L’engagement de l'État

Programmes scolaires français : Histoire - 3e, 1re • Équivalence canadienne : Secondaire, 2e cycle

Introduction

À Paris, le 8 mars 1918, suite à une interpellation à la Chambre des députés, le président du Conseil et ministre français de la guerre, Georges Clemenceau, répond : 

[…] Ah ! Moi aussi j’ai le désir de la paix le plus tôt possible et tout le monde la désire, il serait un grand criminel celui qui aurait une autre pensée […]. Ce n’est pas en bêlant la paix qu’on fait taire le militarisme prussien. […] Ma politique étrangère et ma politique intérieure, c’est tout un. Politique intérieure, je fais la guerre ; politique extérieure, je fais toujours la guerre. Je fais toujours la guerre. [...] La Russie nous trahit, je continue de faire la guerre. La malheureuse Roumanie est obligée de capituler : je continue de faire la guerre, et je continuerai jusqu’au dernier quart d’heure.

Cette citation illustre bien la mobilisation totale et entière des États et de la politique des gouvernements pour mettre un terme à la guerre et remporter la victoire. Cette situation de guerre modifie aussi parfois, de manière ponctuelle, les règles et le cours de la vie politique dans les démocraties : les divisions entre partis, voire les querelles, sont largement mises en sommeil. Par exemple en France, en août 1914, les députés répondent unanimement à l’appel à « l’Union sacrée » lancé par le président de la République Poincaré et soutiennent un gouvernement composé de ministres de différentes obédiences. Dans les pays belligérants, le champ d’intervention de l’État est très fortement élargi pour organiser l’effort de guerre : la mobilisation des hommes, leur recrutement, leur entraînement, la mobilisation des civils, des travailleurs et travailleuses, le ravitaillement, la fabrication du matériel et son financement, la mobilisation des esprits… L’État prend tout en charge.

La déclaration de guerre de l’Empire allemand, signée par le Kaiser Guillaume II le 31 juillet 1914 et contresignée par le chancelier Theobald von Bethmann-Hollweg au Nouveau Palais, à Postdam
Ordre de mobilisation générale des Armées de terre et de mer signé du 2 août 1914
Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie [ENT QB-1 (1914)-FT6].

Au Canada, le gouvernement peut diriger par décrets. La quasi-unanimité qui existe aux Communes en 1914 disparaîtra lorsque la question de la conscription sera soulevée.

La mobilisation des combattants canadiens se fait sur la base du volontariat, sans tenir compte du plan de mobilisation dressé par l’état-major. Le ministre, Sam Hughes, demande à ce que tous les volontaires se retrouvent dans une toute nouvelle base, à Valcartier, au nord de Québec. Sur place, les hommes sont envoyés dans de nouveaux bataillons qu’on numérote : aucune place n’est laissée aux bataillons de la milice qui existaient jusque-là. Rapidement, plus de 30 000 hommes et femmes sont ainsi rassemblés, qui partiront pour la Grande-Bretagne au début d’octobre 1914.

Cette mobilisation initiale ne tient pas compte des Canadiens français et des voix s’élèvent pour que cette situation soit modifiée. C’est ainsi qu’un bataillon canadien français est créé au sein du deuxième contingent de volontaires qui part pour la Grande-Bretagne en mai 1915 : ce bataillon porte le numéro 22 dans l’ordre de bataille dressé par Sam Hughes.

Entre les lignes - Le rôle de l'officier (08:13)

Les officiers devaient avoir un moral à toute épreuve et servaient de modèles pour leurs troupes. Ce film nous donne un aperçu des responsabilités des officiers et de la structure des forces canadiennes de la Première Guerre.
Réalisé par Claude Guilmain, produit par Anne-Marie Rocher
© Office national du film du Canada, 2008

Des États qui mettent en place une véritable économie de guerre industrielle

Si les femmes qui travaillent dans les usines s’arrêtaient vingt minutes, les Alliés perdraient la guerre.

Cette déclaration du général Joffre rend compte de ce que l’on appelle la « crise des obus », en 1915, caractérisée par un manque important et brutal de munitions, induit par l’utilisation exponentielle de l’artillerie dès le tout début de la guerre des tranchées. Cette crise ne concerne toutefois pas uniquement les obus mais ’tout l’approvisionnement en armes et en munitions. En réponse à cette situation, plusieurs pays créent ’un ministère spécialement dédié, avec des pouvoirs renforcés, comme par exemple le Royaume-Uni, où la production de fournitures militaires des usines de tous les pays du Commonwealth, notamment celles du Canada, est réorganisée sous la tutelle d’une Commission impériale des munitions (CIM), à laquelle s’ajoute la création d’un ministère des Forces armées outre-mer, afin de faciliter l’administration et la gestion de l’ensemble des troupes du Commonwealth. Le Canada, pour sa part, crée en 1916 en Grande-Bretagne, le ministère des Forces militaires du Canada au Royaume-Uni afin que tout ce qui concerne les forces canadiennes en Europe puisse être discuté sur place, à travers un organisme politique canadien reconnu et indépendant de la Grande-Bretagne. Ce sont les États eux-mêmes qui prennent en charge la mise en place d’une véritable économie de guerre afin d’assurer la production industrielle et agricole nécessaire pour tenir sur la durée et vaincre l’ennemi.

Des milliers d’usines de production industrielle de masse de douilles, d’amorces, d’explosifs et de toutes pièces d’artillerie, de véhicules, d’armes, de munitions, etc., sont créées dans tous les pays belligérants, mobilisant la plus grande partie des ressources humaines, minières et chimiques. Il faut aussi prévoir des ateliers sécurisés de chargement de millions de munitions et, bien sûr, mettre en place les filières de récupération des millions de douilles et de tous les métaux, ainsi que des contenants d’obus. Dans l’urgence, cette production est réalisée par les entreprises existantes, qui reconvertissent ainsi leurs chaînes de production afin de se mettre au service de la production d’armement.

Travailleurs dans un entrepôt d’obus en juillet 1917 au National Shell Filling Factory, Chilwell, Nottinghamshire, Royaume-Uni
Photographie de Horace Nicholls, Imperial War Museums, Photograph Archive Collection.

L’industrie automobile jouera un rôle essentiel. Tous les constructeurs se reconvertissent tout ou partie dans l’armement. En France, André Citroën, fabricant de voitures, répond à l’appel du gouvernement français qui demande aux industriels de produire en urgence au moins 100 000 obus par jour, la production des arsenaux français, qui n’en produisent que 13 000 au maximum, se révélant insuffisante. En moins de trois mois, Citroën crée ainsi une usine de production à la chaîne qui fabrique jusqu’à 10 000 obus par jour, en la spécialisant uniquement sur les obus à balles de type Shrapnel. Le constructeur s’engage à produire un million d’obus de ce type en 200 jours, pour un contrat de 24 millions de francs avec l’État. Pour ce faire, Citroën agrandit son usine du quai de Javel, à Paris, qui est particulièrement bien reliée aux réseaux de transports, par la Seine d’une part, et le chemin de fer d’autre part : 18 000 m² d’ateliers sont ainsi érigés en deux mois. Grâce à de lourds investissements, la production dépasse largement les objectifs, atteignant jusqu’à 50 000 obus par jour en 1917. De 1915 à 1918, Citroën produira environ 26 millions d’obus.

La moitié des employés de l’usine sont des femmes et les équipes, de jour et de nuit, y travaillent 11 heures par jour, dimanche compris. En France, en 1918, on estime que l’industrie d’armement complète aurait produit 261 000 obus par jour.

Toujours en France, l’entreprise Renault reçoit elle aussi l’ordre de fabriquer des obus en grande quantité de la part de l’État. En septembre 1914, 1 200 taxis Renault sont réquisitionnés par le général français Gallieni pour transporter des renforts sur le front afin de stopper l’avancée allemande. Pendant quatre ans, l’industriel Louis Renault participe personnellement intensivement à l’effort de la guerre. En plus des voitures, des camions, des tracteurs, des obus, il construit des éléments de fusils et de canons, des moteurs d’avion. Renault livre aussi à l’armée tous les types de voitures de sa gamme de 1914. En 1917, avec l’appui du général Estienne, l’industriel dessine et construit le premier char mitrailleur léger Renault FT 17, un engin dont les caractéristiques constituent une importante avancée technologique.

La participation à l’économie de guerre est également importante dans l’ensemble des pays belligérants. Le Canada par exemple, qui est essentiellement un pays agricole, augmente alors fortement la capacité de production de ses usines, sous la tutelle de la CIM. En 1917, près des deux tiers des obus britanniques sont fabriqués au Canada ; des chantiers navals, qui construisent des navires et des avions, sont agrandis pour pallier les pertes causées par les sous-marins ennemis. À la fin de la guerre, 600 usines ont construit plus de 100 navires et 2 600 avions. Quand la CIM cesse ses opérations en 1919, elle est alors le plus grand employeur civil du Canada, avec plus de 290 000 employés.

Construction du <i>War Kitimat</i> par la New Westminster Construction & Engineering Cie, 15 août 1918
Collection d’archives George-Metcalf [MCG 19910238-22], Musée canadien de la guerre.

Afin d’assurer la production de tout le matériel, la mobilisation de la main-d’œuvre est une question essentielle. Ainsi, en France, les femmes sont massivement sollicitées, mais aussi les travailleurs issus des colonies : 500 000 ouvriers qualifiés – que l’on appelait les « affectés spéciaux » – sont rappelés du front pour travailler dans les usines. Au maximum de son fonctionnement, en 1918, l’industrie d’armement emploie 1,7 million d’ouvriers en France.

Femmes bretonnes travaillant dans une usine d’obus pendant la Première Guerre mondiale.

Les moyens requis pour financer cet exceptionnel effort de guerre sont colossaux. Les États doivent donc diversifier leurs sources de revenus. L’endettement devient la règle.
Il est d’abord porté sur la population (c’est d’ailleurs un des objectifs majeurs de la propagande), avec les « emprunts nationaux ». Au Canada, la première campagne des « obligations de la victoire » d’Ottawa permet d’obtenir 100 millions, le double des prévisions initiales. Le total des achats d’obligations par la nation canadienne dépassera 2 milliards de dollars.

<i>Ohé ! Les braves gens… Versez votre or, Nous versons bien notre sang…</i>, affiche française, 1914

Les emprunts se font aussi auprès d’autres nations, surtout les États-Unis (banques et État fédéral) qui constituent le principal bailleur des Alliés avec 10 milliards de dollars.

Il y a bien sûr le recours à l’impôt, mais en des temps où les prix flambent, les différents gouvernements hésitent à accroître la pression fiscale qui pourrait entraîner des mécontentements.

En Angleterre, l’Income Tax représente 28 % des dépenses de guerre. En France (où un impôt sur le revenu a été voté en 1914), l’impôt ne représente que 15 % des recettes (et 14 % en Allemagne). Les impôts indirects sont privilégiés, et en l’occurrence des impôts de guerre sur les bénéfices industriels. Si l’emprunt extérieur, en France, est la forme la plus spectaculaire, l’emprunt intérieur reste la principale source de financement, à travers le lancement d’un grand emprunt, par année de guerre, auprès de la population civile. 

Les États ont massivement recours à la planche à billets, se refusant de lutter contre ce que l’on appelle alors « la vie chère », perçue par tous comme un effort nécessaire. Ainsi, l’inflation devient un moyen indirect de financer la guerre.

Cette mobilisation économique entraîne une dette intérieure et extérieure importante pour tous les pays. Au Canada, la dette extérieure est tellement élevée que, en 1928, le pays fait partie d’une liste dressée par le Congrès américain, à l’attention des institutions financières, des pays auxquels elles ne doivent pas prêter : Canada, Allemagne, Australie, Argentine et Brésil.

Pour gagner en efficience, les État créent de nouvelles structures, dont des ministères et secrétariats, et des fonctions propres aux secteurs de la guerre. En France, par exemple, Albert Thomas est nommé ministre de l’Armement ; en mars 1918, un Comité allié des transports maritimes est créé pour permettre le transport de plusieurs millions de tonnes de marchandises des États-Unis vers l’Europe.

Face aux risques de pénurie, qui sont bien réels, les gouvernements doivent être très réactifs et mettre en place des politiques systématiques afin de permettre l’accès et la répartition des ressources nécessaires, qu’elles soient destinées à l’industrie ou aux populations, dans le secteur alimentaire. Ces exigences entraînent une véritable mobilisation économique des infrastructures et des productions de base et de matières premières. Au Royaume-Uni, par exemple, des subventions soutiennent l’agriculture ; aux États-Unis  et au Canada, des plans de modernisation de ce même secteur sont mis en place afin de répondre à la demande croissante des pays d’Europe.

Cette mobilisation de l’ensemble des forces des nations amorce une nouvelle organisation géopolitique et économique mondiale : le rôle et la place de l’État seront durablement bouleversés par cette implication dans l’effort de cette guerre « totale », et un nouvel équilibre géopolitique mondial, à l’avantage économique des États-Unis, émerge aussi.

Des États qui contrôlent les esprits afin de maintenir l’effort de guerre

L’État encourage et organise une forme intense de contrôle des esprits afin de favoriser la mobilisation,  des soldats comme des civils, dans l’effort de guerre. La propagande a alors pour objectif de recruter, solliciter et encourager une plus grande mobilisation humaine et financière ; elle vise aussi à maintenir une cohésion nationale qui se trouve menacée, notamment par les pénuries et les difficultés de la vie quotidienne, et à entretenir le sentiment patriotique. Quel que soit le pays, la propagande s’appuie partout sur les mêmes ressorts : la défense de la patrie, la solidarité et le civisme.

La censure pour contrôler les informations

Si la propagande influence les pensées et conditionne les comportements, la censure assure l’unicité du message.

En France, la presse est contrôlée par des lois comme celle du 5 août 1914, votée pour des questions de sécurité et de stratégie militaire et pour toute la durée de la situation de guerre. Dans ce cadre légal, l’armée peut interdire de publier toute information et renseignement autre que ceux qui sont officiels et communiqués par le gouvernement lui-même sur les points essentiels de la défense nationale. La censure permet ainsi d’établir le silence nécessaire sur les opérations militaires et de filtrer les informations dans l’objectif de maintenir le moral de la population. Cette censure est généralement assurée par un bureau de presse rattaché au ministre de la Guerre. Chaque journal doit ainsi lui soumettre une épreuve des différentes pages avant toute publication, sur laquelle les censeurs indiquent les articles interdits qui sont retirés de la composition. C’est ainsi que des journaux sont parfois distribués avec des espaces blancs.

Une censurée du <i>Canard Enchaîné</i>, n° 10 du 6 septembre 1916
Strictement réservé à un usage en classe.

C’est sans doute en France que la censure est la plus sévère, la plus organisée et la plus efficace. Elle y est d’ailleurs représentée sous la forme allégorique et caricaturale d’Anastasie, une femme tenant de grands ciseaux qui lui permettent de tailler les journaux.

Allégorie de la censure, « Madame Anastasie », dessinée par le caricaturiste André Gill, reproduite en une du journal <i>L’Éclipse</i>, n° 299, juillet 1874
Paris, Bibliothèque nationale de France.

Au Canada, la loi sur les mesures de guerre du 22 août 1914 accorde de nouveaux pouvoirs exceptionnels au gouvernement pour mener la guerre, parmi lesquels la censure (article 6). Ce procédé est ainsi élevée au rang de stratégie militaire et les autorités canadiennes mettent tout de suite en place une organisation de surveillance de l’information inédite dans le pays. 

La parution des journaux est soumise au regard conjoint du gouvernement et de l’éditeur, de manière à ce que la date d’arrivée des troupes canadiennes sur le sol européen reste secrète. Face à la demande croissante d’informations de la part du public canadien, le contrôle de toutes les communications (câble et télégraphe) est mis en place, dans le but de servir deux objectifs : maintenir l’ennemi dans l’ignorance, favoriser l’effort de guerre en renforçant le moral de la nation.

À Londres, dès août 1914, le « Press Bureau » filtre tous les messages envoyés d’Europe par les correspondants canadiens. Comme les autres dominions, le canada n’est autorisé à envoyer qu’un seul correspondant de guerre. Pour tous les journalistes « admis » en zone de guerre, le travail est très encadré par les autorités militaires.

Le décret du 10 juin 1915 instaure véritablement la censure de la presse. L’agence Canadian Press Limited filtre l’information avant qu’elle soit distribuée aux journaux canadiens. Les rapports sont transmis à Ottawa et distribués ensuite à la presse.

La censure des photographies est stricte – l’usage de l’appareil photographique est interdit aux soldats et officiers présents sur le front, sauf autorisation du War Office après 1915 (en tant que Dominion, le Canada est tributaire des décisions du gouvernement britannique). Cette position des autorités est le fruit d’une expérience acquise en la matière, lors de la guerre de Crimée (1854-1856), suite aux reportages de guerre de William Howard Russell qui remettaient en cause l’inaptitude de l’état-major et les souffrances inutiles de soldats. À partir de 1915, les informations restent toutefois difficiles à obtenir.

Les films venus des États-Unis, pays neutre jusqu’au printemps 1917, sont également très sévèrement censurés.

La désinformation pour soutenir le moral de l’arrière

La désinformation est aussi allègrement pratiquée, allant jusqu’à présenter une image très « édulcorée » de la vie dans les tranchées. Les photos prises sur des champs de bataille après un combat dévastateur pour les Alliés ne sont pas publiées. L’objectif est de soutenir le moral d’un arrière qui connaît des conditions de vie difficiles et qui est déjà confronté à la souffrance de la séparation, de l’inquiétude et parfois du deuil.

Un exemple, très connu en France, figure dans l’édition du samedi 26 février 1916 du journal républicain régional français La Petite Gironde. On peut y lire que « les tirs français anéantissaient les Allemands et les faisaient tomber en grand nombre » ; ailleurs, « les balles allemandes traversent la chair de part en part, sans faire aucune déchirure » (L’Intransigeant, 17 août 1914)…

La propagande pour soutenir l’effort de guerre

Les gouvernements font publier en masse de multiples affiches très efficaces qui ont en particulier pour objectif d’encourager l’effort économique et financier des populations pour les emprunts nationaux. Les thèmes qui apparaissent sont récurrents : patriotisme, défense du sol… Les combattants sont des héros sous les traits du guerrier victorieux ou du martyr, l’ennemi est diabolisé.

On note la place essentielle des enfants dans ces actions d’embrigadement, qui sont tout autant utilisés comme objets et sujets de la propagande : placardés dans l’imagerie de cette publicité, en tant que symboles de l’innocence agressée, ils servent à promouvoir le caractère juste et moral de la  guerre contre les « barbares » ;  d’autre part, ils sont les cibles de la propagande, dans les livres et dans les illustrés, tel Bécassine mobilisée, ou encore dans les jeux et les programmes scolaires bien sûr.

Pour qualifier cette propagande, l’expression « bourrage de crâne » est inventée par des soldats dès 1914 ; elle est ensuite popularisée par le journaliste français Albert Londres, qui la reprend pour dénoncer la propagande, justement. Par ailleurs, le 29 novembre 1916, le tout jeune journal satirique français, Le Canard enchaîné, lance un référendum humoristique pour l’« élection du grand chef de la tribu des bourreurs de crâne ». La question est : « Lequel, à votre sens, parmi les journalistes qui se mettent quotidiennement en vedette, mérite, à tous égards, le titre de Grand chef » ?

Enfin, au sein des pays dans lesquels la conscription n’est pas en place, la propagande est encore essentielle pour mobiliser des soldats : dans les colonies, aux États-Unis, au Royaume-Uni, au Canada, les campagnes d’affichage sont nombreuses et font appel au patriotisme de ceux qui sont susceptibles de s’engager, ce qui est particulièrement difficile lorsque le territoire n’est pas menacé…

<i>Who’s absent? Is it you?</i>, affiche n° 125 éditée par le Comité parlementaire de recrutement britannique, 1915
Imperial War Museums.

Notes

bibliographie - sitographie

  • Beauregard Claude, « Censure et propagande par l’image au Canada (1914-19) », dans les actes du colloque Le Canada et la France dans la Grande Guerre 1914-1918, 2015 (à paraître).
  • Bernier Serge, Le Patrimoine militaire canadien. D’hier à aujourd’hui. Tome III : 1872-2000, Montréal, Art Global, 2000, p. 96-100.
  • Bizimana Aimé-Jules, « Le Canada et la Grande Guerre : les nouvelles du front », Bulletin d’histoire politique [En ligne], Vol. 17, n° 2, 2009.
  • Gagnon Jean-Pierre, Le 22e Bataillon (canadien-français) 1914-1919 : étude socio-militaire, Ottawa et Québec, Les Presses de l’Université Laval, en collaboration avec le ministère de la Défense nationale et le Centre d’édition du gouvernement du Canada, 1987.
  • Le Naour Jean-Yves, Le Petit Livre de la Grande Guerre, Paris, First Edition, 2008 (éd. augmentée et illustrée J’ai lu, 2014).
  • Morton Desmond, « L’impact de la Grande Guerre sur le Canada», dans les actes du colloque Le Canada et la France dans la Grande Guerre 1914-1918, 2015 (à paraître).
  • Palmer Michael, « William Russel, du "travelling gentleman" au "special correspondent", 1850-1880 », Le Temps des Médias,  n° 4, Dossier « Dire et montrer la guerre, autrement », 2005, p. 34-49. 
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