TEXTES ET DOCUMENTS POUR LA CLASSE

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Lieux et acteurs de la tragédie

Pratiques artistiques et histoire des arts - français / cycle 3

Par Christine Boutevin, professeure de français à l’IUFM Aquitaine-Bordeaux-IV

DOCUMENTS

Acteur et théâtre antiques

DOC A Acteur saluant le public en tenant un masque, v. 175-150 av. J.-C. Terre cuite, 16 cm. Paris, musée du Louvre, département des Antiquités grecques, étrusques et romaines.

DOC C Le théâtre d’Orange construit entre 10 et 25 apr. J.-C.

Le mystère médiéval

DOC B Jean Fouquet, « Le martyre de sainte Apolline », Livre d’heures d’Étienne Chevalier, XVe siècle. Enluminure, Chantilly, musée Condé.

Un costume du XVIIe siècle

DOC D Jean Berain, Dessins de costumes de fêtes et de mascarades, 1680. Costume de Pluton. Aquarelle, encre brune, lavis, 24,2 x 22,9 cm. Paris, musée du Louvre, collection Rothschild.

Une tragédienne du XVIIIe siècle

DOC E Nicolas de Largillière, Mademoiselle Duclos de Châteauneuf dans le rôle d’Ariane, v. 1712. Huile sur toile, 65 x 53,5 cm. Chantilly, musée Condé.

Un théâtre à l’italienne

DOC F La Comédie-Française, salle Richelieu, à Paris

Une photographie de « star »

DOC G Félix Nadar, photographie de Sarah Bernhardt, tragédienne française, 1860. Paris, musée d’Orsay.

La tragédie en Avignon

DOC H Denis Podalydès dans le rôle de Richard II, 2010

DOC I Salut des comédiens dans la Cour d’honneur du palais des Papes, Festival d’Avignon, 2006

ANALYSES DES DOCUMENTS

Acteur et théâtre antiques

Le théâtre romain, héritier du théâtre grec, lui a emprunté plusieurs genres dont la tragédie, et en a inventé d’autres comme la pantomime. La tragédie se joue se jouait en plein air dans un espace semi-circulaire où les spectateurs, installés sur des gradins de pierre, découvraient à leur pied l’orchestra, lieu réservé au chœur tragique. Face à eux, la scène et le mur de scène (très bien conservés à Orange) fermaient l’édifice recouvert de sculptures et de décors. Lors des représentations, une toile appelée velum était tirée pour protéger les acteurs et les spectateurs du soleil.
Les pièces tragiques (fabula crepidata) reprenaient les sujets grecs des grands auteurs comme Eschyle, Sophocle et Euripide. Il nous reste tout de même celles d’un auteur latin, Sénèque (Ier siècle apr. J.-C.), dont les œuvres – Médée, Agamemnon, Œdipe – évoquent des personnages célèbres de la mythologie. Dans l’Antiquité, les acteurs étaient peu nombreux sur scène et les rôles féminins toujours interprétés par des hommes. Le chœur, composé de choristes et d’un chef de chœur (coryphée), chantait et dansait entre les scènes parlées. De nombreux documents archéologiques, fresques, peintures sur vases ou sculptures, donnent une idée précise du costume tragique antique.
Cette statuette (doc A) représente un comédien tenant un masque dans sa main gauche. L’acteur tragique portait en effet cet accessoire fait de bois, de cuir ou de cire, dont il existait environ vingt-huit modèles, que les spectateurs pouvaient facilement reconnaître sur scène. Les cothurnes, ces sandales très hautes, et le costume, une robe à manches longues descendant jusqu’aux pieds, permettaient aussi d’identifier, même de loin, les différents rôles joués par les acteurs : en effet le plus souvent un même acteur jouait plusieurs personnages dans une même tragédie. • Proposer les activités 1, 2 et 4 dans TDC, « La tragédie française », n° 1011, p. 32.

Le mystère médiéval

Joué sur le parvis des églises, le théâtre médiéval est lié aux cérémonies religieuses, en particulier aux mystères. Empruntant leurs sujets à la Bible, ces derniers évoquaient le plus souvent la mort du Christ ou celle des saints. Cette enluminure de Jean Fouquet (vers 1420-1480) constitue un témoignage précieux des arts du spectacle médiéval. Elle représente le martyre de sainte Apolline dont le récit nous est parvenu par une lettre de Denys, évêque d’Alexandrie au IIIe siècle apr. J.-C. Cette correspondance rapporte les persécutions des chrétiens à Alexandrie. Apolline en fut l’une des victimes : refusant de blasphémer le nom du Christ, elle eut la mâchoire fracassée et les dents brisées. Menacée d’être jetée dans un bûcher si elle persistait dans son refus, elle se jeta elle-même dans les flammes.
L’enluminure reprend cet épisode à la manière d’un mystère. Le but recherché n’est pas seulement d’édifier les foules, mais aussi de les distraire. En effet, la frontière entre les genres tragique et comique n’est pas alors encore clairement délimitée. Fouquet, lui-même metteur en scène de mystères, engagé par la ville de Tours pour organiser les spectacles lors de la venue de Louis XI, connaît la réalité de ce théâtre. Il peint le martyre comme s’il s’agissait d’une représentation sur une scène de théâtre. À droite, l’« organisateur » du spectacle, debout en manteau bleu, lit le livret, une baguette à la main pour diriger les « acteurs ». Autour de la sainte sont réunis le roi – reconnaissable à son spectre et à sa couronne – et quatre bourreaux. Vêtus d’une chemise rouge et de chausses blanches et vertes, ces derniers sont en train d’infliger différentes tortures au condamné : l’un lui tire les cheveux, l’autre lui arrache les dents, les deux derniers serrent ses cordes. Sur la gauche, un homme défait ses chausses et exhibe ses fesses.
Le peintre a reproduit à l’arrière-plan les maisons du décor qu’on élevait sur l’estrade pour situer les différents lieux de l’action. On distingue trois parties : à gauche, le paradis avec les anges en attente de la sainte ; au centre la Cour et le trône royal – vide puisque le roi est auprès de la martyre ; à droite, les enfers avec le diable qui accueille les bourreaux d’Apolline. L’ensemble est délimité par un rideau d’arbres et une claie sur le devant de la « scène ». On peut identifier le metteur en scène, le « texte », les « acteurs », les « figurants », les « musiciens », le « décor » et les « accessoires ». • Proposer l’activité 3, p. 32.

Un costume du XVIIe siècle

Le XVIIe siècle est l’âge d’or de la tragédie classique française, avec des auteurs tels que Corneille et Racine. Louis XIV et sa cour raffolent des spectacles et organisent de grandes fêtes à Versailles, où le théâtre lyrique tragique tient une place très importante. Les représentations s’enrichissent d’ingénieux systèmes techniques favorisant la variété des décors. Les costumes sont spectaculaires. Jean Berain en crée pour l’opéra, les tragédies et d’autres jeux dramatiques. Une abondante documentation iconographique (eaux-fortes, estampes, dessins à la plume) permet de connaître les différents éléments constitutifs des arts de la représentation au XVIIe siècle.
Cette illustration représente une maquette du costume de Pluton, le dieu des Enfers, pour Proserpine, la tragédie de Philippe Quinault, créée en 1680. Les annotations de la main de l’artiste permettent de se faire une idée assez précise de son aspect : « Couronne noire bridé or et pier rouge et diamant » ; « Toust le corps, lambrequin de satin noir brodé et relevé or ; les yeux des masques de rubie, des pier de touttes coulleurs […] les bas feu […] le tonnelet feu brodé argent et les franges ou dentell de bort or… » La fourche et les masques de démons, ornement du vêtement, identifient le dieu infernal. Le rouge, le noir et l’or, la richesse des pierreries et la brillance des étoffes en constituent les principales caractéristiques, car cette apparition divine doit séduire ou terrifier le spectateur. Les canons de l’élégance du XVIIe siècle s’y retrouvent. Dans la tragédie de Quinault, Pluton enlève Proserpine. Pour satisfaire le goût du public, il était représenté davantage en galant séducteur qu’en monstre libidineux, d’où un joli nœud de cravate, une veste ajustée et de coquettes plumes au chapeau : les attributs du jeune premier à la mode. Le Mercure de France rendit compte de la satisfaction du public le janvier 1680 en ces termes : « Soit pour la beauté des décorations, soit pour la richesse des habits, il ne s’est jamais rien vu de si somptueux en France. » • Proposer les activités 2 et 4 dans TDC « La tragédie française », n° 1011, p. 32.

Une tragédienne du XVIIIe siècle

La tragédie classique se maintient au XVIIIe siècle, renouvelée par l’introduction de sujets modernes. Voltaire écrit par exemple Zaïre, une adaptation d’Othello de Shakespeare, ou Mahomet qui met en scène un fanatique religieux. La comédie larmoyante et le drame voient également le jour, comme Le Fils naturel (1757) ou Le Père de famille (1758) de Diderot, La Mère coupable (1792) de Beaumarchais qui mettent en scène des situations pathétiques au sein de la famille bourgeoise.
Nicolas de Largillière est un grand maître du portrait sous le règne de Louis XIV et de la Régence. Ses modèles appartiennent à une clientèle aisée qui cherche avant tout le réalisme dans les traits du visage. Ce portrait représente une actrice rendue célèbre par le rôle d’Ariane dans la pièce du même nom. Son succès lui valut d’être reçue par le roi, qui lui accorda immédiatement une pension. L’artiste essaie ici de rendre le caractère tragique par le regard et le geste. Ariane, personnage mythologique, aida Thésée à vaincre le Minotaure en lui fournissant un fil pour le guider dans le labyrinthe, contre une promesse de mariage. Mais, lors d’une escale à Naxos, le héros l’abandonna. Elle fut recueillie par Dionysos, qui plaça sa guirlande nuptiale dans le ciel, couronne appelée « couronne boréale », après sa mort. On la distingue sur le tableau, portée par un amour au-dessus de la tête du personnage. La tragédie a été écrite par Corneille et jouée à la Comédie-Française. Le costume est caractéristique : les cheveux de l’actrice sont poudrés de blanc, la pourpre et l’or de la robe conviennent au registre tragique, où il s’agit d’éveiller les grands sentiments. La couronne de laurier et le masque portés par le petit amour symbolisent le genre. Le costume « à la romane » a laissé place à la robe « à la française ». Un vêtement de satin ou de taffetas, plus en accord avec la mode contemporaine, remplace les broderies et les pierreries. • Proposer les activités 1 à 3, p. 32.

Un théâtre à l’italienne

La Comédie-Française ouvre à Paris en 1680 sous l’ordre de Louis XIV, qui souhaitait la fusion de deux grandes troupes parisiennes concurrentes, celle de l’hôtel de Bourgogne et celle de l’hôtel de Guénégaud. La première représentation commune est Phèdre de Racine. Elle a lieu dans le théâtre des Comédiens-français, place du Palais-Royal, d’architecture « à l’italienne » – un plan introduit en France sous le gouvernement de Richelieu, qui donna son nom actuel à la salle. En forme de fer à cheval, cet édifice est entièrement fermé et couvert. Les espaces des acteurs et des spectateurs sont délimités par la rampe et une galerie lumineuse qui borde la scène d’un bout à l’autre. L’espace des spectateurs est hiérarchisé en parterre, amphithéâtre, loges, balcons et poulailler. Si la salle est orientée vers la scène, elle est également faite pour que les spectateurs puissent s’observer eux-mêmes. La richesse de l’architecture est manifestée par l’or, le rouge, le rideau de scène créé par un peintre contemporain et le lustre monumental. Depuis, la Comédie-Française a toujours eu pour mission de diffuser la tragédie classique, mais elle ne néglige pas pour autant les auteurs contemporains. Des mises en scène variées y réactualisent les grands auteurs tragiques de notre patrimoine national. • Proposer les activités 1, 2 et 4, p. 32.

Une photographie de « star »

La représentation des chefs-d’œuvre classiques connut un grand moment à la fin du XIXe siècle. D’extraordinaires acteurs et actrices marquèrent le jeu tragique, dont la plus connue est Sarah Bernhardt. Alors que la représentation théâtrale privilégiait le costume à l’antique orné de broderies et l’usage de bijoux précieux, Nadar choisit de nous donner l’image d’une jeune fille magnifique, le regard mélancolique, vêtue d’un simple drapé avec pour tout bijou des camées en boucles d’oreille. Le décor extrêmement dépouillé, puisqu’il ne présente qu’une colonne sur laquelle le modèle prend appui, rappelle l’Antiquité. Ce dépouillement permet au portrait de se concentrer sur la personnalité de l’actrice. En 1864, Sarah Bernhardt n’est encore qu’une jeune comédienne d’à peine 20 ans. Surnommée « la voix d’or » par Victor Hugo, on l’a très vite considérée comme l’une des plus grandes tragédiennes françaises du XIXe siècle. Après avoir fait le Conservatoire d’art dramatique de Paris, elle triompha dans Ruy Blas, Hernani de Victor Hugo ou dans Andromaque et Phèdre de Racine, à la Comédie-Française, mais aussi dans le monde entier. L’image qu’elle cultiva contribua beaucoup à son succès. Très soucieuse de son apparence et de sa voix, elle sut diffuser ses portraits photographiques pour se faire connaître, et se lia avec des personnalités célèbres : Victor Hugo, Napoléon III ou Oscar Wilde. • Proposer l’activité 2, p. 32.

La tragédie en Avignon

Créé en 1947 par Jean Vilar, le Festival d’Avignon est l’une des plus importantes manifestations théâtrales en France. De nombreux spectacles sont représentés dans la Cour d’honneur du palais des Papes, aménagée en scène de théâtre de plein air pour l’occasion. L’architecture visible sur le doc I montre des gradins montés dans la cour et délimités par les murs du bâtiment médiéval. Les spectateurs ont donc une vue en plongée. Ils sont entourés par des façades de style gothique correspondant au type d’architecture en vogue à l’époque du pape Clément VI. Lorsque Jean Vilar, à l’invitation du poète René Char, présente pour la première fois une pièce de théâtre dans la Cour d’honneur, il choisit une tragédie de Shakespeare, Richard II. Le décor austère et majestueux du lieu convient bien au drame élisabéthain. Le festival connaît un succès croissant avec la représentation des plus grandes tragédies du répertoire classique : Le Cid de Corneille, Phèdre de Racine… La volonté de Jean Vilar est de proposer à tous les publics un théâtre de qualité. En juillet 2010, l’acteur Denis Podalydès a repris le rôle de Richard II (doc H). Cette pièce est une grande fresque historique et politique. Le pouvoir, le complot et la trahison y sont mis en scène dans toute leur violence, puisque le roi d’Angleterre est déchu et meurt assassiné en prison. L’acteur, sociétaire de la Comédie-Française, est revêtu d’un costume sobre couleur sépia. Le sceptre et la couronne symbolisent son rang, mais cette couronne paraît trop grande, et augure d’un destin tragique pour ce roi vulnérable et manipulateur à la fois. • Proposer les activités 1, 2 et 4, p. 32.

Corrigé des activités
Horizontal : 1 - Spectateur ; 4 - Acteur ; 7 - Costume ; 14 - Théâtre.
Vertical : 1 - Salle ; 2 - Tragédie ; 4 - Accessoire ; 8 - Public ; 10 - Représentation