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Le cheval et le premier grand Empire chinois des Han

Histoire / 6e

Par Cécile Becker, chef du service culturel et pédagogique du musée Guimet

DOCUMENTS

Le cheval, instrument des ambitions territoriales et militaires des Han

DOC A Cheval et cavalier. Époque des Han antérieurs, IIe siècle av. J.-C.

Une réalisation exceptionnelle pour la tombe de l’empereur Wu

DOC B Le cheval doré de Wudi, pièce d’un mobilier funéraire. Époque des Han antérieurs, IIe siècle av. J.-C.

Le cheval et l’imaginaire funéraire

DOC C Cheval volant, pièce d’un mobilier funéraire. Époque des Han postérieurs, fin du IIe siècle - début du IIIe siècle.

Le char, marqueur social et signe d’appartenance à l’aristocratie

DOC D Estampage. Époque des Han postérieurs (25-220).

Une sépulture royale

DOC E Le cheptel funéraire. Époque des Han antérieurs, 153-146 av. J.-C.

Ornement de tête de cheval

DOC F Frontail d’un harnais de cheval. Époque des Han antérieurs.

ANALYSES DES DOCUMENTS

Le cheval, instrument des ambitions territoriales et militaires des Han

La dynastie des Han, qui dirigea le premier grand Empire chinois de 206 av. J.-C. à 220 apr. J.-C., a considérablement marqué l’histoire du pays en posant les fondements institutionnels et fonctionnels de l’Empire tel qu’il se développa pendant près de deux mille ans. Les souverains han conduisirent conjointement deux grandes ambitions : celle d’une structuration d’un État puissant et centralisé et celle d’une expansion territoriale sans précédent.
Une des conditions nécessaires aux succès militaires des Han, à leurs conquêtes puis à l’installation de leur autorité dans les régions nouvellement conquises, fut la rapidité des communications et des déplacements. On favorisa pour cela le développement de nombreux haras et de vastes pâturages impériaux capables de faire prospérer un cheptel équin considérable. C’est dans les prairies des provinces du Nord que les Chinois, forts de l’exemple de leurs ennemis des steppes, élevèrent des troupeaux de robustes poneys mongols.
Ces poneys, utilisés dans la cavalerie dès le IVe siècle avant l’ère chrétienne, permirent aux troupes des Han une plus grande mobilité, des stratégies de harcèlement et des contre-attaques rapides lors de leurs guerres contre les nomades xiongnu. La cavalerie fut l’arme la plus importante des Han. Elle induisit de nouvelles habitudes militaires et vestimentaires. À l’instar de leurs adversaires, les troupes chinoises adoptèrent le port de pantalons et de tuniques courtes qui remplacèrent lors des exercices militaires la longue robe chinoise.
Outre son implication dans des actions strictement militaires, le cheptel équin favorisa la rapidité des communications et donc la possibilité d’un lien entre la capitale et les postes administratifs les plus reculés de l’Empire. Les caravanes permirent le développement du commerce et les exportations de produits de luxe, alors que les chevaux eux-mêmes constituaient des cadeaux diplomatiques de grand prix offerts à des puissances étrangères. Les chevaux d’Asie centrale, réputés pour leur élégance et leur vélocité, furent quant à eux introduits en Chine à partir du règne de l’empereur Wudi (140-87 av. J.-C.)
L’image que nous choisissons ici comme emblème de ce propos sur le cheval à l’époque des Han est une figurine funéraire ou mingqi. De nombreuses pièces de terre cuite colorée de ce type renseignent assez précisément les historiens sur l’équipement équestre des soldats han. Ce cheval monté par un jeune cavalier évoque ici toutefois le moment d’une parade militaire plus que celui d’une intervention guerrière. Le cheval est à l’arrêt, soigneusement préparé, comme l’indique sa queue nouée et son filet paré de fleurs blanches. Son cavalier, vêtu d’une tunique aux pans croisés serrée à la taille par une ceinture, porte des bottes et un pantalon court. Il devait tenir une lance aujourd’hui disparue. La selle et son tapis sont bien identifiables et ne portent aucun étrier. Connu des nomades des steppes avant les débuts de l’ère chrétienne, l’usage des étriers ne sera régulièrement attesté en Chine qu’à partir du IIIe siècle. On imagine toutefois qu’il y fut connu avant cette date. Les étriers facilitent les efforts nécessaires à un lancier pour livrer bataille, lancer son arme et rester stable sur sa monture.

Une réalisation exceptionnelle pour la tombe de l’empereur Wu

L’empereur Wu (Wudi ou Wu Di, « empereur guerrier »), qui régna de 140 à 87 av. J. C., fut sans doute l’un des empereurs les plus ambitieux de la dynastie des Han. Articulant des conceptions magiques et religieuses à une nouvelle interprétation du corpus confucéen, il imposa une nouvelle idéologie du pouvoir. Une université impériale fut créée, les écoles régionales furent multipliées pour la formation des lettrés-fonctionnaires. C’est avec leur concours et par une politique de grands travaux, de développement de la métallurgie, de l’agriculture et des artisanats qu’il s’attacha par ailleurs à enrichir l’Empire.
Pour assurer ses ambitions militaires et ses recherches d’alliances contre les nomades xiongnu auprès de peuples étrangers, Wudi envoya l’un de ses ambassadeurs nommé Zhang Qian vers les régions inconnues de l’ouest de son Empire. C’est en parvenant au Ferghana, aux confins de l’Asie centrale, que Zhang Qian découvrit une race de chevaux inconnue des Chinois. Elle allait susciter de leur part une admiration sans limite. Ramenés auprès de Wudi, ces chevaux kazakhs enrichirent le cheptel chinois qui comptait jusqu’alors deux races principales : celle des chevaux han utilisés pour le trait et le transport, et celle des chevaux mongols petits, trapus et rapides utilisés par la cavalerie. Les chevaux de race kazakhe étaient plus grands, plus élégants et surtout plus rapides que les autres. Ils furent progressivement acclimatés et aussi croisés avec d’autres races pour améliorer le cheptel équin de l’Empire.
C’est pour leur prestige, leur beauté et leur rapidité que ces chevaux furent nommés chevaux célestes, chevaux volants, chevaux dragons ou chevaux à la sueur de sang (vraisemblablement à cause de leur robe truitée). Wudi lui-même composa un poème en l’honneur de son cheval kazakh.
Par sa taille, son poids et l’excellence de sa réalisation, le cheval de bronze doré de Wudi s’impose comme un emblème du faste du règne de l’empereur Wu. Chang’an (aujourd’hui Xi’an), sa capitale, concentra les pouvoirs et diffusa ses modèles normatifs dans tous les domaines. L’apparat de la Cour, devenant un référent culturel, suscitait d’immenses dépenses et d’abondants cadeaux diplomatiques en direction des peuples étrangers.
Découverte en 1981 dans une fosse du Maoling, cette pièce exceptionnelle de 29 kg est un des plus somptueux rappels de l’importance du cheval à la période des Han. Il montre que les artistes de cette période étaient conduits par le souci d’un réalisme de plus en plus affirmé.

Le cheval et l’imaginaire funéraire

Bien plus qu’un auxiliaire indispensable aux conquêtes et aux campagnes militaires des Han, le cheval fut associé aux mythes et aux représentations de la vie dans l’au-delà. L’iconographie funéraire chinoise fut longtemps dominée par un bestiaire mythique constitué de chimères, de tigres, de dragons ou de phénix aux formes souples et sinueuses évoluant parmi les montagnes et les nuages. Leurs mouvements accompagnaient celui des « souffles » ou des « âmes » dans leur voyage vers le paradis des immortels.
Alors que se transforment les croyances liées au monde de l’au-delà, l’art de la période des Han associe à ces figures imaginaires des thèmes plus réalistes. La tombe devient une demeure qui, par son décor et son mobilier, rend compte du statut social du défunt, lui procure les nourritures et objets nécessaires à son voyage et son séjour dans l’au-delà.
Les croyances des Han relatives à la vie dans l’au-delà associaient deux âmes au défunt : une première destinée à un voyage vers le monde souterrain, et une seconde se dirigeant vers le monde céleste et les monts Kunlun, séjours des sages et des immortels. Dotés de pouvoirs surnaturels, les « chevaux volants » ou les « chevaux célestes » étaient réputés rejoindre ces paradis. Leurs apparitions étaient de bon augure et tenues pour des bienfaits du Ciel. Les représentations équestres se multiplièrent donc dans les tombes, non seulement parce que la possession des chevaux y était un marqueur social éminent, mais aussi parce que le mouvement des « chevaux célestes » faisait écho au thème de l’ascension des souffles parmi les nuées et les brumes.
Sans doute stimulés par l’admiration que suscitait le galop des chevaux du Ferghana, les bronziers réalisèrent des œuvres d’une audace technique et d’une expressivité remarquables. Cette œuvre de bronze de dimensions modestes est d’une exécution extraordinaire. Elle faisait partie du mobilier funéraire de la tombe d’un général et de son épouse et a été datée de la fin du IIe siècle apr. J.-C. L’unique appui du cheval se pose sur le dos d’une hirondelle et suggère la course de ce cheval parmi les nuages. Comme dans de nombreux aspects de la culture des Han, le surnaturel s’associe ici à une attention nouvelle pour le réel.

Le char, marqueur social et signe d’appartenance à l’aristocratie

D’abord véhicule du souverain par excellence, le char – et notamment le char à dais – associa dès la plus haute Antiquité chinoise deux formes particulièrement signifiantes dans l’iconographie chinoise : le carré et le cercle. La caisse du char, de forme carrée, fut associée à la Terre. Le dais, de forme circulaire, devint le symbole du Ciel. Entre Ciel et Terre se tenait donc le souverain, chargé de maintenir et réguler les énergies de l’univers. S’il s’avérait défaillant dans son rôle de médiateur, il risquait d’altérer l’interdépendance des forces cosmiques et humaines et de mettre en danger l’ordre de l’univers tout entier.
Les fouilles archéologiques et de nombreux documents forts anciens renseignent les historiens sur la diversité des chars et de leurs usages. Employés dès le XVIIe siècle av. J.-C. en Chine du Nord, ils furent les éléments essentiels de l’équipement guerrier sous les Zhou (1025-450.) Le combat de chars entre seigneurs s’engageait alors selon des règles et des codes précis. Certains documents administratifs de cette période font état de vingt-cinq types de chars avec des attelages de deux ou quatre chevaux. L’archéologie funéraire atteste les efforts progressifs des Chinois pour alléger ces chars et les rendre plus maniables.
L’usage du char à l’époque des Han n’était plus depuis longtemps l’apanage du souverain et des seigneurs les mieux équipés lors des campagnes militaires. Les scènes gravées sur les parois des tombes de dignitaires le désignent comme le véhicule de « l’homme de bien », autrement dit, du gentilhomme. Élégant et léger, pourvu de larges roues, souvent attelé d’un seul cheval, le char sert aux déplacements utilitaires mais aussi à la chasse et aux processions cérémonielles. Il s’impose comme un marqueur social, un signe d’appartenance à l’aristocratie. Son utilisation pour de longs déplacements est favorisée à l’époque des Han par l’amélioration du réseau routier.
Avec les rites, la musique, l’écriture, la science des nombres, le tir à l’arc, la conduite du char figurait au nombre des six arts associés à l’éducation confucéenne que se devaient de pratiquer les membres de l’élite chinoise. Les fils de grandes familles œuvrant au service de l’empereur ou les lettrés-fonctionnaires sélectionnés pour leur maîtrise des classiques confucéens s’exerçaient à travers eux à réaliser leur idéal social et moral. Désigné sous le terme de ren ou « sens de l’humain », cet idéal se caractérisait par le souci de l’harmonie dans les relations humaines régulées et animées par les rites. Il était aussi porteur des valeurs attachées à l’étude, à la piété filiale, à la loyauté et à la mansuétude.

Une sépulture royale

Les fouilles archéologiques menées dans la région d’Anyang au Henan ont mis au jour un des plus anciens cimetières royaux, dont les sépultures datent des XIVe-XIIe siècles av. J.-C. Son mobilier funéraire atteste, dès les premières dynasties royales, le souci de faire de la sépulture une sorte de microcosme. Son ostentation identifiait le statut social du défunt et son mobilier réunissait tout ce dont il allait avoir besoin durant son voyage vers l’au-delà. Y étaient donc réunis nourritures, objets, serviteurs, chars et chevaux. Les historiens soulignent les critiques de Confucius à l’égard de ces sacrifices. Leur pratique se raréfia aux environs du IIIe siècle av. J.-C, et on installa dans les tombes des substituts de terre cuite. Si la tombe du Premier empereur à Xi’an est sans doute le plus impressionnant exemple d’usage à grande échelle de substituts funéraires, celles des empereurs de la dynastie des Han sont également spectaculaires, bien que de moindre dimension. Plusieurs fosses annexées aux chambres funéraires des empereurs de cette époque présentent ainsi des troupeaux entiers de chevaux en terre cuite. Des fouilles récentes du mausolée de Han Wudi montrent toutefois que la pratique des sacrifices se maintint sous les Han. Quatre-vingt squelettes de chevaux y furent en effet découverts lors d’une campagne de fouilles en 2009.

Ornement de tête de cheval

Le soin apporté à l’ornementation des chevaux avait plusieurs fonctions : affectives et ostentatoires tout d’abord, qui soulignaient l’attachement d’un seigneur à son cheval ; apotropaïques, qui consistaient à repousser les ennemis et les dangers ; protectrices enfin, par le fait de couvrir plus ou moins le corps des chevaux et de les prémunir contre les blessures d’armes de jet, par exemple.
Des mingqi de terre cuite représentant des chevaux de guerre montrent des caparaçons couvrant le corps du cheval d’une sorte de cotte constituée de lamelles métalliques.
Placé sur la tête de l’animal, cet ornement d’or porte un animal hybride mêlant la figure d’un cheval et d’un dragon. Ces deux figures, associées à la vigueur de l’élément feu, s’agrègent ici en un symbole de fougue et de puissance.