TEXTES ET DOCUMENTS POUR LA CLASSE

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Les débuts de l’expérimentation en médecine

Sciences expérimentales et technologie - histoire - français / cycle 3

Par Françoise Perrachon, médiatrice culturelle en sciences et technologies

DOCUMENTS

Explorer le corps en profondeur

DOC A Christine Germain, ill. Olivier Laboureur, Léonard de Vinci & son temps, Mango document, 1999.

Un écorché au regard mélancolique

DOC B André Vésale, ill. de Jan Stephan van Calcar, La Fabrique du corps humain, 1543.

Croyances, dogme et expérimentation

DOC C Brigitte Coppin, La Renaissance, voyage dans l’Europe des XVe-XVie siècles, Éditions Autrement, 2005.

Harvey et la circulation sanguine

DOC D Annie Bitbol-Hespériès, René Descartes et la médecine, Éditions du Sorbier, 1999.

L’invention du stéthoscope

DOC E Margot Bruyère, L’Oreille d’or du Dr Laennec : une révolution dans la médecine, Oskar éditions, 2010, coll. Histoire & société.

ANALYSES DES DOCUMENTS

Explorer le corps en profondeur

Léonard de Vinci (1452-1519) témoigne très jeune d’une grande curiosité, et exerce ses facultés d’observation en dessinant. Confié à l’apprentissage d’Andrea del Verrochio (1435-1488), il s’attarde sur les détails, compare, dresse des catégories et s’entraîne à mémoriser des formes en se les représentant mentalement. Comme en témoignent ses nombreux dessins et manuscrits regroupés en carnets au cours des siècles suivants, il s’intéresse à tous les secteurs du savoir : astronomie, acoustique, architecture, botanique, géographie, mécanique, optique, géologie, etc., ainsi qu’à l’anatomie, la médecine et la physiologie. Il étudie la structure du corps humain et animal, celle des végétaux et des roches afin de mieux représenter le réel. La dissection lui permet d’explorer le corps en profondeur. Au fil du temps, l’investigation scientifique le détourne de son travail artistique, ce qui lui vaut les critiques de certains de ses contemporains qui ne comprennent pas toujours ses ghiribizzi, ses lubies.

L’un de ses nombreux codex, celui de Windsor, propriété de la couronne d’Angleterre, comprend 234 feuillets consacrés principalement à l’anatomie et à la zoologie. Il témoigne de son système de dissection de l’homme pour en révéler la structure, le mécanisme et le fonctionnement des organes. Dans d’autres manuscrits, Vinci fournit des détails sur sa méthode pour obtenir des moulages de cire afin de découvrir la forme des ventricules et du cerveau. Cependant, la dissection est très encadrée, autorisée dans de rares cas, par l’Église. Aussi, en 1515, le pape Léon X l’oblige à quitter Rome.

Le texte de Christine Germain, Léonard de Vinci & son temps, met en évidence le fait que les artistes sont aussi des chercheurs et qu’aux xve et xvie siècles ils ont précédé les hommes de sciences dans l’exploration anatomique. En classe, on pourra débattre à propos de ces remarques de Vinci : « La science nous vient de l’observation, non des auteurs » ou encore « Le plaisir le plus noble est la joie de comprendre ». Il sera également possible de comparer les moyens d’investigation du xviie siècle avec les technologies dont disposent les médecins et chercheurs contemporains. • Proposer l’activité 1 dans TDC « L’expérimentation scientifique », no 1010, p. 37.

Un écorché au regard mélancolique

Dès l’enfance, André Vésale (1514-1564) fait ses premières observations anatomiques en se rendant au gibet tout près de la maison familiale. Né à Bruxelles dans une famille de médecins et d’apothicaires, il s’inscrit à 18 ans à la faculté de médecine de Paris où il suit les cours dispensés par des professeurs qui lisent Galien et commentent sans expérimentations. Les dissections de l’époque sont pratiquées par des chirurgiens-barbiers. L’Église, opposée à cette pratique, en autorise cependant quelques-unes chaque année. Vésale critique cet enseignement livresque. La nuit, en cachette, il cherche des corps à la potence du Châtelet, au gibet de Montfaucon tout près du Collège royal de médecine où il est étudiant, ou au cimetière des Innocents (à l’emplacement actuel de la fontaine du même nom dans le quartier des Halles). Un jour d’absence du chirurgien-barbier chargé d’une autopsie, il prend en charge la dissection sous le regard ébahi de ses professeurs. À 20 ans, il acquiert la réputation d’excellent anatomiste. Les affrontements entre François Ier et Charles Quint, empereur que sert son père, l’obligent à quitter Paris. En 1537, Vésale soutient sa thèse de docteur en médecine à l’université de Louvain, puis part pour Padoue, l’une des plus grandes universités d’Europe, où il est nommé professeur de chirurgie. Il rénove les leçons d’anatomie et pratique les dissections qui, grâce à sa démarche, deviennent des actes scientifiques. En 1538, il publie les Tabulae anatomicae sex, un premier recueil de six planches qui présentent des illustrations du foie, de la veine cave, de l’aorte et de squelettes vus de face, de profil et de dos. Il publie à Bâle, en 1543, De Humani Corporis Fabrica (La Fabrique du corps humain) en sept volumes, le plus grand traité d’anatomie depuis Galien. Il y expose, plan par plan, l’organisation du corps humain. Trois cent vingt-trois planches, dessinées par Jan Stephan van Calcar (1499-1545), peintre hollandais, élève de Titien, mettent en scène des squelettes « laboureur », « méditant », ainsi que des écorchés.

Le document donne à voir l’un d’eux à peine tiré de la potence et représenté dans un décor champêtre qu’il semble contempler d’un regard mélancolique. Le sang coule, la peau pend en lambeaux. Malgré les erreurs que les anatomistes contemporains peuvent repérer, l’illustration témoigne de la précision de l’observation. Vésale s’est attaché à montrer les muscles, organes du mouvement, et, malgré les chairs sanguinolentes, l’apparence de vie qui est donnée l’emporte sur le macabre. • Proposer l’activité 1, p. 37.

Croyances, dogme et expérimentation

À la sortie du Moyen Âge, la médecine est toujours très marquée par les théories de Galien (v. 131 - v. 201), médecin de l’Antiquité grecque dont les traités sur la physiologie, la diététique, la pathologie et la pharmacologie sont restés incontestés. Bien qu’expérimentateur, Galien a utilisé des cadavres de chiens et de singes pour transposer ses observations à l’homme. Il s’est inspiré des concepts d’Hippocrate (460-370 av. J.-C.), selon lequel la santé dépend d’un équilibre entre quatre humeurs – le sang, le phlegme (lymphe), la bile jaune et la bile noire – qui, selon lui, ont des correspondances avec les quatre éléments de l’univers – le feu, l’air, la terre et l’eau. Sa théorie fut adoptée par l’Église, qui voyait, dans les maladies, le châtiment de Dieu. Paracelse (v. 1493 - 1541), médecin suisse, vivement opposé à ses théories, est l’un des premiers à émanciper la médecine des croyances en préconisant l’expérimentation.

Brigitte Coppin, dans son ouvrage consacré au voyage dans l’Europe des xve et xvie siècles, témoigne des croyances et des pratiques de la médecine du Moyen Âge, comme celle de l’utilisation de la corne de licorne (animal mythique), ou de dent de narval, que les apothicaires vendaient très cher et qui était utilisée pour purifier l’eau et neutraliser les breuvages empoisonnés. Elle fait référence au mystère du fonctionnement des astres sur le corps et à Nostradamus (1503-1566), ce médecin qui avait ouvert une officine d’apothicaire et qui devint, grâce à sa bonne connaissance des constellations, l’astrologue de la reine Catherine de Médicis (1519-1589). Elle évoque également la génération spontanée que défendait le médecin chimiste belge Jean-Baptiste Van Helmont (1577-1644). Celui-ci suggérait que les souris pouvaient naître d’étoffes sales, que des chemises ou des draps imprégnés de sueurs humaines constituaient le principe actif qui permettait à la matière inanimée de donner naissance à des êtres vivants. L’adhésion à la théorie de la génération spontanée a eu la vie longue. Il faut attendre le xixe siècle pour que Louis Pasteur (1822-1895) parvienne à prouver, après une longue controverse scientifique avec le biologiste Félix-Archimède Pouchet (1800-1872), que la vie ne peut apparaître spontanément dans un espace clos à l’abri de poussières qui transportent des germes.

La lecture du document peut inciter les élèves à se questionner sur les notions de croyance, de théorie et d’expérimentation scientifique. • Proposer l’activité 2, p. 37.

Harvey et la circulation sanguine

Après des études universitaires en philosophie à Cambridge, William Harvey (1578- 1657) se rend à Padoue, où il est formé à l’anatomie par des expérimentateurs italiens. En possession de son diplôme de médecin, il retourne à Londres où il est chargé d’enseigner l’anatomie et la chirurgie au Collège royal. Puis, nommé médecin titulaire du roi Charles Ier d’Angleterre, il acquiert une grande renommée. En 1628, il publie Exercitatio Anatomica de Motu Cordis et Sanguinis in Animalibus où il démontre le mécanisme de la petite (trajet du sang du cœur aux poumons) et de la grande circulation sanguine (trajet dans toutes les parties du corps pour rejoindre à nouveau le cœur). Il en décrit le fonctionnement qui, telle une pompe, envoie le sang nourrir tous les organes, réfutant ainsi la thèse de l’irrigation de Galien. Cette découverte déclenche à travers toute l’Europe des disputes entre ses partisans et ses détracteurs. La Faculté de médecine de Paris est l’institution qui s’oppose le plus à ce modèle. Pour déjouer sa toute-puissance, Louis XIV charge le chirurgien Pierre Dionis d’enseigner l’anatomie en intégrant la découverte de Harvey. Les chirurgiens, considérés alors comme des manuels ne dépendant pas de l’Université, étaient reliés à la corporation des barbiers et guère estimés des médecins. En 1775, soutenus par le pouvoir royal, ils obtiennent leur institution de recherche et d’enseignement. Le Collège de chirurgie est construit rue des Cordeliers, au sein du Paris universitaire, faisant triompher l’anatomie en ce siècle des Lumières. Étudiants, médecins et chirurgiens assistent alors aux démonstrations dans l’amphithéâtre du Jardin du Roi (actuel Museum national d’histoire naturelle), où la société mondaine se passionne pour les cires anatomiques.

Dans René Descartes et la médecine, Annie Bitbol-Hespériès présente la découverte de William Harvey. Elle incite à s’interroger sur le progrès des connaissances du corps humain grâce aux expérimentations anatomiques et à différencier une théorie énoncée comme un dogme. En classe, une comparaison entre la théorie de l’irrigation et celle de la circulation permettra de faire émerger les représentations sur la question. Il appartient à l’enseignant de faire observer un schéma simplifié de la circulation sanguine et de faire repérer le trajet du sang riche en oxygène ou chargé en gaz carbonique. • Proposer l’activité 3, p. 37.

L’invention du stéthoscope

Après une longue stagnation de la médecine, celle dont Molière fait la satire, les xviie et xviiie siècles sont témoins d’importants progrès dans la connaissance du corps humain. Les dissections et les outils d’enseignement que sont les cires anatomiques, l’observation des malades et l’étude clinique des symptômes améliorent les connaissances. Mais il est toujours difficile de diagnostiquer les maladies de poitrine. Joseph Leopold Auenbrugger (1722-1809) expérimente la percussion du thorax humain, qui permet d’observer les tonalités sonores lors des affections. Sa méthode n’est utilisée ni dans l’enseignement ni dans l’auscultation des malades jusqu’à sa réhabilitation en 1808 par Jean-Nicolas Corvisart (1755-1821), médecin de Napoléon Bonaparte et de Joséphine de Beauharnais.

Bien que la percussion identifie différentes nuances de sons à l’intérieur de la cage thoracique, elle a ses limites, que le stéthoscope, découverte de Théophile-René-Marie-Hyacinthe Laennec (1781-1826), va permettre de dépasser. Ce dernier, homme cultivé qui a lu Auguste Comte, favorable à l’expérimentation, est nommé médecin chef de l’hôpital Necker en 1816, année où il invente cet instrument.

Dans une fiction pour la jeunesse, L’Oreille d’or du Dr Laennec : une révolution dans la médecine, Margot Bruyère relate les circonstances de l’invention du stéthoscope. Imitant un enfant qui écoute, l’oreille contre une poutre, les cris amplifiés de ses camarades de jeux, Laennec constate l’amplification des sons transmis par celle-ci et s’empresse de transposer cette découverte au service de l’auscultation des malades. Avec un simple cahier roulé, il forme un tube qui lui permet de différencier les nuances de sons du cœur et des poumons. Par la suite, il fait fabriquer des cylindres dans différents bois dont il compare la résonance et multiplie les prototypes. Le stéthoscope sera perfectionné au fil du temps. D’abord monaural, il comportera, par la suite, deux pavillons munis d’une membrane que les sons du corps mettent en vibration. La lecture du texte invite à s’interroger sur le rôle de l’observation et de l’expérimentation dans l’inventivité, et à situer ce personnage dans une période historique. • Proposer l’activité 4, p. 37.