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L’appel des nuages

Sciences expérimentales et technologie - français - pratiques artistiques et histoire des arts / cycle 3

Par Françoise Perrachon, médiatrice culturelle en sciences et technologie

DOCUMENTS

Percer le secret des nuages et peindre l’insaisissable

Doc A John Constable, Étude de nuages à Hampstead, 1821.

Docs B et C Stéphane Audeguy, La Théorie des nuages, Gallimard, 2005.

La princesse, le rêveur et le tyran

Doc D Christophe Galfard, Le Prince des nuages, Pocket Jeunesse, 2011.

ANALYSES DES DOCUMENTS

Percer le secret des nuages et peindre l’insaisissable

Dès son plus jeune âge, John Constable (1776-1837) aime peindre le paysage. Il travaille sur le motif, en plein air, dans son comté natal, le Suffolk en Grande-Bretagne, et s’exerce à la copie de maîtres anciens. Son père, un riche meunier, tente de le dissuader d’entreprendre une carrière artistique. Encouragé par George Beaumont, qui joua un rôle important dans la création de la National Gallery de Londres, Constable entre à la Royal Academy. Très rapidement, il se détache de la formation académique pour reprendre ses études en plein air. Pendant une dizaine d’années, il alterne étude du modèle vivant à l’Academy, esquisses à l’huile sur le motif et œuvres de commande. En 1810, la présentation de ses œuvres à l’exposition annuelle de la Royal Academy le recentre sur la peinture de paysages. Reconnu au Salon de Paris de 1824, il acquiert une renommée qu’il ne cherche pas à entretenir, peu enclin aux mondanités, au contraire de son contemporain William Turner, honoré par le critique d’art britannique John Ruskin. En Grande-Bretagne, les critiques portent sur la nature de ses œuvres, le paysage étant perçu comme un genre inférieur à la peinture d’histoire (scènes historiques, religieuses et mythologiques). Elles ont trait également à la technique : les larges empâtements de couleur sont perçus comme une négligence du peintre.

Tout au long de sa vie, Constable cherche à comprendre les phénomènes météorologiques dont il avait acquis une connaissance empirique, quand, enfant, il s’occupait des moulins à vent de son père. Il se documente dans des ouvrages de vulgarisation scientifique. Au dos de ses études, il note le temps qu’il fait au moment où il peint, la direction et la force du vent. Ses recherches sur les phénomènes naturels se conjuguent avec une approche sensible. Chaque type de nuages doit être reconnaissable, d’où de nombreuses études de cirrus, d’altocumulus, de stratocumulus… C’est le cas des études de ciels faites à Hampstead entre 1820 et 1822. À sa mort, une partie de son œuvre reste méconnue.

Si Constable a peint des ciels « purs » sans autre motif, Étude de nuages à Hampstead (doc A) se rattache cependant à la terre grâce à un triangle de végétation représenté dans l’angle en bas à droite. Hormis ce coin d’arbres sombres, l’œuvre donne à voir un ciel chargé où prédominent les cumulus, des nuages à développement vertical. Constable les figure dans le détail : les nuages en couches se mêlent, laissant peu de place au bleu. L’artiste montre des turbulences en évolution. En haut à gauche, une forme nuageuse plus grise et moins définie que les autres semble faire écho au bosquet de l’angle droit inférieur.

Dans La Théorie des nuages, Stéphane Audeguy (doc B) met en présence différents personnages fascinés par « l’appel muet des nuages ». La quête d’hommes de science et d’artistes entrés dans l’histoire côtoie la passion obsédante d’êtres fictifs. L’un d’entre eux, Akira Kumo, riche couturier japonais, collectionneur d’ouvrages de météorologie, engage Virginie Latour, bibliothécaire chargée du classement de sa collection, dont le travail consiste aussi à écouter les récits de la passion pour les nuages de scientifiques et de peintres du xixe siècle, parmi lesquels le peintre Carmichael pour ses paysages de ciel. Comme la grande majorité des gens, Virginie Latour ne s’est jamais intéressée aux formes que revêtent ces nébulosités : elle apprend à regarder, puis à reconnaître les cirrus, les stratus, les cumulus…, elle découvre Luke Howard, qui dresse la première typologie des nuages, Carmichael, qui, à vouloir les peindre au plus près, perd la raison, ou encore Abercrombie, qui les photographie sous différentes latitudes pour en faire un atlas.

Mais qui est Carmichael ? Sa vie et son œuvre renvoient à celles de John Constable. Comme lui, il est fils de minotier, il scrute les nuages du haut des moulins de son père, et peint ses études de ciel dans la lande de Hampstead. C’est également son talent que décèle sir George Beaumont. De plus, Audeguy insiste sur l’obsédant besoin de peindre l’insaisissable, les formes en mouvement permanent, les paysages en mutation.

Le roman – qui imbrique plusieurs histoires – a pour fil conducteur la quête d’Akira Kumo dont le passé enfoui dans sa mémoire se révèle prendre l’aspect d’un nuage en forme de champignon qu’a vaporisé sa sœur dans l’atmosphère en août 1945. L’extrait choisi livre le questionnement introspectif de ce personnage sur l’intérêt porté aux nuages (doc C). A priori, ils ne suscitent aucune attention, si ce n’est lorsque la pluie se fait attendre, ou au contraire qu’elle génère des catastrophes ou plus simplement compromet le plaisir d’un dimanche ensoleillé. Cet extrait invite chacun à regarder « la beauté absolue des nuages », ces formes qui bougent dans le ciel, et à chercher à en comprendre la nature. • Proposer les activités de 1 à 3 dans TDC, « La météorologie », no 1026, p. 37.

La princesse, le rêveur et le tyran

Le Prince des nuages de Christophe Galfard, un roman pour la jeunesse à la fois fantastique et documentaire, conte l’histoire surnaturelle d’adolescents qui s’opposent au Tyran, un despote qui s’enrichit en vendant des énergies fossiles nuisibles au climat. Les chapitres sont ponctués d’explications scientifiques sur l’atmosphère, la lumière, la couleur du ciel.

À la suite de l’attaque du Tyran, Myrtille, la fille du roi des nuages, est confiée au colonel Briggs. Avec d’autres habitants du royaume, elle s’enfuit à bord d’un nuage artificiel, sorte d’arche de Noé, qui, après une violente tempête, se stabilise au-dessus d’une île volcanique située en plein océan, donnant naissance au village de Blueberry. Hormis l’usine à vent qui le maintient dans les airs, la vie s’organise comme sur la terre ferme : le climat est propice à la culture du riz ; les enfants vont à l’école… Tom, le fils du colonel Briggs, et la princesse Myrtille sont de bons élèves, mais Tristam, rêveur, préfère les couchers de soleil et le vent. Un jour, le Tyran parvient à retrouver le repère des opposants et s’empare de Myrtille. Tom et Tristam s’enfuient sur une moto des airs. Après maintes péripéties, ce dernier parvient à sauver la princesse. Toutefois, comme en témoigne cet extrait, les deux héros ne sont pas sortis d’affaire. Le Tyran a fabriqué d’imposants nuages – des cumulonimbus – dans l’un desquels Myrtille et Tristam sont happés. Ce géant des nuages à développement vertical peut atteindre 15 kilomètres d’altitude. En touchant la troposphère, son sommet revêt la forme d’une enclume. Il est à l’origine des tornades, ces tourbillons de vent localisés que les personnages du roman expérimentent physiquement. Pour se développer et accroître sa dimension, il aspire de grandes quantités d’air chaud et humide dont il tire de la vapeur pour fabriquer des gouttelettes. L’eau contenue à sa base se congèle en altitude pour former des cristaux de glace. Les différences de température entre les deux extrémités du nuage provoquent une décharge à l’origine de la foudre. L’expédition des personnages au cœur du cumulonimbus donne à comprendre son fonctionnement. • Proposer l’activité 4 p. 37.