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Nous avons sollicité Natacha ROBERT, professeure-documentaliste au LEGTA d'Auch (32) et co-animatrice régionale du réseau national Renadoc (Midi-Pyrénées), afin qu'elle puisse témoigner du rôle de la PRR (Personne Ressource Régionale), chargée de l'animation du réseau Renadoc en région, en général pour trois années consécutives. Son témoignage apporte un éclairage sur les réflexions actuelles et plus généralement sur la dynamique découlant d'un réseau régional accompagné au niveau national.

Natacha Robert : La Personne Ressource Régionale de Renadoc [20] est avant tout un porte-parole en région des décisions, orientations, travaux menés par le réseau national. Cependant, celui-ci a été à sa création, conçu comme un réseau de réseaux régionaux, et cette dimension est particulièrement prégnante dans les faits. En effet, pas une région ne fonctionne de la même façon, ne fait les mêmes actions de formation ou d'animation culturelle, ni n'a la même organisation. Cela fait la spécificité de Renadoc, mais peut-être aussi sa faiblesse.

Des missions variées

Natacha Robert : La PRR [21] est élue par ses pairs après acte de candidature. Sa mission court sur 3 ans. Souvent, ce sont deux personnes qui sont ainsi désignées par les documentalistes de la région. Il est en effet mieux de gérer un réseau régional en binôme pour se répartir les tâches, avoir un regard plus objectif ou davantage d'idées et de courage face aux éventuels obstacles ! Sans oublier l'indispensable et naturelle complémentarité entre les deux personnes, qui garantit un dynamisme bienvenu. La mission est alors répartie entre PRR et PRR adjointe (ou entre co-PRR selon la réalité du partage des tâches et des moyens attribués à la fonction par le chef de SRFD).

« PRR » a longtemps été l'unique appellation de cette fonction. Mais récemment, après des réflexions sur l'avenir du réseau national, on a vu de plus en plus de collègues se présenter (dans leurs signatures professionnelles) comme « animateur régional du réseau Renadoc ». Ce changement d'identité est assez révélateur : il est d'abord rendu nécessaire pas un certain manque de visibilité dont les PRR souffrent parfois en région, auprès de personnes non documentalistes. Or, l'animation d'un réseau est un concept bien développé dans l'Enseignement agricole, qui parle à davantage de personnes. D'autre part, cela souligne aussi que les documentalistes en charge de cette mission se sentent avant tout issus et redevables d'un système et d'un groupe de professionnels régionaux : leurs réelles missions sont au final souvent beaucoup plus larges que celles définies dans la note de service Renadoc [22]. Dans les faits, l'animation (comprenant les actions de formation continue et les projets culturels notamment) est souvent portée par les mêmes personnes.

L'entraide est l'un des points forts de l'appartenance à un réseau régional. « Quand j'ai débuté, j'étais seule au fin fond de l'Avesnois, et le fait de pouvoir communiquer sur la conférence régionale de notre messagerie avec mes collègues de la même région, mais dont la plus proche était à 45« km, m'a beaucoup aidée … aujourd'hui en devenant PRR, c'est moi qui fait le travail vers les "nouveaux" » raconte Sonia Darcourt, PRR Nord-Pas-de-Calais. Pour les nouveaux venus dans la profession, l'intégration à une "communauté" est en effet un soutien important. Cette entraide peut être technique, pédagogique ou parfois même, morale. Au niveau national, le réseau peut compter sur un maillage d'indexeurs motivés et prêts à recevoir toutes les propositions pour se tourner toujours plus vers l'avenir, en changeant régulièrement d'outils ou de façon de travailler ensemble.

Lorsqu'on est élu-e PRR, on peut aborder l'expérience comme une valorisation du travail effectué au quotidien, une façon de prendre du recul sur ses propres pratiques, un signe de la confiance accordée par les collègues à nos compétences et notre dynamisme. Comme un moyen de rendre service au collectif. On peut aussi être motivé-e par la volonté d'agir « de l'intérieur », de connaître les « coulisses » du réseau, de participer plus activement aux débats, aux avancées du réseau, de plus près. « Ne pas être simple consommatrice mais actrice d'une dynamique régionale, en lien avec une politique de développement nationale » comme le dit Amandine Roques-Pierredon, PRR PACA depuis la rentrée. Sandrine Mészaròs, PRR Haute-Normandie, renchérit : « Je suis devenue PRR du réseau Renadoc pour en comprendre aussi les tenants et les aboutissants, et pour "réveiller" notre réseau régional en sommeil depuis trop longtemps (4 ans). Nous nous sentions un peu en marge du réseau national car les informations ne passaient plus, les collègues se sentaient de moins en moins concernés et pourtant soucieux de l'intérêt de maintenir ce réseau. Les réunions régionales n'avaient plus lieu. C'était donc l'occasion de relancer nos moments d'échanges, de partage… mais c'est aussi par souci de ne pas laisser tomber les collègues qui arrivent en région, qui ont besoin d'aide, de conseils ». L'intérêt de la découverte du fonctionnement du réseau est si porteuse de sens et motivante, que cela devrait quasiment être un passage obligé pour tout documentaliste, à un moment ou un autre de sa carrière, selon Stéphanie Pestel, co-PRR Midi-Pyrénées. Dans notre région, la fonction a été confiée à beaucoup de personnes différentes et cela correspond bien à l'esprit fondateur de Renadoc : passage de flambeau, partage d'expériences. « La PRR est une personne médiatrice qui écoute et qui impulse, un relais du terrain qui tisse un lien horizontal au sein du réseau local et un lien vertical plus hiérarchique avec l'administration », selon Nathalie Rigon, qui fut PRR Midi-Pyrénées.

Mais il est plus facile de mener à bien ses missions et ses envies, lorsqu'une lettre de mission est signée par le chef de SRFD, ce qui n'est pas fait dans toutes les régions. La note de service Renadoc, de 2006, donne cependant un cadre utile à la fonction de PRR, et grâce à elle (mais aussi grâce au dynamisme du réseau national et à ses réalisations), les documentalistes en établissement reconnaissent facilement le travail réalisé par les animateurs de leur réseau régional.

En novembre 2014, les deux PRR ont proposé une enquête [23] aux membres de Réseau d‘Oc, le réseau des documentalistes de l'Enseignement agricole en Midi-Pyrénées, qui regroupe 22 établissements d'enseignement agricole publics (18) et privés (5), répartis sur 8« départements. Les résultats ont montré que 52% des répondants pensent que les documentalistes sont isolés en établissement, et Réseau d‘Oc apparaît davantage capable de résoudre ce problème que Renadoc (78% contre 39%). Le dynamisme d'un réseau régional est donc un levier essentiel pour le fonctionnement de Renadoc. Ce sont les réseaux régionaux, la proximité induite, le non-anonymat qui peuvent amener les documentalistes à considérer et défendre l'existence du réseau national, par ricochet. Cependant, cela peut signifier également que les réseaux régionaux pourraient un jour être tentés de se replier sur le seul niveau local, et il convient d'y être attentif, notamment en clarifiant auprès des professeurs-documentalistes en établissement, le rôle de l'animation nationale.

Les formations organisées en région sont accessibles facilement à tous et fonctionnent parfois par démultiplication des connaissances acquises par quelques-uns (les PRR par exemple) lors d'une autre formation. On mutualise également les moyens pour les actions d'animation. Pour les petits établissements qui ont peu ou pas de ressources, la participation à une action de grande ampleur en région est ainsi assurée. En Midi-Pyrénées, nous avons pris cette habitude depuis une petite dizaine d'années, avec des projets autour de la lecture ou de la critique d'œuvres et de ressources par les apprenants. L'organisation matérielle, la recherche de financement, d'intervenants, la communication externe… sont coordonnées par les animatrices, mais toujours avec le concours des autres documentalistes.

Les thématiques de travail

Natacha Robert : Historiquement, le réseau a été initié par les documentalistes et parce que ces professionnels en avaient éprouvé le besoin depuis longtemps.

Depuis le départ, l'ambition de Renadoc a donc été de favoriser la professionnalisation des enseignants-documentalistes, par des actions de formation et des outils d'auto- formation (des guides, des sites web ou maintenant une plateforme de FOAD). Mais Renadoc a aussi cherché à harmoniser les pratiques, d'abord pour les règles de dépouillement de revues inscrites au catalogue national, ou l'indexation d'autres types de ressources (de monographies, un temps, et depuis quelques années de ressources numériques en accès libre et intégral). Les PRR peuvent d'ailleurs compter sur les 5 correcteurs Renadoc, pour veiller à la qualité des bases mensuelles.

Les thématiques de travail pour un réseau régional s'en inspirent donc. Par exemple, à chaque changement ou évolution de logiciel documentaire, une nécessaire mise à niveau est demandée par les collègues. Les réécritures de référentiels de formation incluant une intervention des professeurs-documentalistes, aussi, car les modalités d'enseignement et d'évaluation certificative sont alors modifiées. Tout comme les évolutions des TICE ou des usages du web (le web 2.0, les ENT, les portails documentaires, les réseaux sociaux…), qui induisent d'ailleurs des stratégies de communication à inventer pour rester efficace. Et ouvrent de nouvelles perspectives pédagogiques.

Enfin, des séminaires-formations sont organisés deux fois par an par l'équipe d'animation nationale pour les PRR. « Ils ont été pour moi une véritable bouffée d'oxygène en termes d'échanges, d'innovations pédagogiques, de réflexion sur l'avenir de notre métier et bien sûr de convivialité », se souvient Aurélie Canizares, qui fut PRR Midi-Pyrénées.

Des freins constatés

Natacha Robert : En Midi-Pyrénées, la fonction de PRR a toujours été valorisée et reconnue. C'est une réelle chance. Cependant, deux ou trois régions rencontrent actuellement des difficultés à faire reconnaître l'importance de la fonction de PRR auprès des autorités dont elles dépendent. D'autres n'ont qu'une simple reconnaissance limitée à l'attribution d'une décharge horaire insuffisante (une heure hebdomadaire, par exemple), pas toujours traduite dans les faits hélas, quand d'autres régions ne fonctionnent que sur la base du bénévolat. Les disparités entre régions sont donc importantes et soucient beaucoup ceux qui sont attachés à la pérennité du réseau Renadoc. Il est essentiel de rappeler à quel point il faut un minimum de moyens pour travailler au sein d'un réseau et le faire vivre, évoluer.

Globalement, le souci principal des animateurs régionaux est l'absence de reconnaissance égalitaire du statut de PRR. Outre les disparités constatées dans les moyens dévolus à cette mission, ce statut n'est pas inscrit dans la fiche de service des documentalistes, ce qui n'est pas motivant quand on est en recherche de « candidats ». La liberté régionale, si elle est mal encadrée, est l'un des vecteurs puissant pour impacter le réseau car elle suscite des déséquilibres qui font perdre du sens à la notion, au concept de réseau national. L'unité passe par l'équité. Les Personnes Ressources Régionales la demandent actuellement comme une nécessaire évolution de Renadoc. « Un réseau qui n'agit qu'au niveau régional, à mon avis repose sur trop peu de volontés et peut s'essouffler plus rapidement, plus facilement qu'à un niveau national. Et pour moi, la reconnaissance n'est pas la même », déclare Sandrine Mészaròs, PRR Haute-Normandie.

Les situations en établissement sont également variées (cela peut être une richesse !) et cela influe sur l'implication des collègues dans le réseau et la qualité de leur adhésion aux idées ou projets proposés par ses animateurs. Quand, parfois, le quotidien au CDI n'apporte pas de reconnaissance localement, et qu'il faut se battre pour obtenir le droit de s'absenter pour se former ou assister à une réunion, il est évidemment plus difficile d'être un moteur en région. Même si le réseau peut être justement vu, comme nous l'avons dit plus haut, comme un point d'ancrage important et un soutien au sein d'une communauté. Les indexeurs sont soumis à la multiplicité des tâches en CDI, la surcharge de travail, les nombreux cours à assurer et l'incapacité de suivre les évolutions technologiques autant qu'ils le souhaiteraient peut-être. D'autres tâches plus axées vers la pédagogie ou l'animation prennent le pas sur le temps disponible pour le dépouillement. On constate alors des ralentissements dans les envois de notices ou les réponses aux sollicitations.

Les gageures de l'avenir

Natacha Robert : C'est justement dans ces moments difficiles qu'il faut rester unis. Ainsi, les animateurs de réseaux régionaux ont aujourd'hui à relever ce défi supplémentaire : redonner l'envie d'inventer de nouvelles manières de travailler ensemble, et revaloriser encore et encore les bienfaits du partage et de la mutualisation. Renadoc est un réseau humain, à échelle humaine. C'est sa grande force. Si d'aventure il oubliait sa substance première, la participation humaine, l'engagement professionnel, le réseau Renadoc s'exposerait à des défaillances voire à des rejets. Or, le travail collaboratif est capital. La mutualisation, le partage, la projection, les créations sont des moteurs du professeur documentaliste, médiateur de l'information et référent pour son accès au sein de la communauté éducative. Il faut donc valoriser l'acteur, l'aspect humain, le professionnalisme, il faut encourager la stabilité qui passe par une unité dans la clarification de ce qui accueille les missions du PRR.

Etre PRR, cela peut être à la fois enthousiasmant et épuisant, motivant et source d'inquiétude. Il faudrait avoir de la bonne volonté, de la patience, de la disponibilité, de l'organisation, le sens de la diplomatie et de la communication, et une bonne dose de pragmatisme. Mais surtout rester persuadé-e de l'utilité du travail mené par les documentalistes, et de l'importance de défendre ce beau métier en le valorisant à travers un réseau pertinent dans ses objectifs, des actions concrètes, et surtout une adéquation totale avec les attentes et les pratiques informationnelles des usagers de nos CDI. En définitive, il faut surtout voir l'avenir de notre métier de manière positive ! »

Notes de bas de page

[20] Réseau national documentaire de l'Enseignement agricole

[21] On utilise le féminin, puisqu'il s'agit d'une personne, ce qui n'empêche pas que des collègues masculins exercent cette mission !

[22] Voir partie précédente

[23] 23 réponses, sur une trentaine attendue

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