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Entretien avec Jacqueline André, professeur-documentaliste

Par Carole Detain,
CRDP de l'académie d'Amiens [juin 2003]

Mots clés : atelier d'écriture , incitation à la lecture , secondaire premier cycle

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Pouvez-vous vous présenter en quelques phrases ?

Jacqueline André : Je m'appelle Jacqueline André et je suis documentaliste au collège Anatole France de Montataire dans l'Oise depuis octobre 84 après être passée par différents lycées et collèges de la banlieue ouest de Paris. J'ai toujours eu deux passions, la lecture et les enfants, je les mets dans cet ordre car j'ai commencé par aimer la lecture lorsque j'étais enfant. De la lecture à l'écriture, il n'y a qu'un pas qui permet à certains élèves de nos établissements "difficiles" en s'exerçant à l'autre, l'écriture, d'en venir à l'une, la lecture, si vous voyez ce que je veux dire.

Pouvez-vous nous recenser les expériences d'écriture les plus marquantes que vous avez pu mener ?

Jacqueline André : Des créations d'affiche de lecture pour faire aimer le livre qu'ils avaient lu, en passant par les grands travaux autour d'un thème comme la naissance de l'écriture regroupant textes, dessins, panneaux et rencontre avec des lecteurs de braille et oui la lecture...

Des poèmes, fables, contes, nouvelles, textes dramaturgiques, je crois que toutes les expériences nous ont apporté de vrais plaisirs de création, des joies et parfois des peines partagées car l'acte d'écrire ne se passe pas toujours sans mal. En tout cas le rapport prof-élève change et s'enrichit dans le respect mutuel de l'autre et la découverte de capacités que le cadre scolaire ne laisse pas toujours voir.

Mais le conte "Les tourterelles ont des boutons" écrit par une classe de 6ème d'Angelina Caussé et mis en musique sous la direction de Gérard Eloy des Francas et les trois expériences avec un auteur, la première en 1991 avec Orlando de Rudder sur l'initiative d'Angelina Caussé (professeur de portugais et "accessoirement de français" dixit l'intéressée) et les deux dernières avec Roger Wallet, Jean-Michel Paris pour le théâtre et Christine Garcia professeur de lettres ont formidablement bien fonctionné avec les élèves qui rencontraient un écrivain pour écrire avec ou grâce à lui.

La publication des textes dans un livre ou sur internet par l'intermédiaire du site du collège motive terriblement les élèves.

Pouvez-vous nous exposer un peu plus en détail le(s) projet(s) que vous avez pu mener avec Roger Wallet ?

Jacqueline André : La première intervention de Roger Wallet au collège a eu lieu grâce à Mme Capet responsable de la BM de Montataire, nous avons l'habitude de travailler en collaboration et c'est elle qui a eu l'idée du projet "Rendez-vous dans dix ans". Elle m'a demandé s'il me semblait qu'un professeur puisse être intéressé par un atelier d'écriture sur le thème proposé. Voilà comment j'en ai parlé à Christine qui a engagé une de ses classes de troisième. Vous trouverez tout le détail en ligne. L'expérience a été tellement appréciée que nous l'avons renouvelée l'année suivante en l'élargissant au théâtre.

Qui est en général à l'origine de la collaboration (le documentaliste, un enseignant de discipline...) ?

Jacqueline André : Cela peut venir des uns ou des autres. La collaboration devient de plus en plus facile lorsque l'on a l'habitude de travailler ensemble. Chacun peut être l'élément moteur : Angelina Caussé a été à l'origine du premier atelier d'écriture avec une classe de 6ème, une 5ème et l'écrivain Orlando de Rudder auquel j'ai participé au collège. Le livre contenant deux nouvelles, La cabine de la mort et La femme qui en savait trop, a été édité par la ville de Montataire, toujours la collaboration.

Comment concevez-vous le bon déroulement d'un atelier d'écriture en CDI ?

Jacqueline André : Voilà ce que dit ma collègue, Joëlle Bonnissant, professeur d'anglais au collège à qui j'ai demandé de présenter le travail de recherche documentaire au CDI : Cela "implique un travail pluridisciplinaire : les documentalistes se retrouvent dans la position de "modérateurs", chargés de coordonner les divers travaux et d'en contrôler la progression". Peut-on l'appliquer à l'atelier d'écriture, je n'ai pas l'impression d'être une autre à ce moment là, mais il y a certainement plus d'implication personnelle de tous, par contre.

Quels sont les objectifs d'un tel travail ?

Jacqueline André : Utiliser les compétences pour une production qui fera progresser les élèves et qui les valorisera. Cette notion est très importante pour nos élèves qui sont souvent en échec scolaire. Angelina Caussé l'explique très bien sur le site.

Comment mettez-vous en place les différentes séances de travail ?

Jacqueline André : En collaboration avec les différents partenaires du collège et les intervenants extérieurs. Nous réservons toujours des temps d'utilisation pour les autres usagers du CDI.

En quoi cela contribue t-il à une augmentation des pratiques de lecture des élèves ?

Jacqueline André : L'utilisation du CDI et de ses ressources est décuplée lorsque les élèves y viennent avec les professeurs. La collaboration des enseignants entre eux augmente la fréquentation du CDI par les élèves. Écrire un texte rend peut-être le livre plus proche, moins inquiétant pour ceux qui ne sont pas tombés petit dans la potion magique ?

Quel(s) texte(s) proposez-vous au début pour accrocher les élèves ?

Jacqueline André : Nous cherchons dans le fonds du CDI les livres en rapport avec le thème choisi et nous proposons une liste aux professeurs. Si besoin est, nous enrichissons ce fonds par des achats ou des emprunts à la BM. Puis nous déterminons, avec les professeurs concernés, une liste pour les élèves. Un bon livre de littérature jeunesse ne m'ennuie jamais et le fait de l'avoir lu me permet de mieux cibler l'élève qui pourrait le lire avec intérêt.

Pouvez-vous nous donner quelques exemples de textes qui peuvent inciter les élèves à la lecture ?

Jacqueline André : Tous les livres de littérature jeunesse peuvent inciter les élèves à la lecture, je leur explique souvent que le problème reste celui de la rencontre, trouver le bon livre pour le bon lecteur, la rencontre avec le livre qui donne envie d'aller voir plus loin ce qu'on trouve au fil des pages et parfois miracle celui que l'on pose avant de l'avoir terminé pour se donner quelques jours avant d'avoir à le quitter.

En quoi le (la) documentaliste (et/ou le CDI) est-il associé(e) ?

Jacqueline André : Il est partie prenante, il fait avec les autres acteurs. S'accepter, se comprendre, travailler ensemble, c'est la vie.

Ce travail exige-t-il et/ou développe t-il des compétences documentaires spécifiques chez les élèves ?

Jacqueline André : Je crois que toutes les compétences documentaires sont utilisées sans que les élèves s'en rendent compte, je peux même dire qu'ils consultent les dictionnaires sans rechigner et parfois même avec avidité, un bonheur pour moi qui ai toujours rêvé en ouvrant un dictionnaire.

Dans quel contexte pédagogique s'inscrit votre action ?

Jacqueline André : Un travail transdisciplinaire souvent en relation avec une AEC.

Pouvez-vous nous signaler quelques titres d'ouvrages pédagogiques dont vous vous inspirez ?

Jacqueline André : Je crois que je ne pourrais pas vous en citer un plus que les autres mais vous pouvez trouver entre les revues (Lire au collège, Inter CDI....) les livres traitant du sujet (Poslaniec....) et les sites sur la lecture CRLJ, Ricochet...

Quelle(s) difficulté(s) avez-vous rencontrées ?

Jacqueline André : Parfois le calendrier, mais toujours le financement.

Pouvez-vous nous décrire une anecdote émouvante ou amusante qui vous revient à l'esprit ?

Jacqueline André : La surprise des élèves lorsqu'ils rencontrent un écrivain, l'archétype pour beaucoup est l'écrivain "costume trois pièces".  Quelques jolies remarques d'élèves en annexe du livre La cabine de la mort :

 "Je n'ai jamais fait de livre et c'est la première fois que je fais ça et j'ai adoré parce que l'ensemble de la classe y participait et ça c'est fabuleux" (Sandrine)

 "Le dictionnaire est tellement bien fait que j'ai lu toute la partie de la lettre A" (Nathalie)

 "Maintenant que je prends un livre je prends soin de le lire, car je sais le mal qu'on se donne pour l'écrire" (Sandie)

 

Remarques diverses ?

Jacqueline André : Je pourrais également vous parler du bonheur des "auteurs" lorsqu'ils voient leur texte sur le site du collège, qu'ils peuvent le faire lire à la famille. 

"Je viens de relire le texte que j'avais écrit avec mon ami Zacaria intitulé Intifada et je suis assez surpris qu il soit encore ici et je vous remercie pour cela ça fait plaisir" (Abdelah).

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