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Les Antilles françaises

Histoire-géographie / cycle 3

Par Catherine Caille-Cattin et Olivier Szwaja, professeurs d’histoire-géographie à l’IUFM de Franche-Comté

DOCUMENTS

L’esclavage et sa condamnation

DOC A Extraits du Code noir, 1685.

DOC B Voltaire, Candide ou l’Optimisme, chapitre XIX, 1759.

L’abolition de l’esclavage par la République

DOC C François-Auguste Biard, L’Abolition de l’esclavage dans les colonies françaises en 1848, 1849. 

L’activité sucrière sur les îles antillaises

DOC D Une plantation de canne à sucre, Robert Bénard pour l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, 1751-1772.

DOC E Une rhumerie aujourd’hui en Martinique.

La banane antillaise, un produit de terroir

DOC F Affiche du plan de promotion de la banane de Guadeloupe et Martinique dans le cadre du développement durable, 2008.

DOC G Des conditions idéales, Catherine Caille-Cattin pour TDC, 2011.

DOC H Le plan Banane durable, Catherine Caille-Cattin pour TDC, 2011.

ANALYSES DES DOCUMENTS

L’esclavage et sa condamnation

En 1674, les Antilles françaises, qui étaient placées sous le contrôle de la Compagnie des Indes, deviennent des colonies royales. Les plantations de canne à sucre recouvrent alors les deux tiers des surfaces cultivées de la Martinique. Ces îles isolées n’ont comme lien avec les trois continents, l’Europe, l’Afrique et l’Amérique, que le commerce triangulaire et la traite des Noirs. Les ports français de La Rochelle, Bordeaux, Saint-Malo et plus tard Lorient basent leur essor économique sur cette activité. L’esclavage est partie intégrante de l’économie de la France de l’Ancien Régime. Louis XIV avalise en 1685 le Code noir (doc A), texte juridique qui le réglemente dans toutes les colonies jusqu’en 1848. L’État absolutiste y voit un moyen de contrôler les colons. L’esclave y est défini comme un bien meuble, mais aussi, paradoxalement, comme un homme. Édicté pour soutenir le catholicisme dans les colonies françaises – le baptême et l’instruction catholiques des esclaves sont obligatoires –, il prévoit des peines sévères allant jusqu’à la mutilation : les maîtres peuvent enchaîner les esclaves, les battre avec des verges ou des cordes ; ceux qui se seront enfuis pendant un mois auront les oreilles coupées (art. 38). En même temps, le Code noir les protège de la brutalité des maîtres, mais il est appliqué diversement par ces derniers.
Au siècle suivant, l’esprit des Lumières se fait l’adversaire résolu de l’esclavage. Dans Candide ou l’Optimisme, écrit en 1759 (doc B), Voltaire transpose sa propre expérience. Jeune homme naïf et optimiste, comme le personnage de Candide, la découverte des réalités du monde et les voyages l’ont confronté au mal et ont contribué à la maturation de son esprit. Voltaire répond aux philosophes optimistes disciples de Leibniz comme à Rousseau. Refusant les spéculations abstraites sur l’origine du mal, il expose une série de faits qui sont autant de formes du mal. Chaque chapitre en est une illustration : par exemple les naufrages, les tremblements de terre et surtout la violence des hommes (guerres, fanatisme et esclavage). Ce dernier point est mis en scène lorsque, après bien des aventures, Candide se retrouve au Surinam, colonie hollandaise. Il y rencontre un « nègre » dans un bref épisode où le conte philosophique devient un véritable pamphlet contre l’esclavage. Voltaire, qui lutte en Europe contre les derniers vestiges du servage, dénonce ici la barbarie des colonies avec des accents qui rappellent ceux de Montesquieu. Celui-ci déclarait déjà dans L’Esprit des lois en 1748 : « Si j’avais à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les nègres esclaves, voici ce que je dirais : les peuples d’Europe ayant exterminé ceux de l’Amérique, ils ont dû mettre en esclavage ceux de l’Afrique, pour s’en servir à défricher tant de terres. Le sucre serait trop cher si l’on ne faisait travailler la plante qui le produit par des esclaves. » Dans son « Commentaire sur L’Esprit des lois » (1777), Voltaire écrit : « Si quelqu’un a jamais combattu pour rendre aux esclaves de toute espèce le droit de la nature, la liberté, c’est assurément Montesquieu. Il a opposé la raison et l’humanité à toutes les sortes d’esclavage : à celui des nègres qu’on va acheter sur la côte de Guinée pour avoir du sucre dans les îles Caraïbes. » • Proposer les activités 1et 2 dans TDC, « Les outre-mer français », no 1017, p. 37.

L’abolition de l’esclavage par la République

Pénétrée de l’esprit des Lumières, la Société des amis des Noirs se fait, à la veille de la Révolution, la propagandiste des idées abolitionnistes. Elles sont notamment défendues par le girondin Brissot et par l’abbé Grégoire. En 1788, une vingtaine de cahiers de doléances évoquent le problème (on peut consulter en ligne celui de Champagney en Haute-Saône : www.abolitions.org). Si la liberté et l’égalité figurent dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen en 1789, l’esclavage n’est pas aboli sous la monarchie constitutionnelle. Il faut attendre la Première République et la Convention pour que triomphent ces idées, non sans débats parfois houleux. Le 4 février 1794, le décret d’abolition est voté à l’unanimité. La France est la première nation à adopter un tel décret, mais sa portée reste limitée : la Martinique est occupée par les Anglais (avec l’appui de colons antiabolitionnistes) ; Saint-Domingue s’émancipe de la tutelle métropolitaine (révolte de Toussaint Louverture). L’abolition concerne donc surtout la Guadeloupe, mais dès 1802, le Premier consul, Napoléon Bonaparte, époux de Joséphine de Beauharnais, née en Martinique d’une famille de colons, rétablit l’esclavage. Pour beaucoup, après la chute de Robespierre, l’abolition restait associée aux excès égalitaristes et terroristes de la république jacobine.
Il faut attendre deux nouvelles révolutions pour reprendre la marche vers l’abolition. Après les Trois Glorieuses (juillet 1830), la traite est supprimée, en 1831. En 1848, après la révolution de février, la Deuxième République abolit définitivement l’esclavage dans ses colonies. L’artisan de cette abolition, dont le décret est voté le 27 avril 1848, est Victor Schœlcher, représenté à gauche du tableau avec son écharpe de député. C’est au cours de ses voyages aux Amériques et aux Antilles qu’il découvre la réalité atroce de l’esclavage, la résistance continuelle des esclaves et les premiers temps de la liberté en Haïti. Il entame alors le combat de sa vie, qu’il mène en polémiste durant vingt ans. Sous-secrétaire d’État à la Marine dans le gouvernement provisoire de 1848, il triomphe enfin et devient le symbole d’une République généreuse et émancipatrice. Victor Schœlcher n’en partage pas moins les ambiguïtés de son temps : élu en Martinique et en Guadeloupe, il défend la mission civilisatrice de la colonisation, tout en condamnant ses excès. • Proposer les activités 1 et 2 dans TDC, p. 37.

L’activité sucrière sur les îles antillaises

Les plantations de canne à sucre n’apparaissent dans les Antilles françaises qu’au XVIIe siècle, malgré l’introduction de la plante par Christophe Colomb à la fin du XVe siècle. Cette culture se situe en général entre 37° de latitude nord et 30° de latitude sud – celle de la Guadeloupe est de 16° 13’ N. Les territoires antillais apparurent donc propices à la production de sucre, car, jusqu’au XIXe siècle, ce végétal était la source essentielle de sucre de la France métropolitaine.Cette planche de l’Encyclopédie (doc D) de Diderot et d’Alembert présente une plantation modèle au XVIIIe siècle. Au fond, à droite, la maison du maître, implantée sur une butte, domine la plantation. Le propriétaire peut ainsi couvrir du regard son exploitation. En contrebas, sur la droite, les cases des esclaves noirs (« cases à nègres ») sont alignées. Au centre, au premier plan, l’espace est réservé au pâturage. Au deuxième plan, les champs de canne à sucre couvrent les terres les plus riches. Sur la gauche se trouvent les installations liées à la transformation de la canne en sucre. Du premier à l’arrière-plan, on distingue le moulin à eau, la « purgerie » où l’on fait rendre au sucre son sirop superflu, l’étuve pour faire sécher les pains de sucre.
Après les années 1950, la production sucrière mondiale a considérablement augmenté : plus de 80 millions de tonnes de canne (contre 12,8 en 1945) ; plus de 28 millions de tonnes de betterave (contre 5,4 en 1945). De grands pays producteurs comme le Brésil et l’Inde (les deux premiers mondiaux) se sont orientés vers l’implantation massive de cannes à sucre. L’Union européenne, troisième producteur mondial, est le premier producteur de sucre de betterave. Cependant, après un accroissement dans les Antilles, les surfaces cannières ont considérablement chuté dans les années 1990 en raison de l’urbanisation, qui nécessita l’appropriation de terres à vocation agricole, et de l’augmentation des cultures bananières. En même temps, trois facteurs ont entravé la reprise de l’activité sucrière : les pratiques culturales peu intensives, la baisse importante du prix du sucre (réforme de l’organisation commune de marché en 2006), les cyclones fréquents qui ont anéanti les plantations. Actuellement, les planteurs veulent stabiliser la surface cannière cultivée et augmenter les rendements. L’Union européenne soutient cette filière afin de garantir les cours de la canne à sucre – qui ne cessent de baisser – aux agriculteurs antillais. On assiste depuis quelques années à une reprise de la surface cannière (en Martinique, en 2005, elle couvre 3 700 ha ; en 2009, 4 150 ha). La surface agricole utilisée (SAU) et plantée en canne est de 33 % pour la Guadeloupe et de 14,6 % pour la Martinique.
Les débouchés de la canne sont le sucre et le rhum, des produits à forte valeur ajoutée dans le domaine de l’industrie agroalimentaire (doc E). S’il existait près de cinq cents sucreries en Martinique en 1742, vingt en 1890, une seule demeure aujourd’hui : l’usine du Galion à La Trinité. En Guadeloupe n’existent plus que Grand-Bourg à Marie-Galante et Gardel au Moule. La production de sucre roux est acheminée vers de grandes multinationales en France métropolitaine pour y être raffinée. L’essentiel de la valeur ajoutée se réalise hors des territoires antillais, au profit du raffineur. Il n’en est pas de même pour la fabrication du rhum, car les différentes étapes de la filière sont implantées aux Antilles. Une dizaine de rhumeries perdurent en Guadeloupe, et autant en Martinique. Une première moitié de cette production est consommée sur place (20 %) ou exportée en Europe et dans le monde (30 %), l’autre moitié est consommée en France métropolitaine, où la demande croît en fonction des nouvelles pratiques sociales (confection de cocktails principalement). De plus, la visite des usines sucrières et des distilleries constitue un attrait touristique important des territoires antillais. • Proposer l’activité 1 dans TDC, p. 37.

La banane antillaise, un produit de terroir

Au début du XVIe siècle, les Portugais implantent les premiers bananiers sur les terres tropicales de l’Amérique centrale, et, au XVIIe, les Antillais développent les bananeraies. Elles sont installées dans un premier temps pour procurer de l’ombre aux plants de café et de cacao (herbe atteignant jusqu’à une quinzaine de mètres selon les espèces). Les Européens découvrent ce fruit lointain et luxueux sur les étals grâce à l’amélioration des conditions de transport et de conservation des fruits au XIXe siècle. Au XXe siècle, cette culture connaît un essor important en raison de la disparition d’une grande partie des plantations de cacao et de café lors du passage du cyclone de 1928, puis à la suite de la crise de la canne à sucre dans les années 1960-1970.
Aujourd’hui, l’essentiel de la production antillaise (270 000 tonnes en 2010) est expédié en bateau vers l’Europe, via le port de Dunkerque. Les bananes sont cueillies encore vertes et mûrissent dans des entrepôts adaptés (mûrisseries) grâce à la diffusion de gaz éthylène qui accélère le processus. Elles sont ensuite acheminées vers les centres de distribution. Les bananes sucrées sont les plus consommées (cavendish, gros-michel, ti-nain, grande-naine, etc.), les plus salées (plantain) sont utilisées dans les cuisines africaines, sud-américaines ou créoles.
La banane de Guadeloupe et de Martinique bénéficie d’un terroir particulier dû aux sols volcaniques riches et aux embruns qui lui confèrent un goût particulier, vanté par ses promoteurs (Union des groupements des producteurs de banane, Union européenne, etc.). Mais la production antillaise ne représente qu’une infime part du marché mondial, sans commune mesure avec celle des principaux pays exportateurs tels que l’Inde (environ 27 % de la production mondiale), le Brésil, la Chine, les Philippines, l’Équateur et l’Indonésie.
Les plants de cette herbacée nécessitent une température moyenne de 27 °C, un ensoleillement très important et un degré d’humidité constant (doc G). La situation géographique des Antilles et son climat tropical, chaud et humide, favorisent la culture bananière. Toutefois, le risque cyclonique sur ces territoires est constant. Le cyclone Dean a balayé, en 2007, l’essentiel des plantations de Martinique et de Guadeloupe, obligeant les planteurs à entreprendre de profonds changements dans leurs pratiques.
Les plantations bananières sont fragiles, elles nécessitent divers traitements pour lutter contre l’envahissement des herbes au pied des plants et contre les ravages des insectes. L’insecticide chlordécone, employé jusqu’à son interdiction en 1993, a eu – et a encore – des conséquences sanitaires et environnementales catastrophiques. En 2008, un plan de relance, Banane durable (doc H), fut créé après le passage du cyclone Dean afin de soutenir les planteurs (10 000 salariés). L’objectif était de garantir la préservation de l’environnement et d’améliorer les conditions sanitaires du travail des salariés. Il visait à produire une banane de qualité compétitive sur le marché européen, la concurrence étant rude face à celle de la « zone dollar », produite avec des coûts de production bien inférieurs (salaires plus élevés aux Antilles et conditions de production plus difficiles sur les versants montagneux). Aujourd’hui, les producteurs antillais tiennent à faire connaître le changement de leurs pratiques. Ils sont soutenus par l’Union européenne, qui favorise les campagnes d’information. La recherche scientifique a encouragé les innovations et trouvé des solutions de culture plus écologiques. L’utilisation des insecticides a diminué de 60 % environ. La labellisation participe à cette requalification de la banane antillaise (« banane durable » et « banane montagne » qui garantit l’origine géographique). Les producteurs espèrent aussi voir leurs revenus augmenter. • Proposer l’activité 3 dans TDC, p. 37.

PISTE D’EXPLOITATION

La localisation des Antilles françaises
a.
Sur un globe et sur un planisphère, repère les continents américains. De quels océans sont-ils entourés ?
b.
Recherche le Mexique en Amérique centrale.
c.
Quels sont les États situés au sud du Mexique, jusqu’à la Guyane française ?
d.
Quelles sont les grandes îles localisées à l’ouest du Mexique ?
e.
Recherche sur internet ce qu’est l’archipel des Antilles. Où se situe-t-il ?
f.
Repère sur une carte les différents territoires qui composent les Antilles françaises. Localise-les les uns par rapport aux autres.
g.
Recherche leur latitude et leur longitude. Que remarques-tu ?
h.
Calcule la distance entre les chefs-lieux des départements antillais et la capitale française.