évoque « les gueules cassées », les soldats défigurés durant la Première Guerre mondiale comme le jeune lieutenant Adrien qui, entre les mains des chirurgiens et les soins de son infirmière, commence à s’accepter et amorce son retour à la vie sociale. Le roman est un succès de librairie couronné par une vingtaine de prix littéraires. Il a été adapté au cinéma par Marc Dupeyron en 2000.

Laurent Gaudé, Cris, 2001
Pour son premier roman, Laurent Gaudé imagine un récit polyphonique : on découvre la guerre, au front et à l’arrière, à travers différentes voix, différents cris : ceux de Jules, de Marius, de Boris, de Ripoll, de Rénier, de Barboni ou de M’Bossolo. Chacun agit et réagit à sa manière face à l’horreur et à la folie des combats.

Alice Ferney, Dans la guerre, 2003
L’auteur suit l’itinéraire de Jules, un paysan landais, depuis son ordre de mobilisation en août 1914, jusqu’à l’Armistice. Alice Ferney relate le quotidien des tranchées et celui des femmes restées à l’arrière, à la terre, dans l’attente.

Claude Michelet, En attendant minuit, 2003
L’auteur évoque alternativement deux heures de la vie de deux personnages vivant la guerre à la fin de l’année 1916 : Jean, qui attend la relève dans sa tranchée, et sa femme Marthe, qui se retrouve seule avec son angoisse dans sa ferme de Brive.

Bénédicte des Mazery, La Vie tranchée, 2008
Louis Saint-Gervais, un soldat réformé pour blessure, est affecté au service du contrôle postal : le jeune homme doit censurer les lettres de ses camarades du front. Dans son roman, l’auteur cite des lettres de poilus authentiques. L’ouvrage existe dans une édition simplifiée (notes, questionnaires et dossier d'accompagnement par Isabelle de Lisle, Paris, Hachette Éducation, coll. « Classiques Hachette. Bibliocollège », n° 75, 2009).

Pierre Lemaître, Au revoir là-haut, 2013
Le récit débute dans l’enfer des tranchées. Deux rescapés – l’un traumatisé, l’autre défiguré – tentent de poursuivre leur vie après la fin de la guerre. Ils décident de prendre leur revanche en réalisant une escroquerie aux monuments aux morts aussi spectaculaire qu’amorale. Ce roman a reçu le prix Goncourt.

Littérature de jeunesse

Depuis une dizaine d’années, de nombreux titres de littérature jeunesse, notamment des romans historiques, sont consacrés à la Première Guerre mondiale, permettant une nouvelle approche pédagogique de cette période historique.

Michael Morpurgo, Cheval de guerre, 1982
Le récit est mené par Joey, un jeune cheval de ferme qui, après avoir été vendu à des soldats britanniques, devient un cheval de guerre : il combat au front, déplace les canons, tire les brancards pour ramener les blessés. Un jour, il est capturé par les Allemands. Ce récit a été adapté au cinéma par Steven Spielberg en 2012.

Paule du Bouchet, Le Journal d’Adèle, 1995
Adèle, une jeune paysanne de Bourgogne, a bientôt 14 ans. Elle commence son journal intime en juillet 1914 et le tiendra durant les quatre années de guerre. Elle y raconte le départ de ses frères, puis de son père, la solitude des femmes et des enfants face aux travaux des champs, la mort des proches, sa correspondance avec Lucien dont elle est la marraine de guerre.

Catherine Cuenca, La Marraine de guerre, 2001
Étienne est mobilisé depuis deux ans. Son unique réconfort lui vient de sa correspondance avec Marie-Pierre, sa marraine de guerre. Seuls ses lettres et ses colis lui permettent de supporter la peur de la mort et l’horreur des tranchées. Au cours d’une permission, il décide de rencontrer enfin celle qu’il ne connaît qu’à travers son écriture.

Yves Pinguilly, Verdun 1916, Un tirailleur en enfer, 2003
En 1915, Tierno, un jeune Guinéen, rejoint Dakar afin de poursuivre ses études. Mais là-bas, il est embarqué de force sur un navire, avec d’autres Africains, à destination de la France. Après un entraînement, il devient « tirailleur sénégalais » et part se battre à Verdun.

Michael Morpurgo, Soldat Peaceful, 2004
Dans la nuit du 24 au 25 juin 1916, Thomas Peaceful, très jeune soldat de l’armée britannique, ne veut surtout pas s’endormir, il veut se souvenir… Le roman retrace son enfance dans la campagne anglaise du début du XXe siècle, jusqu’à son engagement dans l’armée britannique et son parcours en ce début de la guerre de 1914. Un roman qui dénonce et rend hommage aux nombreux soldats qui furent injustement fusillés pour désertion ou lâcheté – dont certains seulement parce qu’ils s’étaient endormis à leur poste.

Sophie Humann, Infirmière pendant la Première Guerre mondiale, Journal de Geneviève Darfeuil, Houlgate-Paris, 1914-1918, 2012.
1917. Alors que le conflit s’éternise et que, sur le front, les hommes tombent les uns après les autres, Geneviève et sa mère intègrent plusieurs associations d’aide aux soldats. Le jour de ses 16 ans, Geneviève commence à travailler à l’hôpital d’Houlgate où elle trouve sa vocation : infirmière.

Hervé Giraud, Le Jour où l’on a retrouvé le soldat Botillon, 2013
Deux époques nous sont racontées en alternance : la guerre de 14-18, à laquelle participe le soldat Botillon, et le début du XXIe siècle, avec le récit d’une fête de famille à l’occasion des 100 ans d’une arrière-grand-mère qui n’est autre que la fille du soldat Botillon, et qui n’a jamais connu son père disparu lors des combats.

Paul Dowswell, 11 Novembre, 2014
Au matin du 11 novembre 1918, sur le front ouest, le soldat Will Franklin s’apprête à partir en mission, à la recherche de soldats allemands cachés au cœur d’une forêt. Le jeune homme, terrifié par la nouvelle épreuve qu’il doit affronter, ignore, comme ses camarades, que d’ici quelques heures la guerre sera finie.

Pour aller plus loin
Le Musée canadien de la guerre, à Ottawa, propose une liste de livres pour la jeunesse dans son dossier « Le Canada et la Première Guerre mondiale ».

Bandes dessinées

À l’exception de Benjamin Rabier, il faut attendre la fin du XXe siècle pour que la bande dessinée, alors en pleine expansion, s’empare du thème de la Première Guerre mondiale. Inspiré par l’histoire de son grand-père, Jacques Tardi s’est tout particulièrement intéressé à cette période historique et lui a consacré plusieurs albums.

Benjamin Rabier, Flambeau, Chien de guerre, 1916
En 1916, le célèbre illustrateur Benjamin Rabier imagine le personnage de Flambeau, chien de ferme devenu chien de guerre, dans un album illustré très proche de l’univers de la bande dessinée. Vilain et mal-aimé, Flambeau part à la guerre « en amateur » et triomphe toujours de l’ennemi. Une œuvre patriotique qui donne un aperçu de ce que pouvait être la propagande destinée aux enfants.

Jacques Tardi, C’était la guerre des tranchées, 1993

Jacques Tardi, Jean-Pierre Verney, Putain de guerre, 2008

Kris, Maël, Notre mère la guerre, 4 tomes, 2009-2014

Affiches de propagande

Les affiches de propagande sont incontournables, dans toute l’Europe et aux États-Unis, pour exalter l’élan patriotique : elles incitent à s’engager et surtout, à participer financièrement à l’effort de guerre en souscrivant aux emprunts d’État. Elles jouent aussi sur les peurs à travers des caricatures effrayantes de l’ennemi, telle cette affiche allemande qui représente un soldat français aux doigts crochus cherchant à s’emparer de l’Alsace.

Peintures/dessins

Au début du XXe siècle, vers 1905, et dans la continuité de l’héritage impressionniste, les peintres se réclament de Gauguin, Van Gogh et Cézanne et rompent avec l’ordre établi. Ils peignent au mépris des règles de l’Académie et transgressent le principe d’imitation du monde visible : fauvisme, cubisme, futurisme, abstraction constituent de véritables révolutions picturales qui, face aux innovations, inventions et découvertes du début du siècle (aviation et cinéma notamment), inventent une nouvelle façon de représenter la réalité et, plus, donnent à voir d’autres réalités que celles des apparences. Ces révolutions sont internationales : de Paris à Moscou, de Vienne à Berlin, de Bruxelles à Londres, les artistes échangent, correspondent, et glissent peu à peu vers l’abstraction…

La guerre de 14-18 brise l’élan de ce courant créatif. Ainsi, plusieurs mouvements d’avant-garde apparus avant 1914, comme le cubisme, disparaissent à la fin de la guerre. Braque, qui n’a pas laissé un croquis de la guerre, est blessé en 1915 ; Derain, qui passe les quatre années de la guerre dans l’artillerie, remplace à cette occasion la peinture par la photographie. Léger échappe de justesse à Verdun. D’anciens cubistes et fauves sont employés au camouflage. Certains, comme Delaunay et Picabia, quittent la France pour ne pas combattre. En Italie, la mort de Boccioni et de Sant’Elia vide le futurisme de sa substance. Par ailleurs, pour les pays en guerre, il n’est plus question de salons, d’expositions ou de débats artistiques.

Cependant, pour certains peintres qui sont mobilisés, la guerre s’impose comme sujet. Comment ont-ils représenté cette guerre d’un genre nouveau, qui ne ressemble en rien aux batailles de jadis ? Les innovations technologiques de cette première guerre industrielle, mais aussi l’effacement des hommes devant les machines et les souffrances conduisent les artistes vers de nouveaux modes d’expression. Les artistes des avant-gardes européennes, expressionnistes, cubistes, futuristes, rompent avec la peinture académique des batailles, qui utilise l’allégorie et le réalisme. Ils inventent une expression nouvelle qui rend compte de la réalité – nouvelle aussi et monstrueuse – à laquelle ils sont confrontés.

Fernand Léger, qui représentera en 1917 les soldats en hommes-robots, totalement déshumanisés, dans son tableau La Partie de cartes, écrit en mai 1915 à un ami : « C’est tout de même une guerre bien curieuse. […] C’est linéaire et sec comme un problème de géométrie. Tant d’obus en tant de temps sur une telle surface, tant d’hommes par mètre et à l’heure fixe en ordre. Tout cela se déclenche mécaniquement. C’est l’abstraction pure, plus pure que la Peinture cubiste "soi-même". Je ne te cache pas ma sympathie pour cette manière-là […] » (Fernand Léger, « Une correspondance de guerre », Cahiers du musée national d’Art moderne, Paris, 1990).

Fernand Léger, La Partie de cartes, 1917
Huile sur toile (H : 1,29 m ; L : 1,93 m), Otterlo, musée Kröller-Müller.

Le Britannique Nevinson et le futuriste italien Severini ressentent eux aussi que la guerre moderne doit être peinte de manière moderne. Il est impossible de représenter les explosions des obus, ou le déchaînement de l’artillerie : il ne faut plus imiter, il faut transcrire. Pour exprimer la déshumanisation et la violence de la guerre, ces peintres vont briser les lignes, délaisser le détail, pour faire éclater les couleurs.

Christopher Nevinson, Explosion d’obus (Bursting shell), 1915
Huile sur toile (H : 0,76 m ; L : 0,56 m), Royaume-Uni, Londres, Tate Collection.
Gino Severini, The War (La Guerre), 1914
Huile sur toile, Allemagne, Munich, Pinakothek der Moderne, Sammlung Moderne Kunst.

Les expressionnistes allemands, pour leur part, vont vers l’expression des angoisses humaines – tel le cri de désespoir « sidéral » qui résonne dans l’œuvre fameuse d’Edvard Munch, que l’on peut considérer comme le précurseur de ce mouvement. La forme expressionniste utilise un trait nerveux et des déformations qui font jaillir émotions et sentiments. Parmi eux, Otto Dix se distingue particulièrement, qui consacre une grande partie de son œuvre à la représentation de la guerre et aux séquelles qu’elle laisse dans la société allemande. La plupart de ses tableaux seront plus tard considérés comme de « l’art dégénéré » par les nazis.

Otto Dix, Autoportrait en soldat, 1914
Huile sur papier (H : 68 cm ; L : 53,5 cm), Allemagne, Stuttgart, Kunstmuseum Stuttgart.
Otto Dix, La Guerre (triptique), 1929
Contreplaqué, huile sur bois (panneau central : H : 2,04 m ; L : 2,04 m ; panneau droit et gauche : H : 2,04 m ; L : 1,02 m ; prédelle : H : 0,60 m ; L : 2,04 m), Allemagne, Dresde, Staatliche Kunstsammlungen, Gemäldegalerie Neue Meister.

Enfin, il faut noter que la guerre est couverte par des photographes, des peintres et illustrateurs officiels comme François Flameng, dont les nombreux croquis et dessins sont parus dans la revue L’Illustration.

Pour exemple, voici d’autres œuvres inspirées par la Grande Guerre :

  • Erich Heckel, Zwei Verwundete, 1915, Xylographie sur papier, Allemagne, Essen, musée Folkwang.
  • Félix Vallotton, Les Barbelés, 1916, Galerie Paul-Vallotton, Lausanne.
  • Oskar Kokoschka, Isonzo-Front (Le Front d’Isonzo), 1916, Musée Jenisch, Vevey.
  • George Grosz, Explosion, 1917, Museum of Modern Art, New York.
  • Marcel Gromaire, La Guerre, 1925, Musée d’Art moderne de la Ville de Paris.

À Ottawa, la salle du Sénat contient une série de grandes peintures sur la Grande Guerre, commissionnées par le Canada mais pour la plupart exécutées par des Britanniques. Il est facile d’obtenir une brochure sur le sujet (voir Internet). Le Musée canadien de la guerre possède également une imposante collection de peintures réalisées par des Canadiens dont le sujet est la Grande Guerre, à la fin du conflit ou tout de suite après. Entre 2000 et 2005, une exposition itinérante de 60 œuvres de cette collection méconnue du musée a circulé dans le pays, donnant lieu à la brochure Tableaux de guerre, Chefs-d’œuvre du Musée canadien de la guerre (2001). Enfin, on trouve un excellent article de Laura Brandon sur l’art de guerre et les membres du Groupe des Sept sur le site du Musée canadien de la guerre. Tous ceux qui sont nommés ne sont pas allés outre-mer, mais on les a souvent embauchés sur la fin de la guerre pour compléter ce que les Anglais avaient fait jusque-là. La peinture de ceux du Groupe des Sept qui ont participé aux combats ou ont eu l’occasion de voir tout de suite après la guerre les dommages qu’elle avait causés, reste marquée par cette expérience. Une peinture de A.Y. Jackson, un combattant, faite en Europe durant la guerre est à rapprocher d’autres qu’il a plus tard faites au nord de l’Ontario.

Sculptures et monuments

Les sculptures et monuments sont essentiellement des objets commémoratifs. Le monument aux morts fut particulièrement important après la guerre. On en trouve dans pratiquement tous les villages et villes de France.

  • Eugène-Paul Benet, Le Poilu victorieux, 1920, monument aux morts (une centaine d’exemplaires en France
  • Walter Allward, Parc mémorial canadien de Vimy, 1935-1936, Nord-Pas de Calais, France
  • Constantin Brancusi, La Colonne sans fin, 1937, Targu Jiu, Roumanie
Parc mémorial canadien de Vimy, Pas-de-Calais, 2013

Cinéma

L’historien du cinéma Laurent Veray distingue quatre phases dans la représentation de la Première Guerre mondiale au cinéma. Durant le conflit même, le cinéma joue un rôle important. C’est la première fois que la guerre est filmée. Que ce soient des fictions, des documentaires ou les bandes d’actualité, les films servent la propagande : il s’agit souvent de représentations patriotiques qui glorifient l’acte guerrier. Dans cette veine, le film La Bataille de la Somme, qui est réalisé à la demande du gouvernement britannique, sort en salles à Londres en 1916. Aux États-Unis, Charlie Chaplin réalise en 1918 le film The Bond, qui exhorte à la souscription aux « Liberty Bonds ». Après la guerre, et surtout dans les années 1930, le cinéma représente la guerre dans une volonté pacifique, voire pacifiste. Puis la Seconde Guerre mondiale éclipsera la Grande Guerre pendant un temps, mais celle-ci fera un retour au cinéma dans les années 1960-1970, dans une vision plus transgressive et plus antimilitariste encore : dans le contexte de la décolonisation, la guerre de 14-18 permet de dénoncer d’autres conflits. Enfin, dans les années 1990, avec le retour de la guerre en Europe et à Sarajevo, la Première Guerre mondiale est largement reprise et représentée, comme le point de départ de l’histoire européenne.

Malins, McDowell, La Bataille de la Somme (The Battle of the Somme), 1916
Ce film britannique réalisé par Geoffrey H. Malins et John B. MacDowell en 1916, dès le début de la bataille de la Somme (1er juillet 1916), est considéré comme le premier long métrage documentaire sur la guerre. Il sort à Londres quelques semaines après cette date. Il montre les soldats en action, en mélangeant des événements réels et des actions reconstituées. L’objectif initial du film était de servir à remonter le moral de l’arrière afin de stimuler la mobilisation mais les images, qui laissent apparaître la violence de la guerre moderne, choquent au contraire. Trente salles projettent le film à Londres ; à l’automne 1916, 20 millions de Britanniques l’ont vu. La Bataille de la Somme compte parmi l’un des films que la censure canadienne accepte, et même, elle encourage sa diffusion.

Abel Gance, J’accuse, 1919
Ce film muet qui représente la mort de masse est l’un des tout premiers longs métrages pacifistes. Les morts y sont joués par des soldats permissionnaires qui retourneront au combat après le tournage. Le réalisateur y fait aussi figurer des gueules cassées. Abel Gance en réalisera une seconde version, parlante, en 1937. « Le film met en relief deux hommes que tout sépare issus d’un même village. L’un, Jean Diaz, est poète et porte la joie de vivre, l’autre, François Laurin, est une brute qui rend sa femme, Édith, contrainte au mariage par son père, malheureuse. Jean et Édith tombent amoureux. La guerre éclate. Jean et François apprennent à se connaître pendant la guerre. Édith est déportée en Allemagne comme toutes les femmes de son village. Elle est violée par des soldats et parvient à s’échapper et rentre chez elle. Mais François meurt à la guerre, quant à Jean, il devient fou, il a des visions macabres qui dénoncent et accusent les horreurs de la guerre et il finit par mourir également. »

Léon Poirier, Verdun, visions d’Histoire, 1928
Sorti à l’occasion de la commémoration des 10 ans de l’Armistice, ce film qui retrace la bataille de Verdun est à mi-chemin entre le documentaire et l’œuvre de fiction. Il est composé de trois actes ou « visions » : la Force, l’Enfer et le Destin.

Lewis Milestone, À l’Ouest rien de nouveau, 1930 (d’après le roman d’Erich Maria Remarque)

Raymond Bernard, Les Croix de Bois, 1931 (d’après le roman de Dorgelès).

Jean Renoir, La Grande Illusion, 1937
« […] Deux soldats français sont faits prisonniers par le commandant von Rauffenstein, un Allemand raffiné et respectueux. Conduits dans un camp de prisonniers, ils aident leurs compagnons de chambrée à creuser un tunnel secret. Mais à la veille de leur évasion, les détenus sont transférés. Ils sont finalement emmenés dans une forteresse de haute sécurité dirigée par von Rauffenstein. Celui-ci traite les prisonniers avec courtoisie […] Mais les officiers français préparent une nouvelle évasion. »

Stanley Kubrick, Les Sentiers de la gloire, 1957
Dans ce film en noir et blanc (d’après le livre éponyme de Humphrey Cobb, 1935), Kubrick aborde le rôle qu’ont joué certains officiers en défendant des soldats accusés d’abandon de poste. En 1916, un général veut faire fusiller la totalité des soldats encore en vie après un assaut, les accusant de lui avoir désobéi en refusant d’aller au front comme les autres… Il est tempéré par le colonel Dax : seuls trois soldats désignés au hasard seront jugés et tués « pour l’exemple »… Cette œuvre fut censurée en France pendant près de 20 ans, par peur de « porter atteinte à la dignité de l’armée française ».

Bertrand Tavernier, Capitaine Conan, 1996 (d’après le roman de R. Vercel)

François Dupeyron, La Chambre des officiers, 2000 (d’après le roman de M. Dugain)

Jean-Pierre Jeunet, Un long dimanche de fiançailles, 2004 (d’après le roman de S. Japrisot)

Christian Carion, Joyeux Noël, 2005
Ce film évoque la trêve de Noël de 1914 durant laquelle les camps ennemis ont fraternisé, au grand dam de l’état-major.

Paul Gross, La Bataille de Passchendaele, 2007
« Se déroulant durant la Première Guerre mondiale, La Bataille de Passchendaele raconte l’histoire du sergent Michael Dunne […], un soldat qui est brutalement blessé en France et qui retourne à Calgary émotionnellement et physiquement éprouvé. Lors de son séjour à l’hôpital militaire de Calgary, il rencontre Sarah […], une infirmière mystérieuse et attirante avec qui il développe une passion amoureuse. Lorsque le jeune frère asthmatique de Sarah, Davis […], s’enrôle pour combattre en Europe, Michael se sent contraint de retourner à la guerre pour le protéger. Michael et David, comme de milliers d’autres Canadiens, vont participer à la troisième bataille contre d’impossibles forces, qu’on appelle communément ?Passchendaele”. C’est une histoire de passion, de courage et de dévouement, qui montre l’héroïsme de tous ceux qui ont combattu à la guerre, et de ceux qui les ont appuyés. »

Musique et chansons

Comme les autres artistes, les musiciens et compositeurs français s’engagent dans la guerre. Arnold Schonberg, le père du dodécaphonisme, et Claude Debussy s’engagent par patriotisme, chacun dans un camp opposé. Le compositeur Maurice Ravel, qui rêve de participer à la guerre, sera cependant réformé à cause de sa trop petite taille. Certains musiciens compositeurs joueront à proximité des lignes pour soutenir le courage des soldats (quatuor du général Mangin). La chanson a également joué un grand rôle dans les tranchées : patriotique, grivoise ou contestataire, elle permettait aux soldats de se donner du courage. Enfin, l’arrivée des soldats afro-américains sur le continent européen va contribuer à la diffusion d’une nouvelle musique : le jazz. Tout au long du XXe siècle, la Grande Guerre continuera à inspirer de grands noms de la chanson française.

Claude Debussy, « Les soirs illuminés par l’ardeur du charbon », 1917
En février 1917, Debussy compose cette courte pièce, aux accents de désespoir et d’abandon, dont le titre est un vers de Charles Baudelaire.

Gustav Holst, Les planètes, Mars, celui qui annonce la guerre, composée en 1914, créée en 1918
Œuvre symphonique dans laquelle les rythmes martelés et les dissonances exaltent l’élan et le courage des combattants. Cette marche guerrière puissante et chaotique, parfois utilisée au cinéma, a influencé les compositeurs de musiques de films notamment John Williams (musique de Star Wars).

Maurice Ravel, Concerto pour la main gauche, 1929-1931
Ce concerto pour piano et orchestre en un seul mouvement a été composé entre 1929 et 1931 et créé à Vienne le 5 janvier 1932 par le pianiste autrichien Paul Wittgenstein, qui avait perdu son bras doit sur le front russe. Cette œuvre, destinée à n’être jouée que de la main gauche, nécessite une incroyable virtuosité.

La Chanson de Craonne, 1915
Cette chanson contestataire fut censurée par le commandement militaire pour ses paroles subversives et antimilitaristes.

Jacques Brel, La Colombe, 1959
Cette chanson n’évoque pas la guerre de 14-18 en particulier, mais la guerre en général. C’est une chanson pacifiste écrite dans le contexte de la guerre d’Algérie.

Barbara, Le Verger en Lorraine, 1962 (paroles de J. Poissonnier)

Maxime le Forestier, Les Lettres, 1975
Cette chanson, écrite à partir de lettres retrouvées dans un grenier, évoque la correspondance entre un mari mobilisé et sa femme.

Michel Sardou, Verdun, 1979

Notes

bibliographie - sitographie

© Réseau Canopé, 2015