TEXTES ET DOCUMENTS POUR LA CLASSE

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Le Mexique, terre d’histoire et de culture

Histoire-géographie / cycle 3 - 5e

Par Catherine Caille-Cattin et Olivier Szwaja, professeurs d’histoire-géographie à l’IUFM de Franche-Comté

DOCUMENTS

La riche histoire précolombienne de la Méso-Amérique

DOC A Les civilisations précolombiennes de la Méso-Amérique.

Des religions pour assurer l’ordre cosmique

DOC B Le temple des Inscriptions, VIIe siècle, à Palenque. Mexique, État du Chiapas.

DOC C Sacrifice humain par arrachement du cœur. Codex Magliabecchi, XVIe siècle. Florence, archives nationales.

La conquête du Mexique

DOC D et E Hernán Cortés, traduction de Désiré Charnay, La Conquête du Mexique, La Découverte, 1996.

Patrimoine culturel et activité touristique

DOC B Le temple des Inscriptions, VIIe siècle, à Palenque. Mexique, État du Chiapas. 

DOC F Diego Rivera, L’Épopée du peuple mexicain, 1929-1935. Fresque, Mexico, Palais national.

Cancún, station balnéaire sur la Riviera Maya

DOC G Le littoral touristique de Cancún.

Une autre forme de tourisme : l’écotourisme

DOC H L’écotourisme dans les Pueblos Mancomunados. Catherine Caille-Cattin, pour TDC, 2010.

ANALYSES DES DOCUMENTS

La riche histoire précolombienne de la Méso-Amérique

La Méso-Amérique désigne une vaste zone géographique où se sont épanouies les civilisations précolombiennes durant plus de trois millénaires. Elle réunit l’essentiel du Mexique et de l’Amérique centrale. Ces civilisations sont issues de sociétés d’agriculteurs sédentaires qui ont donné progressivement naissance à de vastes ensembles urbains dominés par une aristocratie sacerdotale et militaire. La plus ancienne est celle des Olmèques. Elle lègue à ses successeurs les caractéristiques de leur culture comme les pyramides à degrés, la sculpture monumentale, un calendrier élaboré et les prémices de l’écriture.
Alors que la civilisation olmèque décline, les Zapotèques développent leur cité de Monte Albán. Les Mayas occupent une aire géographique centrée sur la péninsule du Yucatán. Ils se divisent en une multitude de cités-États rivales. Les Aztèques, l’un des peuples guerriers venus du Nord, s’imposent dans la vallée de Mexico et fondent au XIVe siècle la ville de Mexico-Tenochtitlán, au centre d’une lagune. Au xve siècle, leur empire devient le plus vaste État méso-américain. Ils ne pourront cependant pas soumettre les Tarasques, peuple de guerriers et d’habiles artisans. • Proposer l’activité 1 dans TDC, « Le Mexique », n° 1009, p. 37.

Des religions pour assurer l’ordre cosmique

Une centaine de grandes cités mayas sont bâties autour de temples édifiés sur de hautes pyramides à degrés. Cette architecture monumentale matérialise la domination de l’aristocratie sacerdotale. Le roi-prêtre est le garant de la conservation de l’ordre cosmique par l’accomplissement des rites. À Palenque se trouvent plusieurs temples ornés de stèles sculptées. Les croyances mayas qui associent en une cosmologie complexe le culte du soleil et du maïs divinisés y sont exposées. Le temple des Inscriptions, situé au sommet d’une pyramide à neuf degrés, haute de 20 mètres (doc B), doit son nom à ses trois grands panneaux qui symbolisent les trois niveaux cosmiques, le ciel, la terre et le monde inférieur. Leurs textes écrits en glyphes célèbrent la gloire du roi, parent des dieux, intermédiaire entre les mondes terrestre et céleste. Un étroit escalier intérieur mène à sa chambre funéraire construite dans les fondations de la pyramide.
Le sacrifice sanglant est l’élément central des religions méso-américaines et un principe organisateur de la société. Il est indispensable à la conservation du cosmos. En nourrissant les dieux, en particulier le Soleil, par le sang et le cœur des victimes, le sacrifice fournit à celui-ci l’énergie dont il a besoin pour survivre et perpétuer la marche de l’univers. Le Soleil méso-américain est un prédateur vorace, comme le jaguar ou l’aigle qui le symbolisent. Ce sacrifice rejoue ainsi la création du monde, et la mythologie aztèque conte les sacrifices originels de dieux qui renaissent sous forme d’astres.
Le doc C présente la forme la plus fréquente du sacrifice aztèque : quatre aides maintiennent la victime encore vivante sur l’autel au sommet de la pyramide ; le prêtre sacrificateur lui ouvre la poitrine à l’aide d’un couteau de silex et arrache le cœur encore palpitant pour le tendre vers le Soleil. Le corps de la victime est précipité au bas de l’escalier de l’édifice qu’il inonde de son sang pour être finalement décapité en offrande à la terre divinisée. Un banquet anthropophage clôt la cérémonie.
La dimension sacrificielle des religions amérindiennes qui a tant choqué les conquistadors a sans doute facilité la christianisation : le catholicisme n’est-il pas centré sur le sacrifice du Christ ? On comprend ainsi le succès des christs sanguinolents de la statuaire baroque dans toute l’Amérique latine. • Proposer l’activité 2 dans TDC, « Le Mexique », n° 1009, p. 37.

La conquête du Mexique

Hernán Cortés, né d’une famille de la petite noblesse espagnole, raconte sa conquête du Mexique dans une série de lettres adressées à Charles Quint, empereur et roi d’Espagne. C’est en 1519 qu’il débarque avec 600 hommes dans la péninsule du Yucatán, en terre maya. Depuis Veracruz, ville qu’il vient de créer sur la côte, Cortès se lance à la conquête de l’empire aztèque, avec 400 conquistadors, 15 cavaliers et 15 canons. Habile, il sait profiter des divisions et des rivalités entre les peuples méso-américains et s’allie avec certains pour atteindre Mexico-Tenochtitlán, capitale aztèque. La splendeur de la ville impressionne les Espagnols.
Cortés explique à Moctezuma (Muteczuma), l’empereur aztèque, qu’il est mandaté par Charles Quint pour apporter la vraie foi. Il s’emploie à christianiser les temples païens (doc D). Par la suite, Moctezuma est retenu en otage après une attaque des Indiens contre des Espagnols et doit accepter le paiement d’un tribut. À la suite d’un massacre d’Indiens par des lieutenants de Cortés en son absence, la population de Mexico se soulève. Cortés doit revenir précipitamment, mais l’empereur Moctezuma, jugé trop conciliant avec les Espagnols, est lapidé par ses sujets. Les conquistadors doivent quitter la ville au terme de rudes combats. Ils repartent en 1520 à l’assaut de Mexico qu’ils assiègent. Les Aztèques, affamés et décimés par une épidémie de variole amenée par les Européens, résistent. La guerre devient totale : Tenochtitlán est détruite et le nouvel empereur aztèque, Cuauhtémoc (Guatimozin), est capturé le 13 août 1521 (doc E).
Cette dernière bataille – elle a tué des dizaines de milliers d’Aztèques mexica – marque la fin de la domination aztèque sur le Mexique, que Cortés gouverne jusqu’en 1524, avant d’être écarté du pouvoir à cause de sa vision de la colonisation qui ne correspond pas à celle de la Couronne espagnole. En effet, il ne souhaite pas toucher aux structures sociales indiennes, mais substituer seulement l’autorité des Espagnols à celle des chefs traditionnels. Rêvant d’une Amérique autosuffisante, il interdit l’exportation du maïs afin de ne pas affamer les Indiens et tente d’enraciner le christianisme dans les cultures locales sans les détruire. Ayant une concubine indienne, la Malinche, il encourage également le mariage de ses soldats avec des autochtones.
Terrible conquistador et visionnaire d’une société métissée, Cortés demeure une figure historique très ambivalente. • Proposer l’activité 2 dans TDC, « Le Mexique », n° 1009, p. 37.

Patrimoine culturel et activité touristique

Le site de Palenque (doc B) est situé dans le sud des États-Unis mexicains – nom officiel –, dans l’État du Chiapas, à la limite de la péninsule du Yucatán. Il accueille quotidiennement de très nombreux visiteurs qui viennent découvrir les vestiges préhispaniques de la culture des Mayas. Classé parc national dès 1981, ce lieu, de renommée internationale, est également inscrit à l’inventaire du patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1987.
Le Mexique ne compte pas moins de vingt-sept sites culturels inscrits sur cette prestigieuse liste. Les touristes y viennent également admirer les paysages tropicaux de la sierra (chaîne montagneuse) de Don Juan.
Un détail de l’œuvre de Diego Rivera (doc F) peinte sur les murs du palais national de Mexico présente le travail de cet artiste muraliste connu pour son œuvre abondante (la longueur totale des fresques réalisées tout au long de sa vie – 1886-1957 – est évaluée à 4 km). Le choix de cette expression artistique s’explique par la volonté de prolonger une tradition picturale déjà remarquable à l’époque précolombienne et d’offrir à tous des éléments de la culture mexicaine. En outre, le courant muraliste se nourrit de principes révolutionnaires comme la propagande des idées par affichage mural. Ce peintre, célèbre dans le monde entier, raconte ainsi l’histoire du Mexique, avant et après la conquête, dans une fresque de plusieurs murs intérieurs.
On reconnaît ici des aspects caractéristiques des cultures préhispaniques. Le patrimoine pictural mexicain, des muralistes et d’autres artistes comme Frida Kahlo, participe à la richesse de l’offre touristique du territoire mexicain. • Proposer l’activité 1 dans TDC, « Le Mexique », n° 1009, 1er février 2011, p. 37.

Cancún, station balnéaire sur la Riviera Maya

Le territoire mexicain est en 2008 au onzième rang mondial des destinations touristiques. L’activité qui en découle emploie au moins un Mexicain sur dix (soit près de 2,5 millions de personnes) et génère d’importantes recettes (près de 9,4 milliards d’euros en 2008). Cependant, atteinte par l’épidémie de grippe A (H1N1), ses revenus ont subi une forte baisse ainsi qu’une diminution des visiteurs étrangers de 1,1 million (environ 21 millions par an en temps normal).
L’activité touristique fait l’objet de nombreuses attentions, parfois contradictoires, et engage de multiples acteurs sur des projets perçus comme pourvoyeurs de développement économique sur le territoire. Si le patrimoine architectural archéologique constitue un atout indéniable dans cette offre, les littoraux sont devenus depuis quelques décennies des vecteurs essentiels de ce développement.
Dans les années 1960, la station balnéaire de Cancún, sur la péninsule du Yucatán (côte sud-orientale), a été conçue en fonction de l’ensoleillement, des températures, de la qualité des eaux et des aménités paysagères (plages de sable fin, récif corallien). À ces lieux paradisiaques venait s’ajouter la création de services et d’activités spécifiques : golfs, piscines, équipements sportifs, etc. L’idée était de concentrer l’afflux des touristes et de leur offrir des services et l’artisanat local. En quelques années, le village de pêcheurs de Cancún est devenu un espace urbain de plus de 530 000 habitants partagé entre la station balnéaire, implantée sur le cordon littoral avec près de 30 000 chambres d’hôtel, et une ville localisée dans l’arrière-pays, destinée à l’accueil des professionnels du tourisme.
Cet aménagement modifie considérablement l’environnement côtier. Ainsi les mangroves, qui maintenaient les rivages et protégeaient les populations des ouragans nombreux dans cette région, ont en grande partie disparu. Par ailleurs, la forte concentration touristique génère des besoins importants en eau – notamment l’arrosage des golfs – et des problèmes de traitement des eaux usées. Elle implique également une gestion des déchets. En outre, ce type de tourisme de masse pour personnes aisées engendre des problèmes sociaux : grande hétérogénéité des populations qui vivent de cette activité et migration des habitants des campagnes avoisinantes installés dans des quartiers insalubres de Cancún à la recherche d’un emploi le plus souvent précaire et pénible. • Proposer l’activité 3 dans TDC, « Le Mexique », n° 1009, 1er février 2011, p. 37.

Une autre forme de tourisme : l’écotourisme

Face à ces enjeux socio-économiques, alors que le concept de développement durable s’inscrit peu à peu dans les pratiques, un nouveau concept apparaît, celui d’écotourisme. Pour la Société internationale d’écotourisme (The International Ecotourism Society/TIES), « l’écotourisme est une forme de voyage responsable dans les espaces naturels qui contribue à la protection de l’environnement et au bien-être des populations locales ». Cette réponse offerte aux acteurs locaux permet une valorisation économique du territoire en évitant une exploitation déraisonnée de l’espace naturel ou culturel. Elle favorise également la création d’emplois locaux et participe ainsi à la lutte contre la pauvreté. Enfin, elle engendre une réappropriation des traditions et des pratiques culturelles que les habitants peuvent partager avec des touristes désireux de vivre à proximité des populations indigènes.
De plus, la réflexion menée par les acteurs de ces projets conduit également les populations à une prise de conscience de la gestion et de la protection de leur environnement en s’impliquant dans la maîtrise des impacts environnementaux dus à l’activité touristique. L’exemple proposé ici témoigne de la manière dont les habitants de huit villages isolés de la sierra Norte, au nord d’Oaxaca de Juárez, travaillent ensemble dans un programme d’actions écotouristiques. Les villageois des Pueblos Mancomunados ont choisi un mode de gouvernance territoriale ouvert sur les pratiques communautaires : prises de décisions liées à des débats participatifs, bénéfices du travail commun partagés et investis pour les besoins de la collectivité (moyens de transport, santé et eau potable, etc.). Dans cette région très boisée, où la forêt, désormais protégée après une déforestation importante, demeure néanmoins la proie des trafiquants de bois, les randonnées guidées par les habitants limitent le trafic grâce à la vigilance de ces derniers. Des panneaux de signalisation, représentant des figures symboliques des Zapotèques, guident les randonneurs sur les sentiers, et les villageois proposent, en outre, l’hébergement et la nourriture. Cette offre, référencée dans de nombreux guides et chez des voyagistes, participe à la reconnaissance des projets et au développement de l’économie de la région. Cependant, si la pratique de l’écotourisme bénéficie d’une bonne image auprès des touristes (éthique du tourisme, originalité des projets, préservation de l’environnement, proximité avec les populations autochtones), elle conduit implicitement à une recherche de rentabilité qui demeure préjudiciable pour les populations indigènes. Des chercheurs dénoncent différentes conséquences de ce développement : folklorisation des traditions, disparition des valeurs traditionnelles, introduction de nouveaux besoins chez des populations déjà fragilisées. • Proposer l’activité 4 p. 37.