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Le Nouvel An chinois

Découverte du monde - français / cycle 2

Par Barbara Samuel, professeure des écoles

DOCUMENTS

Les préparatifs du Nouvel An

DOC A Famille posant pour le réveillon

DOC B Affichage des vœux, Taiyuan

DOC C Une image protectrice

DOC J Calendrier lunaire, 1895

Pétards et lanternes

DOC D Les pétards

DOC E La fête des Lanternes

DOC F Enveloppe porte-bonheur

Danses et défilés

DOC G La danse du dragon

 Symbolisme culinaire

DOC H Une recette gourmande

DOC I Gâteau porte-bonheur

 Calendrier et signes du zodiaque

DOC J Calendrier lunaire, 1895

ANALYSES DES DOCUMENTS

Les préparatifs du Nouvel An

La semaine précédant le Nouvel An – traditionnellement le vingt-troisième jour du douzième mois lunaire – a lieu le « petit Nouvel An ». Elle marque le début des préparatifs de la fête. Ce jour est entièrement dédié à la cérémonie d’adieu (songzao) à Zaojun (doc J), dieu du foyer qui monte au ciel pour informer l’Empereur de Jade du comportement des hommes. De sa parole dépend la bonne ou mauvaise fortune de l’année à venir. Avant son départ, on brûle de l’encens, et, afin d’attirer son indulgence, des mets sucrés sont préparés, destinés à lui coller la bouche afin de l’empêcher de trop parler ou à l’inciter à dire du bien de la famille (en chinois, « bouche sucrée » signifie « flatter »). L’image du dieu est ensuite brûlée : c’est sous forme de fumée qu’il monte au ciel. Son retour est prévu le soir du réveillon, où une cérémonie de bienvenue lui est dédiée. Une nouvelle image de lui est placée dans la maison. Ce jour-là, il est interdit de parler d’argent, de balayer, de tenir un couteau et surtout de faire tomber ses baguettes, signe annonciateur de mort. Zaojun est souvent représenté avec sa femme qui, selon certains, transcrit le rapport de son mari pour l’Empereur de Jade.
Des vœux de bonheur formulés sur des bandes de papier rouge, couleur de la chance, sont affichés dans la maison ou sur les portes des magasins (doc B) en caractères auspicieux. Les termes « bonheur » (fu) ou « printemps » (chun) sont souvent inscrits, et fréquemment collés à l’envers car le mot « renverser », dao, est homophone du mot « arriver » : un fu renversé signifie donc que le bonheur est arrivé ! Sur les murs sont collées des images protectrices – nian hua : nian veut dire « année », et hua « peinture » ou « tableau » – qui illustrent des scènes de fortune et de prospérité. Avant d’être produites en série, ces images étaient gravées sur bois et représentaient les dieux gardiens des portes, les trois bonnes étoiles : le dieu du bonheur, et ceux de la prospérité et de la longévité. Sous la dynastie des Song (1127-1279), elles étaient vendues sur les marchés et représentaient des thèmes de la vie quotidienne : bonnes récoltes de céréales, portraits de femmes et d’enfants, vœux de bonne fortune, de longévité, motifs de fleurs et d’oiseaux, illustrations de fables et de pièces de théâtre célèbres. Un grand nombre d’entre elles représentent un enfant tenant un poisson gigantesque et une fleur de lotus (doc C). Ce motif classique signifie « puissiez-vous, année après année, vivre dans l’abondance », car le mot « poisson », yu, homophone du mot « beaucoup », représente l’abondance, et la fleur de lotus, lian, est homophone de lian, « successif et continu ». Comme le veut la coutume, ces estampes sont remplacées par de nouvelles à chaque Nouvel An.
La veille du grand jour, on réveillonne exclusivement en famille tard dans la nuit (doc A). Des places vides sont symboliquement réservées aux absents. À 23 heures, l’heure du rat, les esprits rejoignent la fête. À 1 heure du matin, les images des dieux et des sages sont brûlées. Celle de Zaojun, dont c’est le retour, est remise à sa place. • Proposer l’activité 1 dans TDC, « La Chine », n° 1021, p. 32.

Pétards et lanternes

Autrefois, les pétards étaient allumés vers minuit pour chasser les mauvais esprits et apporter la paix et le bonheur. Aujourd’hui, ils sont interdits dans les villes, mais comme il est impensable de s’en passer, ils sont le plus souvent remplacés par des enregistrements sonores.
Les pétards remontent à l’Antiquité. À l’origine, ils étaient faits de bambous qui éclataient à grand bruit quand on y mettait le feu : à l’intérieur, l’air chauffait et gonflait le tube jusqu’à ce qu’il cède. Ils étaient ficelés ensemble de manière à former un chapelet. On y ajouta de la poudre sous les Tang (618-907). Sous les Song (960-1279), le bambou fut remplacé par du papier. C’est à la fin de la dynastie des Qing (1644-1911) que les ateliers pyrotechniques firent leur apparition.
Une légende chinoise raconte qu’autrefois un animal maléfique à tête de lion et corps de taureau, le nian (« année » en chinois), descendait de la montagne une fois par an pour dévorer les humains. Mais la lumière, la couleur rouge et le bruit le faisaient fuir. Les pétards assurent donc une fonction protectrice.
Le Jour de l’an est dédié au culte des ancêtres. Fruits, vin, gâteaux sont déposés sur un autel composé de tablettes en bois gravées aux noms des défunts. Les traditionnels vœux de bonheur sont échangés ; les anciens offrent aux enfants des enveloppes rouges, les hong bao, qui contiennent « l’argent porte-bonheur » destiné à les protéger des mauvais esprits (doc F). On se rend chez des parents ou des amis, vêtu de neuf, pour souhaiter la bonne année, bavarder, se divertir et se régaler : il s’agit du rituel « faire l’invité ». Le lendemain est le « Jour du gendre », consacré aux beaux-parents à qui l’on offre alcool, fruits et pâtisseries. Le troisième jour est celui du « Mariage des souris » pour qui l’on dépose de la nourriture en souvenir d’une immortelle, qui, selon la légende, aurait laissé les traces de ses pattes sur des raviolis.
Les festivités prennent place ainsi du réveillon jusqu’à la fête des Lanternes (doc E), le quinzième jour de la première lune, première pleine lune de l’année. À la nuit tombée, les familles sortent en promenade, lanterne à la main, et jouent à déchiffrer les rébus inscrits sur leur paroi. Celui qui les résout gagne un cadeau.
Depuis la dynastie des Han (206 av. J.-C. – 220 apr. J.-C.), des lampions de toutes tailles sont suspendus dans les rues, les magasins et aux porches des maisons. Les modèles traditionnels ont une armature de bois, de bambou ou de métal recouverte de soie ou de papier de couleur et sont illuminés de l’intérieur par une bougie. De plus en plus, ils sont remplacés par des lanternes en plastique équipées de piles électriques. Avec l’arrivée de la télévision, les personnages de dessins animés font concurrence aux motifs traditionnels que sont les animaux de l’horoscope chinois, les personnages légendaires, les caractères auspicieux ou les courtes fables.
Cette activité remonte à l’époque des Printemps et des Automnes (770-476 av. J.-C.) où les politiciens flattaient leurs souverains par le biais de prophéties énigmatiques. Les énigmes des lanternes restent très populaires aujourd’hui. Elles sont traditionnellement constituées de quatre idéogrammes ou de plusieurs images sans rapport entre elles. Par exemple, l’association d’une sapèque (ancienne monnaie percée en son centre d’un trou carré) au caractère « chauve-souris » signifie « le bonheur sous les yeux » : le mot fu, « chauve-souris », est homophone du mot « bonheur » et le trou carré de la pièce est le yan, c’est-à-dire l’« œil ». • Proposer l’activité 1, p. 32.

Danses et défilés

Les célèbres danses du lion, du dragon, du bateau, la danse aux tambours, la marche sur échasses, les manèges de chevaux en bambous, etc., ont lieu au cours de la journée du Jour de l’an. La tradition exige que l’on mange une soupe de yuanxiao, boulettes de pâte de riz sucrée, symbole du bonheur et de la famille réunie.
La danse du lion remonte à l’Antiquité et exige une grande habileté, de la souplesse et de l’énergie. La tête de papier et le corps en tissu multicolore du lion sont mus ensemble grâce à des culbutes et à des sauts périlleux. Un danseur soulève la tête à deux mains, tandis qu’un autre, tête baissée et corps replié, fait le corps et l’arrière-train. Tous suivent le rythme du tambour et des gongs en effectuant différentes postures. Deux danseurs déguisés en singe et deux autres en clown accompagnent le lion en effectuant des sauts, des culbutes et des gags divers.
Le défilé du dragon, également appelé « danse avec la lanterne-dragon en mains », trouve son origine dans le culte de la pluie qui dispense le bonheur et éloigne les mauvais esprits. En effet, le dragon long est une créature bénéfique, symbole de protection et de chance. On le priait autrefois pour implorer la pluie et les bonnes récoltes. Sous la dynastie des Han, au IIe siècle av. J.-C., il représentait la puissance impériale chinoise, car l’empereur possédait dans sa gorge la « perle du dragon », c’est-à-dire la sagesse, la perfection de sa pensée et de ses ordres.
Le dragon est un animal composite : corps de serpent, écailles de poisson, tête de chameau, oreilles de vache, yeux de lapin, cornes de cerf, serres d’aigle et pattes de tigre. Les différentes parties (de trois à dix) de la lanterne-dragon sont fabriquées avec de fines lamelles de bambou recouvertes de soie fine et transparente sur laquelle sont peintes les écailles et les pattes. Une perche est installée sous chacune d’elles de manière à ce que les danseurs puissent porter un lampion. Un danseur court devant en portant à la main une grosse boule, symbole de la perle. Le dragon entier doit le suivre ce qui demande force, habileté et endurance. Les principaux danseurs sont le porteur de la balle-perle qui dirige, celui qui porte la tête et dont les mouvements vont influencer la coordination de l’animal, et enfin celui qui, à la queue, exécute de nombreux sauts et roulades sans voir les mouvements des autres… Si la danse est bien exécutée, on peut imaginer les ondulations du dragon au son des tambours, des cymbales, du gong et des pétards. • Proposer l’activité 1, p. 32.

Symbolisme culinaire

La nourriture joue un rôle fondamental pendant les fêtes chinoises. Les plats, en dehors de leurs qualités gustatives, sont préparés en fonction de leur charge symbolique. De nombreux mots de la langue chinoise ne se distinguent que par une légère variation de ton, ce qui en fait une langue particulièrement sujette aux jeux de mots. Ainsi, de nombreux mets servis pendant les fêtes du Nouvel An tiennent lieu de bons présages en raison de la forme même des aliments, de leur nombre ou de la proximité phonétique de leurs noms avec des mots évoquant le bonheur, la chance et les plaisirs. Le mot « crevette », xia en mandarin, et ha en cantonnais, rappelle le son du rire : en manger présage bien-être et allégresse.
Les jiaozi sont des raviolis farcis cuits à l’eau ou à la vapeur. Ils apportent la prospérité en raison de leur forme en demi-lune rappelant l’ancienne monnaie chinoise, le yuan bao, connu sous la forme d’un lingot. Garnis de divers ingrédients, ils sont signes de différents présages : la cacahuète représente la longévité, le sucre garantit le bonheur toute l’année, le marron pronostique l’arrivée d’un garçon, la sapèque annonce la fortune pour l’année à venir. Les lingots sont fréquemment représentés sur les images du Nouvel An car ils symbolisent la richesse. Le thé du bonheur, dont le nom, yan bao cha, dérive du mot « lingot », est également servi.
Le mot poisson, yu, homophone du mot « beaucoup », évoque l’abondance. Servi entier, il assure l’abondance ainsi qu’un bon début et une bonne fin d’année. Le poulet doit être présenté avec la tête, la queue et les pattes en signe d’accomplissement et de santé. Les nouilles ne doivent pas être coupées au risque d’écourter l’espérance de vie. Servis en boulettes, le poisson ou la viande symbolisent la réunion et vont toujours par paire. Les plats composés de cinq éléments représentent les cinq bénédictions de l’année nouvelle : la longévité, la paix, la richesse, la sagesse et la vertu.
Manger de la laitue, sheng cai, pour le Nouvel An est signe d’abondance et de richesse car le caractère sheng signifie « naissance », et cai, « richesse ». De même, on doit offrir de la laitue au lion lors de la danse. Les mandarines, ju, en raison de leur similitude sonore avec les mots « chance » et « de bon augure », sont également très appréciées. Lors des deux semaines de célébration, elles sont utilisées en décoration et offertes aux parents, amis et collègues.
Le gâteau de riz gluant, nian gao, évoque la prospérité et une vie professionnelle accomplie. On en déguste en se souhaitant un niveau de vie de plus en plus élevé d’année en année. Il s’agit encore d’un jeu de mots : le mot gâteau, gao, se prononce comme le mot « élevé » et le mot « glutineux », nian, comme le mot « année ». Lorsqu’on y ajoute des dattes, zao, on accélère le processus !
Les gâteaux du bonheur ou de fortune offerts à la fin des repas contiennent des messages de bonne fortune écrits sur une petite bande de papier. Leur forme rappelle là encore celle de l’ancienne monnaie chinoise, le yuan bao. Créés dans les années 1920 par des ouvriers chinois dans une usine de nouilles de San Francisco, ils renfermaient, à l’origine, une maxime de Confucius. • Proposer l’activité 2 dans TDC, « La Chine », no 1021, 1er octobre 2011, p. 32.

Calendrier et signes du zodiaque

Si le calendrier solaire est officiellement utilisé en Chine depuis 1912, le calendrier lunaire continue de l’être également. La date est donnée en commençant par l’année que l’on énonce comme une suite de chiffre (2011 se lit « deux, zéro, un, un », er, ling, yi, yi), puis le mois que l’on désigne par un chiffre (janvier est le « premier mois », yi yue ; février est le « deuxième mois », er yue, et ainsi de suite). Les jours de la semaine n’ont pas de nom mais sont désignés par « un de la semaine », xingqi yi, pour lundi, « deux de la semaine », xingqi er, pour mardi, etc.
Le calendrier lunaire est encore largement utilisé à la campagne parce qu’il associe agriculture, fêtes traditionnelles ou religieuses et astrologie. Mais les douze mois lunaires ne comprenant que 354 jours au lieu des 365 jours, il faut ajouter un treizième mois intercalaire tous les trois ans. Celui-ci se place après n’importe quel mois régulier et garde le même numéro que le mois qui le précède, mais il est marqué comme intercalaire. C’est en raison de ce décalage entre les deux calendriers que le jour de la fête du Printemps varie entre la fin janvier et la fin février.
Les almanachs (doc J), présents dans de nombreux foyers, permettent de consulter les jours considérés comme favorables pour entreprendre les mariages, les fêtes, les déménagements, les offrandes aux dieux, les voyages ou encore le nettoyage de la maison…
L’horoscope chinois repose sur les douze années lunaires. Chaque année correspond à un signe du zodiaque, dont la création remonte au VIe siècle. Il a pour origine la légende selon laquelle l’Empereur de Jade invita tous les animaux de la terre à lui rendre visite une nuit de Nouvel An. Seuls douze d’entre eux se présentèrent : le rat, le buffle, le tigre, le lapin, le dragon, le serpent, le cheval, la chèvre, le singe, le coq, le chien et le cochon. Pour les remercier, Bouddha instaura une année symbolique en l’honneur de chacun d’eux et décréta que tout nouveau-né hériterait des caractéristiques de l’animal célébré cette année-là. On entre dans « son année » tous les douze ans. Chaque année est également associée à un des cinq éléments : métal, eau, bois, feu, terre. Ces signes ont une grande importance financière, personnelle ou politique en Chine, et nombreux sont ceux qui consultent leur horoscope avant d’entreprendre une action. • Proposer l’activité 3, p. 32.