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Les robes impériales

Français / cycle 3

Par Danielle Bertrand, professeure à l’IUFM de Reims, et Sophie Gauthier, PEMF de Laon

DOCUMENTS

La robe dragon

DOC A Portrait de cour de l’empereur Qianlong dans sa robe de cérémonie, XVIIIe siècle.

Les codes vestimentaires sous la dynastie des Qing

DOC B Robe mandchoue, règne de Qianlong, XVIIIe siècle.

L’empereur Qianlong et les dignitaires kazakhs

DOC C Giuseppe Castiglione, L’Empereur Qianlong occupé à recevoir des dignitaires kazakhs venus lui offrir des chevaux (détail), 1757.

La soie

DOC D Pièce de soie rouge avec motifs dorés de nuages et de dragons (détail), règne de Qianlong, XVIIIe siècle.

Le dragon, symbole de l’empereur

DOC E Détail d’une robe dragon impériale non coupée à douze symboles, règne de Jiaqing, XVIIIe siècle.

ANALYSES DES DOCUMENTS

La robe dragon

Les portraits officiels des empereurs Qing ont, par leur nombre et par leur ressemblance, façonné l’image que les Européens se sont faite du « fils du Ciel », le souverain de l’Empire du milieu. Ces portraits, strictement frontaux, montrent l’empereur assis, vêtu d’une impressionnante robe jaune de cérémonie. Contrairement aux représentations royales ou impériales européennes, le souverain, dont les mains sont dissimulées par de longues manches, ne porte aucun insigne de pouvoir. C’est sa robe qui désigne son autorité par un vocabulaire symbolique extrêmement profus, rattachant sa personne à un ensemble de conceptions religieuses, magiques et politiques. Elle rend compte par là même de la façon dont les Mandchous s’approprièrent les fondements les plus anciens de la culture chinoise.
La dynastie mandchoue des Qing qui dirigea l’empire du Milieu de 1644 à 1911 est la dernière des dynasties impériales chinoises. Comme ce fut le cas pour certaines dynasties régnantes, telle celle des Mongols Yuan (1127-1367) par exemple, les Qing n’appartenaient ni ethniquement ni culturellement à la majorité chinoise des Han. D’origine nomade, descendants des tribus toungouses, les Mandchous s’étaient peu à peu sédentarisés dans le nord-est de la Chine. C’est grâce à leur organisation militaire et administrative, grâce à leur habileté à commercialiser leurs richesses qu’ils firent grandir leur puissance et soumirent la Chine à leur domination.
Leur implantation sécurisée par l’installation de leur aristocratie aux postes clés de l’État, les Mandchous s’engagèrent dans un mouvement progressif de conciliation avec les élites chinoises. La particularité du règne de leurs empereurs les plus brillants fut, d’une part, la virulence de leur répression contre tout mouvement d’opposition et, d’autre part, une démarche très volontaire d’appropriation de la culture chinoise. Les empereurs Yongzheng et Qianlong (1736-1796) sont sans doute les meilleurs représentants de ce processus. • Proposer les activités 1et 2 dans TDC, « La Chine », p. 37.

Les codes vestimentaires sous la dynastie des Qing

La dynastie mandchoue des Qing, particulièrement consciente de ses particularités ethniques et culturelles face à la majorité han qu’elle dirigeait, allait mener une politique d’acculturation très habile. Elle consistait, d’une part, à affirmer son identité de façon très volontaire et, d’autre part, à s’approprier des référents culturels hautement symboliques de l’histoire chinoise.
Cette politique s’est parfaitement illustrée dans les domaines linguistiques et vestimentaires. Dans ce dernier, les Mandchous renoncèrent à la robe chinoise aux larges manches pour imposer à la Cour et aux fonctionnaires une robe plus près du corps, ouverte sur les côtés, pourvue de manches plus étroites terminées par un évasement dit « en fer à cheval ». Les multiples déclinaisons de ce vêtement rappelaient l’origine nomade des Mandchous, leurs traditions équestres et la liberté de mouvement qu’elles impliquaient. Mais, en même temps qu’elle affirmait cette identité nomade, cette robe se parait de motifs symboliques particulièrement significatifs aux yeux des Chinois.
En premier lieu, le dragon, décliné selon de multiples variations. Symbole d’autorité et de bon augure depuis la plus haute Antiquité chinoise, cet animal fabuleux était omniprésent sur les vêtements masculins ou féminins de la cour des Qing. On le trouvait sur les robes officielles de cérémonie, sur les robes de fête semi-officielles et non officielles.
Il comptait parmi les douze symboles réunis exclusivement sur les robes de cérémonie de l’empereur. Étaient aussi figurés : le phénix ; le soleil, la lune et la Grande Ourse ; la montagne ; le feu et l’eau ; les grains de riz ; la hache, les vases rituels et le caractère ji, tous trois liés au culte des ancêtres. Ces douze symboles désignaient le souverain ou « fils du Ciel » comme puissance bienfaisante, garant de l’ordre cosmique et médiateur entre l’Empire, les forces de l’univers et la mémoire des ancêtres.
Outre ces symboles, les couleurs étaient elles aussi associées aux forces de l’univers et aux points cardinaux. Le jaune était associé au centre et à la terre et, le rouge au sud et au feu, le blanc à l’ouest et au métal, le bleu-noir au nord et à l’eau, le vert enfin à l’est et au bois.
Dans le cadre vestimentaire, l’association de certaines couleurs à certains symboles allait donner lieu à des règles de plus en plus précises sous les Qing. C’est ainsi que l’empereur Qianlong fixa, par une ordonnance officielle de 1759, un code vestimentaire strict chargé de désigner le rang de chaque personne dans les différentes circonstances liées à l’étiquette de la Cour. Les robes de soie de couleur jaune éclatant portant un dragon à cinq griffes étaient strictement réservées à l’empereur, à l’impératrice et aux premières concubines. • Proposer les activités 1 et 2, p. 37.

L’empereur Qianlong et les dignitaires kazakhs

Le père jésuite Giuseppe Castiglione, qui est resté à la cour impériale près de cinquante ans, est une des personnalités les plus emblématiques des contacts intellectuels et artistiques entre l’Europe et la Chine à l’époque des Qing, notamment sous le règne de Qianlong. Guiseppe Castiglione a laissé une série de portraits d’empereurs très fameux.
Ce détail (doc C) appartient à un long rouleau horizontal peint par le père jésuite en 1757. On y voit l’empereur Qianlong entouré de quelques dignitaires recevant une délégation kazakhe venue lui offrir des chevaux de prix. L’intérêt de cette représentation est de montrer une image de l’empereur bien moins formelle que celle des portraits officiels. Bien que représenté en vainqueur recevant un tribut, Qianlong n’apparaît en rien ici comme un chef de guerre. Il n’est d’ailleurs pas vêtu d’une robe de cérémonie et n’est pas installé dans une salle d’audience. Sa tenue de couleur et d’aspect très sobres est très discrètement animée par la répétition du motif du dragon brodé sur les épaules, le ventre et au niveau des cuisses.
Si l’importance du moment est bien rappelée par la déférence du personnage kazakh et par la taille imposante de l’empereur, il est intéressant de considérer de près son attitude et son vêtement ainsi que la galerie qui sert de cadre à la rencontre. Tout concourt ici à désigner Qianlong comme un lettré chinois, un érudit raffiné. Sa robe sobre, son attitude posée mais sans raideur, l’écran de bois orné d’une pierre-paysage, les instruments d’écriture sur une console, le jardin et ses bambous… Tous ces détails composent un univers raffiné sciemment mis en scène pour donner à voir un empereur mandchou pleinement sinisé. Est-ce par cette affirmation culturelle plus que par une autorité de vainqueur qu’il voulut marquer sa distance avec les dignitaires kazakhs ? C’est ce que Giuseppe Castiglione semble nous montrer. • Proposer l’activité 1, p. 37.

La soie

La sériciculture (élevage du ver à soie) est attestée en Chine dès le deuxième millénaire avant l’ère chrétienne. Les tissus de soie eurent pendant plus de deux mille ans un rôle considérable dans l’économie chinoise. Gardant secret le processus de l’élevage du ver à soie et de l’exploitation de son cocon, la Chine en fut, en effet, le principal fournisseur de la Méditerranée et de l’Europe, qui ne maîtrisa le processus complet de la sériciculture qu’au XIe siècle. Aujourd’hui encore, la Chine est le plus important producteur de soie. De 50 000 à 60 000 tonnes y sont annuellement produites.
Dès le premier Empire chinois des Han (de 206 av. J.-C. à 220 apr. J.-C.), la soie compta parmi les présents diplomatiques les plus prestigieux. Elle servait aussi de monnaie d’échange dans le cadre du commerce international, pour les soldes des grands militaires ou la rétribution de services exceptionnels. C’est sous l’empereur Wu des Han (140-87 av. J.-C.) que les routes de commerce nommées au XIXe siècle « routes de la soie » furent ouvertes. Elles relièrent indirectement la Chine à la Méditerranée orientale et furent un vecteur essentiel d’enrichissement pour la Chine jusqu’au XIe siècle.
Les usages de la soie furent multiples. Elle servit à envelopper des objets de prix dans le cadre funéraire, à confectionner des tenues vestimentaires ou des accessoires d’ameublement, elle servit aussi de support aux arts de l’encre : la peinture et la calligraphie.
L’industrie textile comptait parmi les plus florissantes de la dernière dynastie impériale des Qing (1644-1911). La production des tissus nécessaires aux usages impériaux était l’objet d’une très grande attention et de dépenses considérables.
La création textile était supervisée à la Cour par le Bureau des rites, qui proposait à l’empereur des projets de production d’étoffes de qualités, de motifs et de couleurs variés destinées à telles circonstances ou telles cérémonies. Une fois approuvées par l’empereur, ces propositions étaient transcrites par des peintres qui en réalisaient un modèle sur papier. Ces modèles étaient ensuite envoyés dans les différentes manufactures impériales pour le tissage.
Réunissant les meilleurs ouvriers et tisserands, trois manufactures se partageaient la production des soies impériales. Elles étaient situées dans les provinces côtières du Jiangsu et du Zhejiang dans les villes de Nanjing, Suzhou et Hangzhou. Chacune de ces manufactures était spécialisée pour différents types de tissages. Leur production était considérable pour couvrir les besoins de l’empereur et de sa famille. Il s’agissait de produire des tissus pour les besoins vestimentaires, pour l’ameublement des multiples résidences, pour les cadeaux diplomatiques et pour les rouleaux destinés exclusivement à la rédaction des textes officiels. La manufacture de Nanjing, affectée à la fabrication de ces rouleaux, faisait ainsi apparaître dans ses tissages les mentions « confié par le Ciel, ordre de l’empereur ».
Une fois tissées, les étoffes de soie étaient envoyées à la Cour, où l’on procédait à la confection des vêtements, à l’ajout éventuel de broderies ou de passementeries. • Proposer l’activité 1, p. 37.

Le dragon, symbole de l’empereur

Sous de multiples noms et formes associés à de multiples fonctions, le dragon fut un élément essentiel de l’imaginaire et de l’art chinois dès la période néolithique. Même si cette hypothèse n’est pas unanimement acceptée, bien des archéologues s’accordent pour situer l’émergence des premières formes de dragons au IVe millénaire avant l’ère chrétienne en Chine du Nord. Il ne s’agit pas encore de l’animal hybride au corps reptilien, aux pattes griffues et à la tête cornue qui nous est familier.
Dans ses plus anciennes représentations façonnées dans le jade, le dragon se présente comme une sorte de larve enroulée sur elle-même, pourvue de gros yeux et d’un groin froncé. Que ces réalisations soient en jade – travaillé au néolithique par abrasion – montre toute la valeur qu’on accordait déjà à ce dragon lové. C’est d’ailleurs à cette forme que se réfère le plus ancien caractère d’écriture désignant le dragon.
À l’époque Shang (1600-1027 av. J.-C.), la figuration du dragon au corps reptilien est répétée à l’envi selon de multiples variantes. On la trouve sur des objets précieux comme des ornements de jade ou des vases de bronze qui servaient de vaisselles funéraires et rituelles destinées à de grands banquets organisés pour le culte des ancêtres.
C’est en croisant les sources iconographiques, religieuses, littéraires des périodes plus récentes qu’il est possible de mieux comprendre les différentes fonctions de cet animal magique. Nous en retiendrons ici trois parmi les principales.
Animal pourvoyeur de bienfaits, le dragon est associé au pouvoir fécondant de l’eau, à la vitalité de la nature et donc à la promesse de richesses. Il est une créature aquatique en mouvement ayant un lien avec les effets atmosphériques. Il circule ainsi entre les sources souterraines et le ciel, ses nuages, ses brumes et ses pluies. Les fêtes populaires qui concluent la période du Nouvel An et annoncent le retour du printemps sont animées par la fameuse danse du dragon. Elle était à l’origine liée à des cultes agraires, à des invocations destinées à faire tomber la pluie et à initier un nouveau cycle végétal. Elle est aujourd’hui encore le symbole du renouveau et des vœux de prospérité.
Animal lié aux croyances en l’immortalité, le dragon est, dans le cadre des croyances taoïstes, la monture des immortels. Ces êtres magiques au corps ailé, partiellement couvert de plumes parcourent à dos de dragons les régions célestes des brumes et des nuages avant d’atteindre leur séjour paradisiaque des monts Kunlun. C’est à ce séjour qu’aspirent les âmes des défunts qui, quittant l’univers de la tombe, entreprennent un voyage périlleux vers le monde de l’au-delà. Accompagnant de leur corps souple et sinueux les souffles et les brumes, les dragons sont abondamment représentés sur les parois des tombes et sur les objets funéraires. L’art des Han (de 206 av. J.-C. à 220 apr. J.-C.) étire leur corps mince, presque immatériel, en un jeu de lignes souples et dansantes.
Animal totémique des souverains mythiques, le dragon est devenu l’emblème de l’empereur et le symbole éminent de son pouvoir dès la première dynastie impériale, celle des Han. Jusqu’en 1911, date de la chute de la dernière dynastie, celle des Qing, le dragon demeura le symbole impérial le plus valorisé sur les vêtements, les objets, le mobilier et l’architecture de la Cour. Pendant presque deux mille ans, le pouvoir de l’empereur et celui du dragon se superposèrent. L’un et l’autre investis des pouvoirs bénéfiques des forces naturelles, ils furent considérés comme des garants de vitalité et de faste, maîtres de l’espace, médiateurs entre la terre et le Ciel. • Proposer l’activité 2, p. 37.