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Entretien avec Marie-Claude Tresset

Par Marie-Hélène Pillon,
Equipe de rédaction de Savoirs CDI [Février 2003]

Mots clés : documentaliste, entreprise, image

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Marie-Claude Tresset
Marie-Claude Tresset

Documentaliste de l'image, anticiper l'usage.

 

 

 

 

Pouvez-vous en quelques mots vous présenter et préciser quel a été votre parcours professionnel ? 

Marie-Claude Tresset : Documentaliste audiovisuel depuis dix ans, c'est après une licence de "Langues et Civilisations Etrangères" et un stage au service documentation de Cegelec (pour traduire en anglais un thesaurus scientifique et technique) que j'ai décidé de m'inscrire à l'IRTD de Rouen. Cette formation préparait au concours technique de documentaliste d'entreprise de l'INTD via le Cned, une formation à distance avec un regroupement à Rouen chaque trimestre. J'ai pu ainsi continuer à travailler afin de financer ma formation. 

Outre la réalisation d'une synthèse documentaire et la réalisation d'une application informatique sous Texto, je devais faire un stage de plusieurs semaines dans un centre de documentation. Mes goûts pour le journalisme et l'audiovisuel me conduirent à rechercher un stage dans ce domaine, ce qui fut paradoxalement plus difficile à trouver qu'un emploi rémunéré !!! 

Après l'obtention de mon diplôme, je revins travailler à Radio-France en CDD, puis fut embauchée à France 2 jusqu'à l'année dernière, où j'ai décidé de partir en province pour rejoindre, en octobre 2002, l'équipe de Nefertiti Ouest à Lorient.  

Vous avez travaillé plusieurs années à France 2 et à Radio France, pouvez nous préciser :

- en quoi consistait votre travail

- avec qui et pour qui vous travailliez

- les types de recherche que vous effectuiez, et les outils utilisés ?

Marie-Claude Tresset : En fait la spécificité du travail est surtout inhérente au support traité : à Radio-France et à la Documentation presse écrite de France 2, nous traitions des articles de presse. A la vidéothèque des sports de France 2, il s'agissait avant tout de vidéos. Dans les trois cas, il s'agissait de services ouverts en interne aux journalistes. 

Quand je suis arrivée à Radio-France (mars 1993) le fonds de la documentation d'actualité venait d'être numérisé. Une GED était mise en place. Les articles de la presse écrite étaient traités afin d'être mis à la disposition des journalistes internes à Radio-France. Ils étaient aussi rendus accessibles à des utilisateurs externes comme TF1 ou France 2, en complément de leur fonds. Le travail quotidien consistait à dépouiller la presse écrite nationale (magazines et quotidiens), à sélectionner et collecter les articles à traiter. Un ou plusieurs domaines spécifiques était confié à chaque documentaliste. Puis un opérateur, découpait, numérisait les articles de presse et les "distribuait" dans notre boîte électronique. Certains champs de la fiche d'indexation étaient déjà renseignés, titre, auteur, date, journal et chaque documentaliste (16 documentalistes à l'époque) indexait ensuite les articles directement sur son ordinateur et ne touchait plus le papier. L'indexation était réalisée à l'aide de plusieurs thesaurus. Lorsqu'un nouveau descripteur devait être utilisé, on l'inscrivait dans un champ "candidat descripteur" prévu à cet effet et il n'était inséré dans le thesaurus qu'après validation par tous les documentalistes au cours de réunions de mise à jour. Aucun résumé n'était réalisé. L'interrogation se faisait à travers une fiche d'interrogation et en utilisant les mêmes descripteurs que pour l'indexation. Des mots-outils servaient à caractériser le genre du document écrit (bibliographies, portraits, articles de fond...). 

Les journalistes de Radio France formulaient leur requête sur place ou par téléphone et repartaient avec les articles imprimés. Pour le fonds antérieur à 1992, le documentaliste devait faire une recherche manuelle dans des fichiers papiers.

Type de recherche : portrait de Marguerite Duras, l'affaire X, le golfe du Morbihan...

Nombre de recherches par jour : une dizaine.
Nombre d'articles indexés par jour : une trentaine en moyenne. 

A la Documentation écrite de France 2, nous n'étions que deux puis un renfort est venu nous soutenir. Nous ne pratiquions pas d'indexation. Le travail consistait à répondre aux très nombreuses recherches (une quarantaine par jour en moyenne) des journalistes, en priorité pour les journaux de 13h et de 20h mais aussi pour tous les magazines de la chaîne (Envoyé Spécial par exemple). Le fonds d'article de presse remontait à 1972, et lors de notre arrivée au nouveau siège, il fut décidé que nous utiliserions le fonds (plus complet) de France 3. C'était donc les documentalistes de France 3 qui effectuaient toute la collecte et le classement des articles. Le plan de classement ressemblait à une structure de thesaurus. Nous utilisions également des BDD auxquelles nous étions abonnés : Europresse et l'Européenne des données ainsi que des cd-roms (Le Monde, Universalis, Bibliorum...). 

Mon travail quotidien ressemblait à celui d'un "recherchiste", puisque j'étais chargée de répondre aux nombreuses demandes d'informations ou d'articles de presse, émises par les journalistes. Je constituais des dossiers thématiques et je devais anticiper les évènements en faisant une veille permanente des dépêches qui "tombaient" en temps réel sur mon ordinateur.

L'archivage des quotidiens se faisait sur un mois, celui des magazines sur une année. Cet archivage papier était néanmoins utile pour répondre aux demandes fréquentes de "banc-titres". 

Une réflexion sur la numérisation du service et la possible fusion de ce dernier avec la médiathèque ou la documentation écrite de France 3 sont en cours depuis plusieurs années. Malheureusement, les changements de politique successifs n'ont pas permis de concrétiser à ce jour, ce projet. 

Exemple type de recherche que les journalistes demandaient : (10 minutes avant le lancement du JT) "Trouvez le nom de la représentante des talibans aux Nations-Unies", ou bien encore, "la culture du ver à soie en Inde" ou " l'évolution du potentiel nucléaire de la France et comparaison avec les autres pays de l'Union Européenne "... La difficulté résidait dans le fait qu'il fallait trouver les documents les plus pertinents ou les plus synthétiques en un minimum de temps et réaliser une sorte de synthèse documentaire. Lors de l'attaque du 11 septembre par exemple, nous assistions en direct aux évènements, et alors que de nombreux journalistes étaient encore figés devant leur poste, notre rôle était d'anticiper leurs demandes et de constituer des dossiers thématiques en plusieurs exemplaires : "rétrospective des crash d'avions aux USA", " lutte anti-terrorisme", "rétrospectives de tous les attentats sur le sol américain", "politique américaine de Bush" etc. De même lorsque nous apprenions par une dépêche d'agence (les dépêches défilaient constamment sur nos écrans) la disparition d'une personne connue, nous devions vite réaliser une "nécro" ou un "portrait", et alerter la rédaction..  

Parfois, lors d'affaires judiciaires anciennes, nous devions appeler les cabinets d'avocats pour retrouver un nom, ou les instances compétentes, pour le traitement de la délinquance. Il fallait toujours trouver l'interlocuteur susceptible de nous donner des infos (mairie, commissariat, Elysée, Sénat ayant des centres de documentation internes). Il fallait sans cesse vérifier l'information avant de la donner au journaliste, retrouver les sources, consulter les informations contradictoires. En cas de procès à la chaîne, ce qui arrivait  malheureusement de temps en temps, (diffamation par exemple) nous aidions le service juridique à retrouver les informations afin de défendre le dossier.  

Le travail au sein de la vidéothèque du service des sports de France 2 

Marie-Claude Tresset : Bernard Berliet, ancien caméraman, était en train de mettre en place (en janvier 1994) une vidéothèque. En effet, il avait constaté que des milliers de cassettes (sur divers supports Bétacam, U-matic, puis plus tard SX) traînaient dans les armoires et qu'un fonds formidable d'images n'étaient pas exploité. Du coup, les demandes d'images étaient faites par les assistants de production et cela générait souvent des achats inutiles d'images que nous avions en stock mais que personne ne savait où  trouver ! (donc on faisait appel à l'INA) .

Mon travail consistait à faire un état des lieux de l'existant, à produire rapidement un cahier des charges et un rapport sur l'informatisation des tâches à la vidéothèque. Les logiciels de prêts furent développés en interne et on passa par plusieurs logiciels d'indexation et de recherche (Dipmaker). Le dernier en date étant Fulldesk par souci d'uniformisation avec les autres services de la Rédaction. Il a également fallu créer le langage documentaire. Depuis peu, les documentalistes audiovisuels utilisent le thesaurus de l'INA et basculent les bases sur des serveurs numériques. Notre choix s'est porté sur une liste de mots-clés, spécifiques au monde sportif et au traitement de l'image animée et des mots-outils. L'indexation fine des plans et/ou des sujets, était réalisée en texte intégral. Une fiche d'indexation comprenant des champs tels que date, événement, lieux complétait les séquences de la cassette ...

Nous assistions à chaque conférence de rédaction (conférence de prévision, et conférence critique, après les émissions). 

Sur des événements sportifs tels que la Coupe du Monde de football de 98 et le Tour de France, ainsi qu'à chaque Tournoi de Roland Garros, j'ai eu le privilège de travailler sur le terrain. En effet, lors de tels événements, un ou deux documentalistes sont associés à la cellule spéciale mise en place. L'enregistrement des événements doit se faire parallèlement à l'indexation et on indexe en direct, en réalisant une sorte de script dont le langage est "contrôlé". On "colle" alors l'indexation au dos de la cassette, pour que le monteur puisse immédiatement repérer ses plans. Les conditions de travail et de vie sont parfois difficiles. L'indexation en direct est un travail particulièrement fatigant et a suscité beaucoup de problèmes de déontologie. 

Parallèlement à l'indexation, des assistants de production réalisent des "bouts à bouts" et compilent les images les plus intéressantes. Le documentaliste répond aux requêtes et gère les stocks d'images. Sur le Tour de France, il faut également répondre aux recherches des télévisions étrangères, et travailler en étroite collaboration avec les responsables des droits audiovisuels (relations avec Eurovision).  

Quels types de relations entreteniez-vous avec les journalistes ?  

Marie-Claude Tresset : De manière générale, les documentalistes entretiennent des relations privilégiées avec les journalistes, surtout lorsqu'ils travaillent sur des dossiers "brûlants". Il y a un aspect de confidentialité à respecter car les journalistes sont un peu en concurrence auprès de leur rédacteur en chef. 

Le journaliste est par nature, une personne très pressée et demande au documentaliste de trouver rapidement ce qu'il n'a pas le temps de chercher, ou qu'il ne sait pas où chercher. Le documentaliste rend donc un service précieux au journaliste, et lui "mâche" le travail. Dans une rédaction, les documentalistes sont généralement très "au fait" des événements et travaillent en aval comme en amont. Au bout de quelques temps dans un tel service, le documentaliste emmagasine une bonne culture générale, il répond à des demandes très variées et donc apprend beaucoup de choses. Le journaliste, souvent plus spécialisé dans un domaine, le respecte énormément et compte sur lui.  

Par contre, je dois signaler, que bien souvent, le travail des documentalistes n'est pas reconnu par la hiérarchie, qui ne donne pas les moyens nécessaires pour travailler dans de bonnes conditions. De même, j'ai rencontré maintes personnes, persuadées que "travailler à la télé" apportait des salaires mirobolants ? C'est totalement faux, mon salaire a toujours été très inférieur à la moyenne du salaire de documentaliste en France. C'est donc un mythe. Les recherchistes ou documentalistes intermittents qui travaillent ponctuellement sur une émission sont beaucoup mieux payés, mais leur emploi reste très précaire.  

Y avait-il dans les équipes de France 2 et de Radio France d'autres professionnels de l'information avec d'autres profils ?  

Marie-Claude Tresset : A France 2, je travaillais en étroite collaboration avec les journalistes bien sûr, mais aussi les assistants de production ou réalisateurs, les chefs d'édition, les scripts et les monteurs lorsque j'étais au service des sports. Il faut comprendre que le travail en audiovisuel est une "chaîne" de traitement bien rodée, ou chacun a un rôle à jouer. Dans le cas des journaux télévisés de 13h et de 20h ou à l'occasion d'événements exceptionnels, il n'est pas question que le système se grippe !  

A la vidéothèque des sports, alors que le service se mettait en place, il a fallu du temps pour que chacun trouve sa place, car la fonction de documentaliste (il n'y avait aucun documentaliste auparavant) a tendance à déborder sur des rôles déjà existants. Par exemple, les scriptes faisaient une partie de notre travail, les assistants aussi, et vice versa. Il y a parfois eu des tensions dues à notre arrivée, mon collègue documentaliste, et moi. Les rôles ont du être répartis.  

Qu'est ce qui fait selon vous la spécificité du documentaliste qui travaille dans l'audiovisuel ? 

Marie-Claude Tresset : Je n'ai pas eu de formation spécifique à l'audiovisuel. Je voulais d'abord être ingénieur du son, puis journaliste. Je pense qu'il faut avoir le goût de l'action, du travail en équipe, savoir gérer le stress. La culture ou la spécialisation vient avec le temps. Je me souviens que lors de ma première journée à la vidéothèque des sports, mon responsable a commencé à démonter un magnéto Béta pour m'expliquer le fonctionnement !   

Il y a beaucoup d'aspects techniques à connaître, d'autant plus que le documentaliste est généralement amené à toucher un peu a tout. Il "gère" souvent une partie des droits de diffusion, les relations avec les ayants-droits, les "bouts à bouts" etc. A France 2, on m'a toujours demandé de compiler moi-même les sujets à indexer et sur les évènements sportifs, de faire les "bouts à bouts". Etait-ce mon rôle de documentaliste ? pas sûr, mais j'appréciais cette diversité dans le travail, et j'apprenais tous les jours. Il me semble que dans l'audiovisuel peut être plus qu'ailleurs, le documentaliste doit toujours être au fait des nouvelles technologies, doit savoir se débrouiller seul, et il me semble important qu'on lui donne l'opportunité de mettre à jour ses connaissances.  

Quelles sont les compétences et qualités spécifiques requises ?  

Marie-Claude Tresset : Le documentaliste audiovisuel doit aimer toucher à tout, et être curieux intellectuellement. Mais travailleur de l'ombre, il lui faut aussi faire preuve de beaucoup d'abnégation. Une autre qualité requise est la capacité d'adaptation et d'anticipation. C'est très important surtout quand on travaille dans une rédaction où "ça va toujours à 200 à l'heure" ! Il faut bien sûr avoir un goût prononcé pour les images si l'on travaille en vidéo, savoir reconnaître un bon plan, et en presse écrite, ne pas se noyer dans un trop plein d'informations, et trouver le document pertinent, avoir l'esprit de synthèse. Le documentaliste a une responsabilité éditoriale importante. Il choisit les plans en vidéo et les propose. En presse écrite, il choisit parmi parfois mille documents, le plus pertinent à ses yeux. C'est le pilier de la communication de la rédaction.  

Vous travaillez depuis quelques mois dans une entreprise de production audiovisuelle. Pouvez vous la présenter rapidement ?  

Marie-Claude Tresset : Nefertiti Ouest est une société de production et de post-production audiovisuelle qui a été créée par Hervé Borde au début de l'année 2000. Elle est implantée à Lorient, dans le Morbihan, près de l'ancienne base des sous-marins. Cette société produit entre autres, des documentaires et des magazines hebdomadaires pour TV Breizh.  

Ses actionnaires sont Nefertiti Production, basé à Paris, leader français de l'audiovisuel voile, et Riff International Production. Nous sommes une quinzaine à travailler sur le site de Lorient, mais une grande majorité des salariés sont intermittents du spectacle.  

Sur quel projet travaillez vous actuellement ?  

Marie-Claude Tresset : Détenant plus de 6000 heures d'images de mer et de courses au large, et gérant les droits audiovisuels de nombreux marins, Nefertiti-prod et Nefertiti Ouest ont lancé en 2001, un ambitieux projet de banque d'images vidéo, consultable via Internet. Ce projet fait appel à diverses compétences, comme les nouvelles technologies, le traitement documentaire d'images animées, le e-contenu et le commerce en ligne.  

Le projet de "Banque Images Mer" est à vocation commerciale, mais revêt également une dimension patrimoniale pour la région. Ce projet est associé aux études de projet de médiathèque qui devrait être mise en place au sein de l'Académie Tabarly à Lorient. 

Parallèlement, le projet pédagogique "Océanimages", Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtrehttp://www.oceanimages.org/, dirigé par Grégor Céméli et Marie Dominique Le Guillou (voir son interview récente  sur Savoir-CDI), au sein de Nefertiti Ouest, nous sert actuellement de prototype et de champ d'étude pour parfaire ce travail. Il nous a permis d'asseoir notre savoir-faire et d'expérimenter en grandeur nature les hypothèses techniques retenues. Alain Paulhac, Directeur technique de Nefertiti Ouest, et Laurent Gautier, chef monteur, ont beaucoup travaillé sur le développement des techniques de numérisation, de transports de données et de flux (streaming et téléchargement des images à distance), de description des images, de recherches et d'échanges d'images à distance. 

Quels sont les points communs (ou les différences) avec votre travail à France 2 ?

Marie-Claude Tresset : La comparaison portera sur les deux services qui traitaient des images animées : Nefertiti Ouest et la vidéothèque des sports de France 2

Le support, bien sûr ! Quand je suis arrivée à la vidéothèque des sports, j'ai été également confrontée à des milliers de cassettes sans étiquette, avec peu d'informations sur leur contenu. L'idée était aussi de mettre en place un système qui nous permette de gérer un fonds d'images et de l'exploiter au mieux. La plupart des documents audiovisuels à traiter étaient des programmes "finis" ou des sujets "montés" voire des "bouts à bouts". Il ne restait que peu de temps pour s'occuper des rushes. rushes. A Nefertiti, le projet de banque images, repose (pour le moment) intégralement sur les rushes image. L'indexation se situe à un niveau pré-iconographique : on décrit de manière objective les éléments présents à l'image. On appelle cela la dénotation, ou offness. On essaye de donner une description de l'image la plus objective possible en ajoutant pour chaque segment vidéo, la captation, les angles de vue, la lumière.... L'indexation est beaucoup plus technique, que ce soit dans les termes de voile, de manœuvre, ou de description presque "photographiques" des plans.  

L'information et l'apport de contenu informatif ou narratif sont envisagés parallèlement à la description des séquences images, mais il s'agit d'une description plan par plan. 

A France 2, nous indexions beaucoup de programmes d'actualité, ou de magazines (Stade 2). Ce sont des "produits finis". La dimension du contenu éditorial est alors prise en compte. On n'indexe pas seulement le niveau pré-iconographique d'un plan, c'est à dire décrire les objets visibles à l'image, mais aussi le niveau iconographique (on décrit sur quoi portent les images). L'indexation apporte alors une information sur l'image (le visuel) mais aussi sur son contenu d'information. 

Par exemple : pour une banque image ou l'on indexe des "rushes", j'indexerai de manière très objective la victoire du bateau suisse Alinghi dans la Coupe de l'America en décrivant les objets visibles de la séquence "équipage suisse, seize hommes, s'embrassent, crient, monocoque, champagne...". Mais pour le moment nous n'y ajoutons pas de contenu d'informations autre que l'événement lui-même (ici la Coupe de l'America, la date et le lieu) et une légende qui resitue le contexte.

Dans un programme (comme à France 2, où l'on recherche aussi un contenu d'informations), j'aurai associé à l'image un contenu "Le Défi suisse Alinghi inflige une sévère défaite au détenteur néo-zélandais Team New Zealand, en remportant la Coupe de l'America. L'Europe attendait ce titre depuis 1851". J'aurai donc associé à l'image, du contenu.  

L'objectif premier de la vidéothèque des sports de France 2 était de mettre à disposition des journalistes et monteurs de la chaîne, les images pour faire des sujets, mais pas de les vendre !

Enfin, travailler à la réalisation d'une banque image permet de prendre du recul, on ne travaille pas sur de l'actualité "brûlante". Cela permet une indexation moins "engagée" et plus confortable. Il y a moins de stress car nous ne sommes pas dans une logique de production. Le public visé est assez spécialisé mais nous devons réfléchir à des passerelles pour que le public non-initié puisse avoir accès à nos images en langage naturel.

Précisément, puisque vous participez à la mise en place d'une banque d'images chez  Nefertiti Ouest, comment décrivez vous les séquences vidéo que vous mettez en ligne ?

Marie-Claude Tresset : L 'unité documentaire à indexer est le "segment audiovisuel", défini par Grégor Céméli comme étant "un fragment de contenu audiovisuel". Un segment audiovisuel peut être un tournage (ensemble de cassettes), un programme, des rushes, une séquence images. Le mode d'indexation reste le même quel que soit le niveau hiérarchique de la séquence.

Cela implique donc une analyse très exhaustive, plan par plan. Pour le moment, l'indexation reste textuelle, les évolutions du Mpeg7 n'étant pas encore satisfaisantes (indexation sur la texture, les couleurs et formes de l'image). Nous avons établi une grille d'indexation contenant des champs "globaux" à l'ensemble des plans d'un même segment audiovisuel (champs date, lieux, événement etc).

Le contenu de ces champs se duplique (ou non) automatiquement lors de la création de nouvelles séquences images (plans). Ensuite nous commençons l'analyse et la description des images de chacun des plans. Nous sélectionnons également une image fixe, la plus représentative de la séquence. Cette vignette sera la vitrine de la séquence sur Internet et permettra le téléchargement.

Les cinq champs de description ont la forme de phrase découpée en sous-champs. Un descripteur est déclaré "entité sujet" (cela peut être la mer, mais aussi un navigateur, un phare) et l'on peut lui attribuer une ou plusieurs caractéristiques (couleur, forme, état, position) puis une action (manœuvre de bateau par exemple), et un complément d'objet.

D'une manière générale, il faut toujours se demander quels éléments d'un plan sont suffisamment pertinents pour justifier leur sélection et leur indexation.. Il n'est pas toujours opportun d'indexer tous les objets d'un plan ; le documentaliste doit décider des objets de "premier plan" (principaux) et ceux "d'arrière plan" méritant de figurer dans la description de l'image.

Un système de pondération nous permet d'établir un niveau d'importance des descripteurs. On attribue également des captations à chaque sujet descripteur (valeur de plan, angle de vue). Une légende vient s'ajouter aux descripteurs et doit servir aux choix des séquences. Elle apparaît en dessous de la vignette (image fixe en jpg) représentative de la séquence vidéo. Au niveau de la recherche, des algorithmes doivent permettre de combiner la pondération et le niveau d'adjacence des descripteurs pour une parfaite adéquation entre requête et indexation.

Nous ne travaillons pour le moment que sur des rushes, moi plus particulièrement sur les images de paysages marins, de mer, de patrimoine, d'îles et phares bretons, et mon collègue documentaliste Louis-Marie Blumstein, sur les courses au large et descriptions techniques de bateaux. Mais nous sommes susceptibles de travailler dans chacun des domaines.

Utilisez vous un thésaurus pour l'indexation ?

Marie-Claude Tresset : Oui, pour le moment, nous travaillons sur des micros-thesaurus (parties de bateau, lieux géographiques, architecture). Il faut que l'on développe notre propre thesaurus et c'est un travail de titan ! Pour le moment nous intégrons chaque nouveau descripteur au nouveau thesaurus mais nous devons reprendre une partie de la structure. Nous indexons au niveau le plus spécifique (et parfois technique) mais le thesaurus doit permettre de répondre à toutes sortes de requêtes en langage naturel. D'ailleurs, même si le champ d'application de notre banque images est relativement restreint (la mer), il contient des images de natures très différentes (voiliers, phares, images sous-marines...) ce qui justifie des structures de description simples et un langage assez général. Un thesaurus images doit prendre en compte de nombreuses relations d'équivalences et d'associations entre les descripteurs. Des descripteurs de connotation et de morphologie doivent être aussi intégrés au thesaurus. On ne doit pas essayer d'articuler les images de manière intellectuelle mais purement visuelle. Il nous faut oublier les rigueurs d'organisation d'un thesaurus structuré pour l'indexation de documents textuels. Par exemple, il est faux intellectuellement de mettre en synonyme le descripteur FLEUVE et le descripteur RIVIERE. En terme d'images, un recherchiste fera rarement la différence.

Grégor Céméli notait également qu'il était nécessaire de créer un langage relativement "ouvert" pour rester compatible avec d'autres systèmes et éventuellement prendre en compte l'évolution des normes de description à venir telles que le Mpeg7 par exemple.

D'autre part, nous sommes obligés d'utiliser des outils contraignants pour lever l'ambiguïté de certaines polysémies (un nom propre, par exemple, peut désigner un catamaran, mais aussi un logo ou une entreprise) et nous pré-coordonnons certains descripteurs.

Quelles sont les autres difficultés que vous rencontrez ?

Marie-Claude Tresset : Nous rencontrons des soucis de différents ordres. D'abord techniques : le logiciel que nous utilisons actuellement (Tepx) reste trop limité au regard de nos besoins.

Grégor Céméli, ingénieur en informatique et spécialiste des transmissions d'images, développe actuellement avec les sociétés Riff et Kinomai notre prochain logiciel. La segmentation à plusieurs niveaux (structure hiérarchique) et l'héritage de descripteurs permettront d'alléger considérablement le temps d'indexation, et par conséquent, le coût des images à mettre en ligne.

Au niveau du traitement documentaire, certaines questions n'ont pas encore trouvé de réponses. Nous sommes encore en réflexion concernant la description ou non du "connoté" et l'indexation de concept. 

Jusqu'où doit aller le documentaliste dans son indexation ? Je pensais de par mon expérience auprès de recherchistes que c'était à l'utilisateur de se représenter les images qu'il désirait pour illustrer tel thème ou tel concept ; mais on se rend compte que les demandes sont de plus en plus variées. Pourtant, comment faire cohabiter une description objective de l'image avec une représentation forcement subjective d'un concept, comment faire coïncider l'indexation du documentaliste et la subjectivité du recherchiste ?

D'autre part, je m'aperçois qu'il n'est peut-être pas inutile, au vu des milliers des séquences à proposer en ligne, d'établir une sorte d'échelle de valeur ou d'intérêt de l'image : qualité d'ordre esthétique, historique, conceptuelle, longueur du plan, ceci afin de pouvoir, au moment de la recherche, mettre en valeur certaines images. Il faut peut-être accepter une fois pour toutes, une certaine part de subjectivité de l'indexation (qui existe déjà lors de la sélection des plans) et permettre un accès supplémentaire au document (même imparfait) plutôt que pas d'accès du tout.

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