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Valorisation de l'information

Valorisation de l'information

I. Le processus de valorisation consiste à attribuer une signification à une donnée informationnelle, signification qui se trouve soit léguée par son auteur soit conférée par son utilisateur. Ce processus intervient ainsi à deux moments distincts de la chaîne de l'information. Pour être divulguée, une connaissance est d'abord transformée en donnée informationnelle par l'action d'un informeur (à la fois destinateur d'une connaissance et émetteur d'une information), puis appropriée par un informé (à la fois récepteur de l'information et destinataire de la connaissance) qui traduit cette donnée en information dans le but de l'intégrer à ses connaissances [Voir Information, fig. 2].

La théorie shannonienne de la communication (Shannon & Weaver, 1949 [1]) distingue entre le message émis par le destinateur, ou source, et le signal émis par le transmetteur, ou émetteur. Entre ces deux états du contenu de la communication s'organise l'encodage du message, afin que celui-ci puisse être transmis et compris par un destinataire. Cette théorie, purement mécaniste, réduit l'information à un concept physique. Elle ne peut pas servir de modèle applicable dans le domaine de l'information-documentation, au motif que l'information y est d'abord comprise comme un processus humain et culturel, porteur de connaissance. Dans ce cadre, l'information est d'abord saisie comme une connaissance informée, i.e. mise en forme.  Elle correspond à une mise en forme (encodage) d'une connaissance et à son inscription sur un support (le canal shannonien) assurant son stockage et sa circulation. Ainsi l'information, résultant de ce processus de formalisation d'un contenu sémantique correspond-elle à une valorisation dans la mesure où elle est l'expression de l'attribution d'un sens, attribution manifestée par une sélection et accompagnée d'une intention. Sélection de contenus tirés de la connaissance d'un destinateur au motif de la valeur qui leur est attribuée, et de l'intention manifestée de les organiser et de les transmettre dans un but relevant d'un dessein particulier [Voir Validation des sources, fig. 1].

A l'autre bout de la chaîne, une semblable mise en valeur de l'information se produit également, mais de manière inversée. Le récepteur des signaux inscrits sur le support (livre, écran, bande son, etc.) procède à leur décodage et décide de leur pertinence au regard de son propre projet cognitif et de sa capacité à les utiliser. De son côté aussi, donc, une opération sélective accompagne une intention. Mais le processus de valorisation se produit lorsque le signal décodé - la donnée informationnelle - est perçu comme recelant une part de connaissance intéressant le destinataire, i.e. lorsqu'il est admis pour celui-ci qu'une information se présente à lui.

La valorisation de l'information, qui correspond in fine en sa production et en son émergence, prend donc effet en amont et en aval de la chaîne informationnelle. En amont, s'agissant du message émis, dans le but d'une mise en lumière et du partage d'une connaissance ; en aval, s'agissant du message reçu, dans celui de son repérage et d'un accroissement consécutif de connaissances.

II. Didact. Deux conséquences pédagogiques peuvent être signalées à ce propos, l'une de portée lexicale, l'autre de dimension cognitive.

Si la valorisation de l'information s'entend au moment où l'intention du sujet se porte sur le sens, la durée - plus ou moins longue - entre l'émission et la réception du signal, quant à elle, ne saurait plus concerner cette information. Les signaux disponibles sur le support assurant leur conservation existent en dehors des sujets humains qui les mobilisent de part et d'autre de la chaîne. Ces signaux sont alors appelés «données informationnelles». Le travail d'information de l'élève-chercheur proprement dit consiste à opérer une sélection pertinente à partir de ces données. S'informer, c'est ainsi redonner une valeur de signification à des données inertes. On le voit bien dans les situations de travail documentaire où les élèves sont mis en «activité», selon les principes de la pédagogie «active». Les données devraient donc être «agitées» pour devenir des informations ! En ce sens, une recherche documentaire est avant tout une activité d'information.

De même que le signal émis peut différer du signal perçu (bruit occasionné par un mauvais encodage, un parasitage du canal, un code mal défini, etc.), l'information émise, ou pensée telle, peut se distinguer de l'information reçue, ou interprétée telle. Le projet du destinataire, son niveau de compétence cognitive, de maîtrise de la langue ou du domaine concerné peuvent être les causes d'une mauvaise interprétation du message. Aussi ne suffit-il pas à l'élève d'avoir trouvé la donnée et de l'avoir sélectionnée en tant qu'information pour que la connaissance soit saisie et prenne effet comme telle. Il ne saurait être question, dans ces conditions, d'un «transfert» possible de connaissance qui préserverait l'intégrité de celle-ci. La double médiation de l'information impose d'une part que la connaissance de l'un soit d'abord informée, au risque de sa dénaturation sous l'effet combiné du langage, de la forme donnée et du code imposé par le support et que, d'autre part la connaissance de l'autre sache reconnaître dans ce donné-là, la part intelligible qu'elle attendait pour pouvoir se consolider ou s'accroître. Les conceptions des élèves, qui représentent les points d'ancrage des nouvelles connaissances, doivent être mises en lumière par l'enseignant et par les élèves eux-mêmes.

Termes corrélés

Information - Donnée informationnelle - Connaissance informée - Validation des sources

[1] SHANNON C., WEAVER, W. The Mathematical theory of communication, 1949.

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