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La Joie par les livres

Par Anne Francou,
[mai 2010]

Mots clés : bibliothèque pour la jeunesse , littérature de jeunesse

La joie par les livres
La joie par les livres

Interview d’Olivier PIFFAULT, Directeur adjoint et responsable du centre de ressources
Bibliothèque Nationale de France - site François Mitterrand
Centre national de la littérature pour la jeunesse - La Joie par les livres

 

Bonjour M. Piffault. Quelles sont les missions actuelles de « La Joie par les livres » ?

Olivier PIFFAULT : Actuellement « La Joie par les livres » est intégrée à la Bibliothèque Nationale de France ; elle est rattachée à la  Direction des collections, et plus précisément au département Littérature et Art. Elle a des missions extrêmement variées et, somme toute, assez originales. Tout d'abord la gestion des collections. Nous avons en terme quantitatif en tous cas, le fonds de livres pour enfants le plus important en France avec 300 000 documents dont certains remontent au 18e siècle. Pour la période contemporaine, nous visons l’exhaustivité même si c'est toujours un but difficile à atteindre... Nous devons gérer ces collections, les enrichir par des textes critiques, des études nationales ou  internationales, des ouvrages étrangers représentant les livres pour enfants de tous les pays du monde. Nous devons présenter au public et valoriser l'ensemble de ces riches collections, ce que nous faisons notamment par le biais de la salle de lecture I située sur le site François Mitterrand à la BNF à Paris.

« La Joie par les livres » sert-elle de dépôt légal pour toute la production éditoriale de littérature de jeunesse en France ?

Olivier PIFFAULT : C'est la BNF - que nous avons maintenant  intégrée - qui gère le dépôt légal au sens strict. On nous attribue un exemplaire supplémentaire du dépôt légal pour pouvoir constituer une collection spécifique. Pour l’instant, effectivement, on peut dire que les collections de « La Joie par les livres » sont largement issues du dépôt légal.

Combien de documents constituent le fonds ?  Existe-t-il un fonds ancien ?

Olivier PIFFAULT : La collecte des documents a commencé à l’ouverture de la bibliothèque en 1965. Depuis, elle s’est enrichie de sources très diverses : les acquisitions de très nombreux services de presse déposées par les éditeurs ; le dépôt légal depuis les années quatre-vingt ; des dons notamment de collections anciennes ou de livres étrangers ; les cartonnages français du 19e siècle ; des livres russes des années 1930 ou des années 1950, etc. Cela représente maintenant un ensemble très varié qui comprend environ 300 000 documents, essentiellement des livres, mais également des périodiques, des journaux,  beaucoup de presse pour enfants du 19e et du début du 20e siècle. Le fonds comprend aussi des documents beaucoup plus techniques, plus récents comme du multimédia, des jeux vidéos ainsi que quelques jeux, jouets et objets liés aux cultures de l’enfance avec l'explosion récente des formes un peu «frontières» des livres pour enfants : les livres jouets, livres objets, livres en peluche ou livres composites qui associent plusieurs types de documents.

Avez-vous des documents en langue étrangère ?

Olivier PIFFAULT : Sur nos 300 000 documents,  il y  a actuellement à peu près 15 000 livres pour enfants étrangers d’une très grande diversité géographique. Plus d’une centaine de pays différents sont représentés dans ces collections aussi bien d'Europe, d'Afrique que du monde arabe, d'Asie, d'Amérique du nord et du sud. Nous avons des documents qui, depuis quarante ans, viennent des quatre coins du monde, avec des collections plus suivies comme celle en japonais, grâce à un partenariat avec un éditeur spécialisé en livre jeunesse. Notre participation à des prix littéraires comme le prix Andersen [1] nous permet aussi de récupérer des livres. Nous sommes régulièrement membre du jury de ce prix et nous récoltons par ce biais les livres de tous les candidats et de tous les lauréats.

L’intégralité du fonds est-il accessible en ligne ? Existe-t-il un plan de numérisation ?

Olivier PIFFAULT : Notre catalogue a été informatisé en 2005, ce qui est relativement récent. Maintenant 98 % de la collection -à l’exception de quelques dons ou sections de livres anciens très particuliers- est dans le catalogue et presque tout est identifié à partir du Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtreportail Internet. L’étape suivante est, on l’espère, la numérisation. La Bibliothèque Nationale de France a mis en place depuis quelques années des plans de numérisation qui sont devenus des plans de numérisation de masse. Parmi les projets validés par l’établissement il existe un projet de numérisation de livres pour enfants qui contient deux volets : un volet concernant les collections de la BNF et un volet de numérisation partagée, c’est-à-dire ouverte à des partenaires extérieurs français, des bibliothèques patrimoniales ou des collectivités territoriales et divers organismes susceptibles de garder des collections et d'être intéressés par la numérisation. Les projets existent, on est en train de les monter. Mais on ne sait pas encore à quel rythme cela va se réaliser.

Les documents de la collection s’adressent-ils à toutes les tranches d'âge ?

Olivier PIFFAULT : Tous ces documents sont, pour l’essentiel, des documents destinés aux enfants et aux jeunes. Selon les époques, les enfants et les jeunes sont compris entre 0 et en gros 21 ans. Par exemple les livres des années soixante s’adressent théoriquement à des adolescents jusqu’à leur majorité c'est-à-dire 21 ans. Aujourd’hui, ce qui est publié en jeunesse est plutôt destiné aux 0-16 ans. Inversement, au 19e siècle, on ne publiait rien pour les enfants entre 0 et 5 ans, on ne commençait à publier des livres que pour l'apprentissage de la lecture.
Nous sommes à la Bibliothèque Nationale de France, et nous sommes un centre de ressources spécialisé, ce qui veut dire que, paradoxalement, les gens qui consultent les collections ne sont pas des enfants mais bien des adultes. D'ailleurs, les gens qui peuvent avoir accès à la salle de lecture doivent avoir 16 ans, et si on veut consulter les collections conservées en magasin il faut avoir 18 ans révolus.  Après, il n’y a pas de limite !  Nous accueillons des personnes extrêmement âgées, des chercheurs autant que des passionnés, des gens qui effectuent des travaux occasionnels, des auteurs aussi, évidemment.

Quels sont vos partenariats en France et à l'étranger ?

Olivier PIFFAULT :  Nous fonctionnons avec un réseau un peu informel, bien que nous ayons réalisé de nombreuses conventions avec beaucoup de bibliothèques municipales et des Bibliothèques Départementales de Prêts partout en France. En ce qui concerne l'Education Nationale, nous travaillons avec le SCEREN, avec le CRDP de Créteil [2] et les IUFM de la banlieue parisienne, dans le cadre de pôles d’excellence 2. Nous faisons partie des groupes d’experts qui ont participé  à l'élaboration des listes d’ouvrages de littérature jeunesse conseillées par le Ministère pour les cycles 1, 2 et 3. On est considéré par l’Education Nationale comme un des organismes référant en la matière.
On travaille aussi beaucoup en collaboration avec les autres associations du livre pour enfant comme Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtreLecture jeune, la Bibliothèque Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtreL’Heure Joyeuse,  des associations qui travaillent sur la lecture des bébés lecteurs. Nous avons des partenariats avec divers organismes en région que ce soit à Marseille, Nantes, Angoulême avec la Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtreCité internationale de la bande dessinée et de l’image, par exemple.
Sur le plan international « La Joie par les livres » est depuis l’origine membre d’une association qui s’appelle Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtreIBBY, ce qu’on pourrait traduire par le Bureau international des livres pour enfants dont nous sommes la section française. Tous les deux ans nous rencontrons nos collègues des associations de tous les pays membres  lors d'un congrès. Nous allons également chaque année à la Foire internationale du livre pour enfant de Bologne où nous avons un stand pour présenter nos collections et observer l’édition internationale. Nous participons à divers prix ou à des opérations internationales  parfois en lien avec le Ministère des Affaires Etrangères ou des organismes qui en émanent comme Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtreCultures France ou l’Agence de la Francophonie. Il s'agit d' aider au rayonnement de la littérature jeunesse française dans le monde mais aussi de fournir une expertise professionnelle sur les bibliothèques et la lecture publique des enfants dans des pays étrangers - y compris  non francophones comme l'Egypte, l'Afrique anglophone ou l'Amérique du sud. L’année dernière, par exemple, dans le cadre de l’année France-Brésil, on a travaillé avec le Brésil à la création d’une petite bibliothèque pour enfants au Brésil à partir de livres français.

Est-ce  que certains pays peuvent faire appel à votre savoir-faire dans le domaine des bibliothèques pour enfants ?

Olivier PIFFAULT : Oui. Il y a des pays qui font appel directement à nous parce qu’ils nous connaissent par nos réseaux professionnels. Nous collaborons ainsi avec le Liban qui cherche à monter un centre sur le livre pour enfants imité un peu du nôtre. Il existe un projet un peu similaire avec la Palestine. Le Maroc et la Tunisie nous demandent régulièrement des formations : par exemple la Direction du livre de Tunisie nous invite de temps en temps ou nous envoie des personnes en formation. On effectue encore des missions sur le terrain au Mali, en Côte d’Ivoire, dans divers pays francophones pour aider à la mise en place de réseaux de bibliothèques, de pratiques de lecture publique, d’animation.

Une structure équivalente à « La Joie par les livres » existe-t-elle à l'étranger ?

Olivier PIFFAULT : Beaucoup de structures ont des points communs avec la nôtre mais le cocktail très particulier de « La Joie par les livres » qui associe un très gros centre patrimonial, une publication à destination des professionnels et des étudiants, un portail Internet documentaire, des missions de formation internationales, une formation locale associant les mondes de l’édition et des bibliothèques reste assez rare dans le monde. La Bibliothèque internationale de Munich a sûrement une des plus belles collections internationales de livres pour enfants mais elle n'offre pas du tout les mêmes formations. Nos collègues allemands n'assurent pas d'interventions extérieures ; par contre, ils reçoivent beaucoup de stagiaires sur place. En Italie, il existe des centres de recherche universitaire qui n’ont pas vraiment de collections. Au Japon, c’est pareil. Par contre, en Corée du Sud il existe des organismes qui ressemblent beaucoup plus aux nôtres, de grande ampleur et avec des moyens considérables.

Combien de personnes compte l'équipe de « La Joie par les livres », et combien de documentalistes en particulier ?

Olivier PIFFAULT : sur les 2 500 personnes que compte la BNF, 28 travaillent pour « la Joie par les livres ». C'est donc, à l’échelle de la BNF, un petit service. Le travail effectué par l'équipe est relativement important entre la conservation et la gestion des collections, la publication de la Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtreRevue des livres pour enfants, l'animation des deux sites Internet Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtreLa joie par les livres et Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtreTakam Tikou. A cela il faut ajouter la gestion des actions de coopération internationale et du programme des formations en France, puisque nous avons  tous les ans un programme de formation, de journées d’études et de colloques tout à fait important.
Sur ces 28 personnes,  nous avons deux documentalistes professionnels, huit conservateurs et  divers autres personnels : une ancienne libraire, une ancienne organisatrice de festivals de livres pour enfants et de salons du livre, une ancienne traductrice, une conteuse. La rédactrice en chef de la Revue des livres pour enfants, par exemple, vient de l’Education Nationale où elle dirigeait autrefois le service éditorial du CRDP de Créteil. Ces différents apports garantissent une grande ouverture et une grande richesse de l’équipe.

Vous avez évoqué deux revues. Pouvez-vous nous donner des détails sur leur contenu et sur les formules d'abonnements ?

Olivier PIFFAULT : La Revue des livres pour enfants est aussi ancienne que l’institution puisque le premier numéro du bulletin -qui est ensuite devenu revue- est paru juste au moment de l’ouverture de la bibliothèque en 1965. Cette revue est considérée comme très importante par les bibliothécaires et par les libraires comme source d’informations pour les acquisitions de nouveautés. Cette revue a à la fois une tendance un peu universitaire avec des articles de fond et présente l’actualité de la production éditoriale à l'aide de très nombreuses notices critiques. On publie six numéros par an, qu'on peut acheter soit à l’unité soit sous la forme d'un abonnement annuel. La Revue des livres pour enfants est consultable en ligne gratuitement au bout de deux ans.
L’autre revue, Takam Tikou, a été créée dans les années quatre-vingt. Au départ,  elle était destinée à parler de nos actions internationales plus particulièrement en Afrique, ensuite dans le monde arabe, dans l’océan indien, dans les Caraïbes. Maintenant il s'agit d'une revue internationale qui, pour des raisons d’évolution technique et de distribution, s'est transformée en revue numérique. Takam Tikou est consultable entièrement en ligne, gratuitement.

Est-il est possible de vous solliciter pour des sélections d’ouvrages  thématiques, des demandes de bibliographies par exemple ?

Olivier PIFFAULT : Tout à fait. L’activité documentaire est une activité traditionnelle et très ancienne à « La Joie par les livres ». Nous avons constitué 6500 dossiers documentaires sur des auteurs, sur les problèmes de l’édition, de la pratique de la lecture ou de l’histoire de la littérature pour enfants et sur des thématiques du livre pour enfants. Une partie de ces dossiers est encore sous forme papier et donc consultable sur place. Une partie est déjà numérisée et existe en ligne. De toute façon nous répondons aux demandes de bibliographies, de sélections, de conseils, pour peu qu’on nous en laisse le temps ! Nous essayons de fournir des conseils à tous les gens qui nous en font la demande, du moment que cela concerne la littérature et la lecture des enfants. Ce sont les documentalistes qui sont en charge de répondre à ces demandes.

Les enseignants peuvent-ils envisager d'amener leurs élèves à « La Joie par les livres » ?

Olivier PIFFAULT : C'est le service pédagogique -avec lequel nous travaillons en complémentarité- qui se charge de recevoir les enfants, notamment dans le cadre de visites scolaires ou d’activités pédagogiques. Nous n’accueillons pas pour l’instant d’enfants dans notre salle de lecture, mais c’est une possibilité envisageable notamment pendant les horaires de fermeture. Une évolution dans ce sens est possible dans le futur.
Un enseignant qui travaillerait en littérature jeunesse sur un projet  particulier peut venir quand il veut s’il est tout seul  pour consulter notre fonds. Il peut prendre rendez-vous avec le service pédagogique et monter une animation, avec l’appui de nos collections ou notre participation en qualité d’experts.

Les  formations que vous proposez sont-elles ouvertes aux documentalistes de l’Education Nationale ?

Olivier PIFFAULT : Nos stages sont ouverts à tous les bibliothécaires quel que soit leur statut. Nous accueillons régulièrement les personnels de l'Education Nationale qu'il s'agisse d'enseignants d’école maternelle, primaire voire de collège, de personnels qui animent les BCD ou qui travaillent dans les CDI. Jusqu'à présent, nous accueillions aussi des formateurs et des étudiants d’IUFM. Le problème éventuel qui peut se poser pour ces personnes est d’obtenir de leur administration une prise en charge du stage. Mais nous avons régulièrement des stagiaires qui démontrent que c’est possible. 
Nous proposons des stages de diverses natures : des stages très professionnels  dans un cadre formel avec un tarif d’inscription fixe. Nous proposons aussi des conférences, des cycles de rencontres qui sont soit gratuits soit à des tarifs tout à fait accessibles. Nos formations se déroulent à la fois sur site mais on envoie aussi des formateurs à la demande partout en France. Enfin, nous avons plusieurs expositions qui sont disponibles à la location, notamment sur les livres africains ou sur l’histoire de la littérature jeunesse.

Pour terminer, je voudrais mentionner une grosse action que nous menons depuis 1994, à savoir le suivi des nouvelles technologies, autrefois les CD-ROM et aujourd'hui les jeux vidéos. Ces derniers sont en train de se développer en bibliothèque publique -j’ai eu quelques échos de certains CDI aussi, bien que les avis divergent sur leur introduction-. Nous assurons un suivi de la production des jeux vidéos pour enfants et nous offrons des formations et des journées d’études sur ces thèmes. On soutient un peu la présence de ces nouveaux supports dans les bibliothèques. Là aussi, on travaille en réseau avec des associations de bibliothécaires.

Notes de bas de page

[1] Prix Andersen : sorte de "Prix Nobel" du livre pour enfant.

[2] Pôle de ressources Littérature de jeunesse. Cf Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtresite du CRDP de Créteil

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