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La curation, objet et outil d’apprentissage

Avant de donner des exemples d’utilisation de la curation dans le domaine pédagogique, nous allons nous interroger sur l’intérêt de cette pratique auprès des élèves.

La curation, objet et outil d’apprentissage

Du fait qu’il s’agit d’un traitement de l’information réfléchi et non automatisé, la curation doit permettre aux élèves d’accéder plus aisément aux savoirs. Pour Louise Merzeau [28], le repérage de l’information, sa sélection, sa mémorisation et son éditorialisation facilite les apprentissages. En outre, la curation permet de redonner à l’enseignement son caractère public. Le savoir n’est plus seulement confiné dans la sphère de l’Education Nationale. L’apprentissage se fait tant à l’école qu’à la maison. Cette prise en considération de ce qui se fait hors des murs de l’institution donne sens aux apprentissages. Cela permet également de considérer que les jeunes ne sont pas que des élèves mais des individus avant tout. La prise en compte de leur mode de vie peut être un moyen de les rapprocher des savoirs académiques. Toutefois, pour que les apprentissages soient bénéfiques pour les élèves, il faut qu’ils soient accompagnés par les enseignants. Ce sont eux qui vont leur permettre d’acquérir l’autonomie dont ils ont besoin dans le cadre de leurs études mais également d’agir en tant que citoyen responsable sur le net. Olivier le Deuff indique que les élèves vont devoir être accompagnés par des « maîtres d’armes numériques [29] » capables de les aider à utiliser intelligemment les outils. L’enseignement concernant la curation ne doit pas tant porter sur les outils de curation en eux-mêmes que sur le fait de savoir pourquoi on les utilise. Certes les élèves vont devoir savoir utiliser les outils mais ils vont devoir surtout apprendre à analyser l’information. En ce sens, la curation n’engendre pas des savoirs nouveaux. Face aux documents qu’ils sélectionneront, les élèves vont devoir se demander en quoi ces documents sont utiles. Quelles sont les informations essentielles qu’ils véhiculent ? A qui sont-ils destinés ? Comment les regrouper ? Il s’agit bien ici de revenir aux sources de la recherche documentaire. Olivier le Deuff précise « que s’il ne devait y avoir qu'une seule voie pour la curation, c’est bien celle de l’analyse documentaire (…) avec la réalisation de résumés et de produits d’indexation [30]. » Alexandre Serres partage le même point de vue en disant que l’important réside dans l’évaluation de l’information. Richard Peirano précise qu’il va falloir faire « acquérir aux élèves une grammaire du numérique [31] ». Les élèves doivent être capables de porter une analyse critique sur ces outils : quels sont leurs atouts mais également leurs limites ? Comment les utiliser sans participer à l’infobésité mais en apportant une plus-value ? Nous voyons bien que le rôle de l’enseignant est crucial. C’est parce que ce dernier permettra à l’élève de se confronter à ces outils tout en mettant en œuvre un système guidé que l’élève pourra acquérir les compétences inscrites notamment au B2i : devenir un veilleur éclairé. Permettre aux élèves d’avoir une attitude responsable en matière de TICE n’est pas nouveau puisque déjà lors de la création du B2i, il était précisé que les élèves devaient « adopter une attitude citoyenne face aux informations véhiculées par les outils informatiques [32] ». C’est bien à ce niveau-là qu’il faudra rappeler aux élèves que la toile n’est pas un supermarché et que des règles sont à respecter. Ces règles concernent bien évidemment celles dont nous avons parlé sur le droit d’auteur mais également celles sur le respect des internautes en général et ce parce que le savoir dans le cadre de la curation se construit à plusieurs. Une fois que ces élèves seront en mesure de faire preuve de discernement, ils pourront alors apprendre pour les collégiens à s’ «abonner à des flux RSS (information ou podcast)», pour les lycéens à «construire une veille numérique en utilisant des outils de veille adaptés (alertes, fils RSS, abonnements, podcast, etc.) [33] ». Nous voyons donc qu’il y a des pré-requis à l’utilisation des outils de curation : être à même de faire preuve de réflexion.

Compte tenu des propos énoncés, nous pouvons dire que l’enseignement de la curation est bénéfique et ce à plusieurs niveaux :

  • associer la culture des élèves aux savoirs académiques ;
  • remettre à l’honneur les savoirs traditionnels d’analyse de l’information ;
  • mettre en place des systèmes d’apprentissages horizontaux (entre pairs) et non seulement verticaux ;
  • permettre aux élèves d’utiliser de manière raisonnée la toile.

Notes de bas de page

[28] Louise Merzeau, La pratique du Webinaire : en quoi développe-t-il le travail de co-construction entre apprenants, Webinaire organisé dans le cade du MOOC DocTice, 1 mars 2014, Disponible sur : missiontice.ac-besancon.fr/documentation/

[29] Olivier Le Deuff, Curation et logique documentaire : pour des maîtres d’armes numériques, Médiadoc n°9, décembre 2012, Disponible sur : 

[30] Olivier Le Deuff, doc.précité

[31] Richard Peirano, La curation à l’école, vers une culture de l’information, in Véronique Mesguisc et al, doc. précité

 

[32] Bulletin officiel du Ministère de l’Education Nationale, Brevet Informatique et Internet ( B2i) Ecole-Collège, N°42 du 23 novembre 2000, Disponible sur :  http://www.education.gouv.fr/bo/2000/42/encart.htm

[33] Eduscol, Le brevet informatique et Internet ( B2i) école-collège- lycée et CFA. Les référentiels,  mis en ligne le 18 novembre 2013, Disponible sur :   http://eduscol.education.fr/cid46073/b2i.html

 

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