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Une guerre sans précédent

Histoire - français / cycle 3

Par Alain Parrau, professeur de lettres

DOCUMENTS

La déclaration de guerre

DOC A Une du Petit Journal, le mardi 4 août 1914.

La mobilisation

DOC B Émilie Carles, Une soupe aux herbes sauvages, Éditions Robert Laffont, 1981.

Les principales opérations militaires

DOC C Carte des opérations sur les fronts européens, de 1914 à 1917.

La guerre de tranchées

DOC D André Devambez, Les Tranchées françaises avant une attaque, 1915.

La bataille de Verdun

DOC E Photographie du champ de bataille de Verdun, dans le triangle Douaumont-Vaux-Souville, automne 1916.

La fin de la guerre

DOC F Signature de l’armistice à Rethondes en forêt de Compiègne, dans un wagon, le 11 novembre 1918.

ANALYSES DES DOCUMENTS

La déclaration de guerre

En 1914, Le Petit Journal est l’un des quatre plus grands quotidiens français. Journal de presse populaire, de tendance nationaliste, il tire alors à 850 000 exemplaires.
Le 3 août 1914, l’Allemagne déclare la guerre à la France, après l’avoir déclarée à la Russie le 1er août. Ce même jour, les deux pays avaient décrété la mobilisation générale. Comment l’assassinat à Sarajevo de l’archiduc François-Ferdinand, héritier de l’empire d’Autriche, le 28 juin, par un nationaliste serbe, a-t-il pu avoir de telles conséquences ?
Les Balkans constituaient depuis le début du siècle un grand foyer de tension en Europe, la Serbie cherchant à regrouper les Slaves sous domination autrichienne (Croates, Bosniaques). L’attentat de Sarajevo sert de prétexte à l’Autriche pour déclarer la guerre à la Serbie, le 28 juillet. L’engrenage des alliances va alors précipiter l’Europe dans la guerre : Russie, France et Royaume-Uni se rangent du côté des Serbes, l’Allemagne soutient l’Autriche-Hongrie. Hormis la Grande-Bretagne, qui a tout fait pour éviter la catastrophe, tous les pays ont une part de responsabilité dans le déclenchement du conflit, contrairement aux affirmations des historiographies nationales, longtemps dominantes. À l’été 1914, Allemands et Français croient à une guerre courte, chacun étant convaincu de la justesse de sa cause. Mais la violence de la guerre industrielle va rapidement ruiner ces illusions. • Proposer l’activité 1 dans TDC, « La vie dans les tranchées », no 1024, p. 32.

La mobilisation

Émilie Carles (1900-1979) naît dans une famille de petits cultivateurs d’un village des Hautes-Alpes. En 1916, elle se rend à Paris pour obtenir son diplôme d’institutrice. Elle enseigne dans différentes écoles, sympathise avec les mouvements pacifistes, sous le choc de l’expérience de ses frères mobilisés au front. Une soupe aux herbes sauvages, son autobiographie parue en 1977, évoque la vie difficile des montagnards, les travaux quotidiens, les transformations qui ont peu à peu fait entrer ce monde rural dans la modernité. Ce témoignage remarquable eut un grand succès public.
Quand éclate la crise de l’été 1914, les travaux agricoles battent leur plein dans les campagnes françaises. Dans beaucoup de villages, les habitants, ne lisant pas ou peu les journaux, ignorent la gravité de la situation. La guerre reste une perspective lointaine, et sa déclaration surgit comme un coup de tonnerre totalement inattendu. Les souvenirs d’Émilie Carles témoignent de ce sentiment d’irréalité et d’incrédulité qui saisit alors les paysans, tandis qu’ils sont pressés par les travaux des champs. En 1914, la France est un pays majoritairement rural (56 % de la population en 1911), et les paysans fournissent le plus fort contingent de mobilisés : 3,7 millions (sur 7,7 millions). Comme l’évoque ce texte, une telle ponction de main-d’œuvre se fait sentir dès l’été 1914 : ces hommes jeunes qui abandonnent les moissons pour se rendre au front, il va falloir les remplacer. Du fait de la guerre, 850 000 femmes vont se retrouver à la tête d’exploitations. Le 7 août 1914, le président du Conseil, René Viviani, lance un appel « aux femmes de France pour la moisson ».
Autre aspect important souligné par Émilie Carles, les réactions contrastées de la population à l’annonce de la déclaration de guerre. Pas d’enthousiasme patriotique ici (même si ses manifestations, en particulier dans les villes, ont été réelles), mais l’angoisse et la résignation. Comme elle le rappelle, la guerre c’est d’abord, pour les familles, la séparation, avec la crainte de ne pas voir revenir un mari, un père, un fils. À la fin du conflit, 600 000 veuves, 760 000 orphelins et 1,4 million de familles éprouvées plongeront la société française dans un deuil profond, longtemps inachevé, qui va durablement la marquer. • Proposer l’activité 1, p. 32.

Les principales opérations militaires

En 1914, le plan allemand prévoyait de vaincre rapidement la France, en passant par la Belgique neutre, afin d’éviter la guerre sur deux fronts. Mais ce plan échoue grâce à la contre- offensive française menée par le général Joffre sur la Marne. À la fin de l’année, le front se stabilise de la mer du Nord à la Suisse. À l’est de l’Europe, les armées russes sont battues à Tannenberg.
Sur le front occidental, l’échec de la guerre de mouvement oblige les deux armées à s’enterrer dans un réseau de tranchées étiré sur plus de 700 kilomètres : c’est la « guerre de position ». Toutes les offensives pour percer le front, de 1915 à 1917, se soldent par des échecs sanglants : du côté allemand, l’attaque sur Verdun, le 21 février 1916, déclenche une bataille qui va durer trois cents jours et s’achever sans modification significative du front. 140 000 soldats allemands y laissent la vie (160 000 pour les Français). Du côté français, l’offensive du chemin des Dames, au nord-est de Soissons, qui débute le 16 avril 1917, se révèle un désastre : 35 000 morts, 80 000 blessés en une semaine. C’est dans cette armée fragilisée par l’échec qu’éclatent des mutineries, encouragées par les grèves parisiennes contre la vie chère et l’écho de la première révolution russe. • Proposer l’activité 2, p. 32.

La guerre de tranchées

André Devambez (1867-1944) est un peintre et illustrateur français, dont le musée d’Orsay à Paris présente plusieurs œuvres. En 1915, il publie également dans un tirage limité à cent cinquante exemplaires un album de douze eaux-fortes représentant des scènes de la Première Guerre mondiale.
La guerre, pour des millions de soldats, va se dérouler principalement dans les tranchées. Il s’agit d’une succession de lignes fortifiées, parallèles les unes aux autres, déployées sur une profondeur de 4 à 5 kilomètres et reliées entre elles par des boyaux de communication perpendiculaires. Au contact direct du no man’s land et de l’ennemi se trouve la tranchée de première ligne, profonde de 2 mètres environ. Juste devant elle sont installés des fils de fer barbelés et des chevaux de frise pour stopper les incursions ennemies. Un peu en arrière de cette première ligne, les tranchées de réserve servent de soutien ou de repli. En général, un soldat ne reste pas plus de six à huit jours consécutifs en première ligne. Les attaques sont toujours précédées d’une intense préparation d’artillerie, mais ces pilonnages n’ont jamais réussi à détruire complètement le réseau défensif adverse. • Proposer l’activité 3, p. 32.

La bataille de Verdun

De février à décembre 1916, la bataille de Verdun, par l’ampleur des moyens utilisés (1 million d’obus tirés dans la seule journée du 21 février 1916), le nombre de victimes (300 000 soldats tués, français et allemands), marque l’entrée de la guerre dans une nouvelle ère : celle de la guerre industrielle, de la guerre totale. Pour les Français, Verdun est devenue une bataille mythique, inscrite dans la mémoire collective comme le symbole même de la Grande Guerre.
L’attaque allemande du 21 février surprend l’état-major, qui s’attendait à une offensive plus près de Paris ou de la Manche. À la mi-mars, la rupture du front est évitée, mais les Allemands continuent leur avancée. La puissance des bombardements d’artillerie dévaste les tranchées, les soldats se battent dans des trous d’obus, relève et ravitaillement se font sous un déluge de feu. Les soldats souffrent de la faim, de la soif surtout. Verdun, c’est véritablement l’enfer, comme en témoigne Jean Vergne, décrivant une tranchée où terre, boue et cadavres se confondent : « Toutes les nuits nous sommes là, debout et anxieux dans nos trous. Oh ! Ces nuits ! Qu’elles sont longues ! Oh ! Nuits de Verdun ! Nul ne dort ici, sauf les morts, et encore ! […] Il fait jour ; je constate que les parois de cette tranchée ne sont qu’un pâté de terre et de chair humaine avec mille débris d’armes et de vêtements. Cette terre a été tournée et retournée, les cadavres qu’elle contient ont été enterrés, déterrés, mis en morceaux et mêlés plusieurs fois » (cité par Jean-Pascal Soudagne, La Grande Guerre, l’horreur, Ouest-France, 2010, pp. 26-27.) Les Français tiennent pourtant, et, à la mi-juillet, la dernière attaque allemande échoue. La reconquête des forts de Vaux et de Douaumont (24 octobre et 2 novembre) confirme l’échec de l’offensive allemande. • Proposer l’activité 3, p. 32.

La fin de la guerre

L’année 1917 constitue un tournant : lassitude des combattants et des civils, entrée des États-Unis dans la guerre contre l’Allemagne en avril, révolution bolchevique en Russie qui aboutira à la paix séparée de Brest-Litovsk (mars 1918).
Une dernière offensive allemande en mars 1918 arrive jusqu’à la Marne, mais les Français bénéficient du renfort de deux millions de soldats américains et d’un nouveau matériel de guerre. En juillet, l’armée allemande recule sous le coup d’une contre-offensive. Les alliés de Berlin déposent un à un les armes : Bulgarie en septembre, Empire ottoman en octobre, Autriche-Hongrie en novembre. Entre les mois d’août et de novembre 1918, près d’un million de soldats allemands ont déserté ou prolongé d’eux-mêmes leur permission. Dans les dernières semaines de la guerre, les officiers ne parviennent plus à se faire obéir. La défaite est inéluctable. Les mutineries débouchent sur une révolution qui s’étend dans toute l’Allemagne : le 9 novembre, Guillaume II abdique, une république conduite par les sociaux-démocrates est proclamée.
Le 11 novembre 1918, à 1 heure du matin, la délégation allemande entre dans le wagon qui avait été apprêté en forêt de Compiègne pour la cérémonie de la signature. Après quatre heures de discussion, l’armistice est signé. Il entre officiellement en vigueur à 11 heures du matin.
Le bilan humain et matériel de la guerre est très lourd : près de onze millions de morts, le continent européen affaibli et appauvri, des régions et des États dévastés. La conférence de la paix qui débute à Paris en janvier 1919 redessine l’Europe, mais de nombreux pays ne se satisfont pas de leurs nouvelles frontières. Le traité de Versailles signé avec l’Allemagne en 1919 la déclare responsable du conflit et la condamne à payer des réparations. La France récupère l’Alsace et la Lorraine. Malgré le désir d’installer une paix durable, le monde issu de la Grande Guerre est plus instable qu’en 1914 : non seulement les haines nationales n’ont pas disparu, mais les frustrations des vaincus et des demi-vainqueurs les ont amplifiées. • Proposer l’activité 4, p. 32.