TEXTES ET DOCUMENTS POUR LA CLASSE

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Des œuvres dans la nature

Pratiques artistiques et histoire des arts / cycles 2 et 3

Par Joëlle Poitral, professeure d’arts plastiques

DOCUMENTS

L’art des territoires

DOC A Robert Smithson, Broken Circle, 1971.

Spectacles dans le désert

DOC B Jean Vérame, Désert bleu, 1984.

Dialogue avec la nature

DOC C Nils Udo, Ruisseau de sorbes, 1993.

L’art de l’emballage

DOC D Christo et Jeanne-Claude, Surrounding Islands, 1983.

ANALYSES DES DOCUMENTS

L’art des territoires

« L’art ne devrait pas être seulement considéré comme un luxe mais participer aux processus de production et de récupération… ». Robert Smithson s’intéresse aux processus de transformation naturels qu’il veut accompagner par des œuvres sculpturales dans une nature qu’il considère à jamais inachevée. C’est dans cet esprit qu’il intervient en 1971 à Emmen, aux Pays-Bas, dans une ancienne sablière désaffectée. La réhabilitation de ce lieu permet à l’artiste d’exploiter et de recycler les sols par la création artistique en n’utilisant pratiquement que des matériaux trouvés sur le site. Un dialogue doit s’instaurer entre l’œuvre et le lieu. L’aménagement se crée autour d’un rocher déjà présent et qui rappelle les « lits des huns », des tombes primitives mises au jour dans la région. Pour rappeler ceux des Pays-Bas, un canal est ici creusé entre des bancs de sable blanc et jaune prolongés par une jetée qui semble tourner dans le sens des aiguilles d’une montre. Comme pour Spiral Jetty, œuvre emblématique du land art, Smithson choisit d’utiliser une figure immanente – le cercle ou la spirale – pour ordonner le désordre géologique. Comme souvent dans ses œuvres, l’artiste oppose ordre et désordre, intérieur et extérieur, nature et technique, présence et absence, énergie et dégradation. À Emmen, c’est à vol d’oiseau que l’on peut le mieux contempler les monuments naturels que sont Broken Circle, endommagé(s) par des inondations, ainsi que Spiral Hill, sorte de tour de Babel en terre avec un chemin de sable blanc en spirale construite elle aussi en 1971 par Robert Smithson et recouverte aujourd’hui de végétation. La mort accidentelle de l’artiste en 1973 laissera des œuvres monumentales inachevées. • Proposer les activités 1 à 3 dans TDC « L’art du paysage », no 1012, 15 mars 2011, p. 32.

Spectacles dans le désert

Dans le désert du Sinaï, sur le plateau d’Hallaoui s’étend le Désert bleu peint in situ en 1980 par l’artiste belge Jean Vérame, plus connu par le grand public sous le nom de « peintre du désert » que comme un artiste appartenant à l’histoire du land art. Pourtant, ce sculpteur, peintre, dessinateur et verrier a fait de la nature un partenaire privilégié depuis 1965. Une grande partie de son travail a consisté à colorer des supports rocheux, à l’instar des peintures rupestres, dans le sud de la France puis dans des paysages désertiques et inhabités, en Égypte, au Maroc ou au Tchad. Mais, par divers aspects, cette démarche inédite se rapproche de celle d’un peintre de paysages dans le sens où le vide du désert pourrait être l’espace vierge d’une toile sur laquelle Jean Vérame inscrirait des éléments colorés. Ce Désert bleu réparti en douze zones étalées sur 80 km étonne, comme beaucoup de ses œuvres, par le caractère artificiel de l’intervention et par le puissant contraste visuel qu’il crée dans la nature minérale environnante. Chaque photographie d’une zone peinte en révèle la qualité plastique propre et le caractère unique au sein d’un ensemble de douze autres.

Les couleurs artificielles de Jean Vérame – bleus électriques, noirs intenses, rouges et violets saturés – délimitent les frontières d’un espace dont l’intérieur s’apparente à une sculpture peinte. Prenant en compte l’altérité du support naturel qu’il révèle sans en modifier la structure, l’artiste met en évidence les formes existantes et la beauté plastique de cet amas de rochers et de cailloux perdu dans l’immensité du désert. Le document photographique témoigne des effets conjugués des couleurs, des formes, de la composition et des matières, les mêmes invariants plastiques traditionnellement utilisés par les artistes et que l’on retrouve également à l’œuvre dans le land art (doc C).

S’appuyant sur l’idée de mobilité, de voyage et de déplacement, le travail de Jean Vérame recouvre parfois une dimension éthique ou spirituelle quant à la petitesse et à la fragilité de l’homme dans l’univers, comme ici dans le désert où ses œuvres, perdues dans l’immensité, sont exposées à une lente dégradation. • Proposer les activités 1 à 3, p. 32.

Dialogue avec la nature

Les œuvres de Nils-Udo sont autant d’interrogations poétiques sur l’infiniment grand et l’infiniment petit de la nature. Ses installations naturelles sont des sculptures vivantes appelées à se dégrader rapidement au gré du vent et de la pluie, puis à disparaître. Comme pour de nombreux artistes du land art (doc D), la photographie joue ici un rôle essentiel dans la production. Elle permet le témoignage, mais aussi la diffusion du travail : les représentations photographiques de l’œuvre initiale deviennent des œuvres autonomes, indépendantes de l’installation éphémère dont elles témoignent. Très connu pour ses gigantesques Nids, ses portes végétales ouvertes, ses « maisons de l’eau » ou ses autels, Nils-Udo, artiste peintre et photographe, explique vouloir établir « un dialogue d’ordre spirituel avec la nature » en jouant subtilement avec des éléments, tels que des végétaux, des fruits, des arbustes, de la terre mais aussi avec les reflets et les ombres.

Loin des Earthworks spectaculaires de Robert Smithson (doc A), la nature recomposée par cet artiste offre ici le spectacle d’un lieu intime tout en douceur et en délicatesse, mais d’une beauté parfois étrange. Au centre de l’image, des morceaux de branches ont été installés pour former un triangle à la surface d’un étang. Partant du sommet, des baies rouges serrées côte à côte forment un petit triangle rouge à l’intérieur du premier. L’installation des éléments a repoussé les lentilles d’eau de couleur vert clair, dont la présence est encore visible sur les bords de l’image. Ce dégagement autorise tous les effets de miroir attendus sur un plan d’eau : le reflet du ciel et celui des végétaux qui le bordent. Le cadrage de la prise de vue accentue le sentiment d’un lieu clos, et le regard se dirige naturellement vers la profondeur de l’étang où le visible – irréel – se joue de l’ombre et de la lumière. Nils-Udo intervient avec et dans la nature, de la manière le plus minimale possible pour, dit-il, mettre « sous tension et transformer cet espace de la nature en espace de l’art ». • Proposer l’activité 5 dans TDC « L’art du paysage », no 1012, 15 mars 2011, p. 32.

L’art de l’emballage

C’est par l’emballage du Pont-Neuf en 1985, avec une toile de polyester ocre jaune, que l’artiste américain Christo, bulgare d’origine, se fit connaître en France, surtout auprès des Parisiens. D’autres monuments ont été ainsi emballés, comme le Reichstag de Berlin en 1995, une installation que le public a bien accueillie. Les œuvres de Christo sont éphémères de par leur impermanence, mais c’est plutôt à la temporalité qu’elles nous renvoient car leur durée d’exposition est fixée d’avance. Chaque projet requiert un énorme travail de conception, de planification et de préparation qui peut durer plusieurs années ; certains ne verront jamais le jour. Jeanne-Claude, la compagne de Christo, s’occupe de la planification des démarches auprès des responsables locaux afin de réunir les autorisations et les fonds nécessaires, car, chaque fois, il s’agit de mobiliser des spécialistes et d’importants moyens techniques avant d’espérer concrétiser un projet. Et, comme les œuvres, par leur nature, ne sont pas vendables, l’exposition d’études préparatoires et la vente par diffusion des photographies servent toujours à financer le projet.

La plus fantastique des réalisations est sans conteste Surrounded Islands, une exposition flottante de tissu de propylène rose entourant les onze îlots inhabités et jonchés de détritus de la baie de Miami, un projet pour une ville où les gens ont l’habitude de vivre entre terre et eau. L’exposition, inaugurée le 7 mai 1983, n’a duré que deux semaines, mais il a fallu six mois pour installer le tissu le long des berges, où 4 tonnes de déchets ont été préalablement retirés. Des bandes de flottaison pliées en accordéon ont été cousues entre chaque morceau de tissu afin que le textile, épousant le contour des îlots, s’adapte à la planéité de la surface et n’entrave pas le mouvement de l’eau. La couleur brillante du tissu rose juxtaposée à la couleur des flots bleus et à la végétation tropicale des îles modifie la perception qu’un spectateur peut avoir de la baie, qui sera différente selon qu’il l’observe de la côte, d’un avion ou de la mer. • Proposer l’activité 6, p. 32.