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Types d'informations

Types d'information

Didact. La didactique de l'information-documentation, à partir du concept d'information saisi comme un processus de production de signification au sein des relations humaines, vise à délimiter et à préciser ce qui vaut d'être enseigné des faits, des usages, des techniques, des productions et des outils relatifs à ce domaine. Tout essai de typologie de l'information, à cet égard, doit s'intéresser aux rapports que l'information entretient avec la connaissance et la vérité. 

En partant des usages de l'information, il est possible d'avancer les deux grandes finalités attribuées à l'information : l'une pragmatique, l'autre éthique. La première apporte des solutions à des situations de résolution de problèmes informationnels, qu'ils soient d'ordre technique, pratique ou cognitif. Il est question ici de se procurer une information dont j'ai besoin pour fonctionner. La fin justifiant les moyens, on a recours à la seule formation méthodologique pour satisfaire ce type de besoin. La seconde, éthique, procède d'une autre nécessité qui est de s'interroger sur l'usage même - ses conditions et ses conséquences -  qui peut être fait de cette information. Elle responsabilise l'homme en engageant sa réflexion dans un rapport aux valeurs et en convoquant une épistémologie de l'information qui soit véritablement en rupture avec des pratiques fondées sur des «allant de soi». Il est question là de juger ces informations dont j'ai besoin pour être. Cette exigence se nourrit  alors de connaissances conceptuelles sur les processus et les objets mobilisés dans les situations de production, d'usage et d'appropriation de l'information.

Sous cet éclairage liminaire se profilent à présent trois typologies possibles de l'information, relatives aux contenus (le domaine), aux modalités de jugement (le niveau d'intérêt) et aux intentions (la source).

S'agissant des contenus, les informations peuvent être classées selon les différents domaines dont elles sont issues : la philosophie, les sciences, l'histoire, l'actualité, etc. Cette approche classificatoire et sémantique vaut pour toute recherche d'information. Elle permet à l'élève de s'orienter et fait ainsi appel au concept de pertinence. Mais si l'information trouvée entre bien dans telle classe relative au domaine du sujet choisi, il n'est toujours pas aisé d'inférer pour autant sa valeur. La finalité pragmatique trouve ici une de ses limites. Toute information vaut-elle au seul motif qu'elle répond à mon besoin ?

Une classification par niveau d'intérêt de l'information permet de suppléer à cette difficulté. Il s'agit ici de graduer la valeur que l'on peut accorder à telle information, non pas à partir de son étendue, ce qui est impossible, mais à partir de son rapport, de son écart à la vérité. Il faut alors faire appel à un jugement d'ordre critique et, pour ce faire, distinguer l'information de la manière dont elle a été obtenue. Information et connaissance sont ici étroitement reliés sans pour autant être confondus, au motif que la première se définit comme mise en forme d'une connaissance particulière (Voir Connaissance informée, Information).  Se dégagent ainsi deux catégories possibles de connaissances, et partant, d'informations. La première comprend ces faits qui sont affirmés sans que l'on sache pourquoi - jusqu'à ce qu'il en soit autrement - et ces événements de nature exclusivement contingente. La seconde désigne au contraire ces connaissances, et donc ces informations, non pas données comme telles mais construites par l'exercice de la raison. Les unes sont produites par un jugement assertorique, parce qu'assertées sans être prouvées, les autres par un jugement apodictique, parce que démontrées (Fabre, 2004 [1]). Les premières équivalent à un savoir que, les secondes à un savoir pourquoi (Reboul, 1980 [2]). 

Sur ce même registre, qui consiste à classer l'information selon le jugement de sa valeur, il est possible de différencier, comme le propose Marie-France Blanquet (2005) [3] en transposant les deux premières catégories de Spinoza, l'information connaissance, l'information opinion et l'information plaisir. L'information connaissance concerne le savoir scientifique et technique (I.S.T.) et présente la garantie d'avoir été validée par les chercheurs et les spécialistes. Elle est donc de l'ordre de l'apodictique dans la classification précédente et son rapport à la vérité ne renvoie in fine qu'à la relativité de la vérité scientifique. L'information opinion, quant à elle, rétrograde d'un niveau dans la mesure où elle réfère aux connaissances vulgaires, sensibles et tirées du sens commun. On y rangera les informations journalistiques, publicitaires et issues des pseudo-sciences. De l'ordre de l'assertorique, elles ne sont que le produit de l'évidence, des préjugés et des stéréotypes. A ce titre, sujettes à l'erreur, leur lien à la vérité est des plus fragiles. Force est de constater cependant qu'elles envahissent tous les champs ouverts par les mass médias et s'offrent généralement comme les premières informations disponibles. C'est très majoritairement à ce type d'informations que les élèves ont à faire lorsqu'ils sollicitent les ressources en ligne. Enfin, Marie-France Blanquet définit le contenu de la troisième classe, l'information plaisir, en creux par rapport aux contenus des programmes d'enseignement. Ce serait ces informations ayant trait aux loisirs et à la culture et qui échappent à l'obligation et aux matières scolaires. Cette dernière classe, si elle nous paraît manquer de précision, montre cependant la nécessité de ne pas réduire la valeur de l'information à deux seuls types, l'un rationnel et l'autre pas. Andrée Verdiel (1986) [4] avait proposé quant à elle une classe d'informations à visée pratique, destinées aux citoyens pour la vie quotidienne et appelée pour cela «sociale ou communautaire». Quoiqu'il en soit, ces deux dernières propositions, si elles s'opposent en ce que la première (Blanquet) affiche une finalité d'avantage éthique et la seconde (Verdiel) une finalité plutôt pragmatique, elles penchent toutes deux vers un jugement de l'ordre de l'assertorique. Il semble bien, pour conclure, que le rapport à la vérité, en ce qui concerne l'évaluation de l'information, laisse peu de choix au chercheur.

Au moins celui-ci peut-il encore faire montre de pensée critique, en s'appuyant sur des savoirs info-documentaires relatifs au concept de source. En effet, une analyse des informations fondée sur la mise en évidence de leurs sources offre une typologie plus fine et plus contrastée à partir de laquelle l'élève peut plus facilement déceler les intentions à l'ouvre dans toute production d'information. La question se déplace ainsi d'un «cette information est-elle exacte, vraie, vraisemblable, etc. ?» à un «à quelles fins cette information est-elle produite ?». Connaître la provenance de l'information permet en effet, dans la plupart des cas, de rendre compte de son rapport à la vérité. Cette information sur l'information étant établie, à partir de l'URL quelques fois, mais surtout après une rapide enquête sur la page d'accueil du site, le contexte de la production livre un éclairage sur les intentions à l'ouvre dans la publication. Cette approche typologique de l'information reprend alors une typologie s'attachant aux sources de l'information. Elles peuvent s'avérer de type promotionnel, confessionnel, journalistique, éducatif, politique, institutionnel, culturel, artistique, scientifique, etc. [Voir Véridicité de la source]. Ainsi identifiées, elles offrent à l'élève une approche évaluative de l'information au travers de la mesure de la véridicité de sa source.

Termes corrélés

Information - Pertinence - Connaissance informée - Source - Véridicité de la source

[1] FABRE, Michel. Savoir, problème et compétence : savoir c’est s’y connaître.  CREN, Université de Nantes, 11 mai 2004. Tiré à part.
[2] REBOUL, Olivier. Qu’est-ce qu’apprendre ? Pour une philosophie de l’enseignement. Paris : P.U.F., 2001.
[3] BLANQUET, Marie-France. Pour un système d’information adapté aux établissements scolaires. In Journée des professeurs documentalistes de l’académie de Paris, 31 mars 2005 [en ligne]. Académie de Paris, 2005 .  Disponible à l'adresse :
Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtrehttp://cdi.scola.ac-paris.fr/reseau/jours_pros/journ_pros04-05/blanquet.pdf
[4] VERDIEL, Andrée. Politique documentaire et formation des utilisateurs. Pour, janvier.-févier. 1986, n°105, p. 78-82.

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